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ZNIEFF 730006764
Massif de Quérigut et forêt du Carcanet (Donezan)

(n° régional : Z2PZ2087)

Commentaires généraux

Cette ZNIEFF montagnarde correspond à l’intégralité du Donezan, donc aux limites du secteur ariégeois participant au bassin versant de l’Aude, tourné vers la Méditerranée. Elle englobe l’ensemble de la forêt domaniale des Ares et la forêt domaniale du Carcanet. Une ligne de crêtes la délimite au sud : le roc Blanc, les pics de Baxouillade, de Ginèvre, de Balbonne et du Tarbézou, ainsi qu’une partie du massif du Madrès avec le Sarrat del Bel Aire. De nombreux lacs d’altitude comme le Laurenti, Quérigut et Rabassoles, ainsi qu’un réseau de ruisseaux et de zones humides et tourbeuses en font une source d’alimentation importante pour la rivière Aude. D’un point de vue géologique, elle se situe sur le massif granitique de Quérigut, essentiellement composé de granites et graniodorites du Carbonifère avec des intercalations d’arènes granitiques, de gabbros, d’éboulis, mais aussi quelques calcaires marins du Dévonien et des moraines glaciaires du Quaternaire.

L’ensemble a été creusé, et est toujours traversé par l’Aude et ses affluents comme la Bruyante. Des plus hauts sommets de 2 300 à 2 500 m jusqu’à la rivière Aude se succèdent des paysages très diversifiés : crêtes et pics rocheux à nu, éboulis, grands pâturages d’altitude avec dépressions où l’on rencontre les grands lacs et « mouillères » d’altitude ; les grands massifs forestiers montagnards dominés par la hêtraie et la sapinière qui sont desservis par un réseau de pistes forestières important ; plus bas et au nord, la montagne de Mijanès possède des pâturages de basse altitude plus thermophiles, près de petits villages qui concentrent les habitations. Une grande route entre le col de Pailhères et les gorges de l’Aude traverse la ZNIEFF d’est en ouest en passant par la station de ski de Mijanès ; une seconde dessert le Capcir au sud, et longe toutes les gorges de l’Aude. Ce sont des axes principaux et des routes touristiques très fréquentés. Les activités principales du territoire sont le pastoralisme, le tourisme (ski et randonnée pédestre) et l’exploitation forestière. Ils ont tous trois contribué à la création et à l’utilisation d’un réseau complexe de pistes forestières qui traversent l’ensemble du secteur.

Les habitats dominants sont représentés par les forêts. Les hêtraies, hêtraies-sapinières et sapinières dominent, avec quelques forêts de pins d’altitude et quelques forêts de ravins, mais aussi de chênes et de bord de cours d’eau. La ligne de crête au sud-ouest présente des pics aux reliefs escarpés et d’autres plus vallonnés où alternent affleurements rocheux, éboulis et falaises, et où se mélangent calcaires et granites. La diversité géologique combinée à l’altitude offre un grand potentiel de diversité biologique. Parmi les habitats les plus remarquables, notons : les parois calcaires du Saxifragion mediae et les roches siliceuses de l’Androsacion vandelli (abritant dans cette partie orientale des Pyrénées de nombreuses espèces d’intérêt), quelques combes à neige, des pelouses subalpines basophiles, des pelouses alpines acidiphiles avec notamment les pelouses à Laîche courbée (Caricion curvulae). Les autres milieux les plus intéressants sont ceux liés à l’eau : sources, ruisseaux, zones humides et petits lacs d’héritage glaciaire, entremêlés de zones tourbeuses diverses. Ces dernières sont composées de tourbières à sphaignes, bas-marais alcalins et acides, buttes à sphaignes colorées et vertes, chenaux d’écoulement avec radeaux à Menyanthes trifoliata et Potentilla palustris et quelques mégaphorbiaies subalpines d’une grande richesse. Outre ces lacs et sources d’altitude, ces milieux humides se rencontrent aussi au sein des deux forêts domaniales jusqu’à basse altitude. À l’est, le « plateau de Carcanières » présente une écologie particulière, avec des rochers et sables granitiques favorables à une flore spéciale, où s’épanouit notamment le Ciste à feuilles de laurier (Cistus laurifolius). Plus au nord, la montagne de Mijanès, moins élevée et à composante carbonatée, ainsi que les rives de l’Aude offrent de belles stations exposées au sud où se développe une flore calcicole et thermophile : pelouses basophiles bien exposées, ourlets basophiles, tonsures à annuelles et forêts de chênes plus thermophiles. Çà et là se rencontrent quelques prairies de fauche et pâturages, et une mosaïque de milieux liés aux activités humaines.

La richesse floristique est grande dans cette ZNIEFF aux paysages variés. On y rencontre des espèces à affinités méditerranéennes jusqu’aux plantes alpines. Parmi les plus notables, quelques plantes protégées nationales sont présentes : une endémique française des affleurements calcaires, l’Alysson à gros fruits (Hormatophylla macrocarpa) ; sur les pelouses et éboulis stabilisés calcaires, la Bartsie en épi (Nothobartsia spicata) ; et le Jonc des Pyrénées (Juncus pyrenaeus), espèce endémique des Pyrénées orientales qui n’est connue en Midi-Pyrénées que dans ce secteur du plateau de Quérigut. Il fréquente les zones de tourbières et bas-marais cités comme habitats remarquables. C’est dans ces milieux que l’on rencontre la majeure partie des espèces d’intérêt, comme la Potentille des marais (Potentilla palustris), qui bénéficie d’une protection départementale en Ariège, ou comme la Prêle des bois (Equisetum sylvaticum, protégée régionale), très rare et très localisée dans les Pyrénées et connue en Ariège uniquement dans ce secteur. La Dorine à feuilles alternes (Chrysosplenium alternifolium) mérite d’être citée pour la région Midi-Pyrénées, car très localisée dans le quart sud-est de l’Ariège. Les deux isoètes protégés nationaux (Isoëtes echinospora et Isoëtes lacustris) sont présents dans les zones de marnage des lacs naturels d’altitude. Parmi les espèces végétales remarquables se rencontrent aussi des bryophytes au sens large : nombreuses espèces de sphaignes (Sphagnum spp.) qui déterminent des habitats d’intérêt, et une mousse classée en annexe II de la directive « Habitats », l’Hamatocaulis vernicosus. Les champignons de vieilles forêts, notamment de sapinières, comptent parmi les espèces fongiques les plus intéressantes. Près des milieux humides poussent deux espèces remarquables : Lactarius aspideus et Hygrophorus purpurascens.

Pour la faune, les grands domaines forestiers sont le refuge du Grand Tétras, et sans doute de la Chouette de Tengmalm, non citée mais très présente sur les flancs du Madrès attenants. Les milieux ouverts des étages subalpins à alpins abritent le Lagopède alpin, et peuvent aussi servir de territoire de chasse aux grands rapaces pyrénéens. La Loutre d’Europe, le Desman des Pyrénées et l’Euprocte des Pyrénées, qui sont sensibles à la qualité des eaux, trouvent ici, dans leurs milieux respectifs, des conditions de vie favorables à leur maintien. Le grand réseau hydrographique accueille aussi des invertébrés, notamment des insectes. Les 3 espèces d’odonates répertoriées (Aeshna grandis, Somatochlora metallica et Sympetrum flaveolum) ont une répartition plutôt nordique, et leur présence en isolat sur les Pyrénées (souvent en limite méridionale) est restreinte. Elles sont inféodées aux milieux humides tourbeux et paratourbeux pour leur reproduction. On notera enfin, dans cette grande diversité, la présence de nombreux papillons de jour, coléoptères, mollusques et collemboles divers, souvent liés à des milieux rares et fragiles. Parmi les papillons rhopalocères, retenons la sous-espèce pyrénéenne du Nacré de la bistorte (Boloria eunomia ceretanensis), dont l’aire de répartition de l’espèce est boréale et dont la présence dans les Pyrénées représente une aire relictuelle et isolée du reste de sa population spécifique. Il semble inféodé aux milieux marécageux précédemment cités.

Les principaux facteurs d’évolution de cette zone concerne les activités humaines à travers l’exploitation des ressources naturelles et le potentiel touristique, touchant prioritairement les abords directs de l’important réseau de routes et pistes forestières, et le domaine skiable. L’exploitation forestière représente une source directe de dérangement pour des espèces sensibles comme le Grand Tétras, et un facteur d’évolution des communautés floristique et fongique des vieilles sapinières. L’abandon du pastoralisme, et la fermeture des milieux (pelouses) qui en découle, constituent une menace à long terme sur la diversité. Enfin, des phénomènes d’assèchement ou d’atterrissement menacent directement le grand complexe de zones humides et paratourbeuses en mosaïque dans cette ZNIEFF.

Commentaires sur la délimitation

Cette ZNIEFF de type 2 correspond à la région appelée Donezan, partie ariégeoise du bassin versant audois. Elle est située entre les grandes entités géographiques que sont le Capcir (Pyrénées-Orientales), le massif d’Orlu (Ariège) et le plateau de Sault (Aude). Ses contours sont principalement basés sur des critères géomorphologiques. La zone est délimitée au sud par les crêtes sommitales frontières avec les Pyrénées-Orientales depuis le pic de Baxouillade jusqu’au Sarrat del Bel Aire. Les crêtes frontières avec la réserve d’Orlu, entre le roc Blanc et le Tarbézou, matérialisent la limite ouest. Enfin, le territoire est encadré, au nord par la montagne de Mijanès (du col de Pailhères à la route de Campagna-de-Sault), et à l’est par les gorges de l’Aude ainsi que la forêt domaniale du Carcanet sur le versant ouest du Madrès. La station de ski de Mijanès, peu artificialisée et hébergeant des enjeux naturels (notamment flore déterminante et galliformes patrimoniaux), est incluse dans le périmètre.