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ZNIEFF 730010987
Serres du Cruzoul et de Lissan

(n° régional : Z1PZ0366)

Commentaires généraux

Cette zone est un plateau découpé typique du Quercy blanc et nommé localement « serres ». Ce plateau est formé de calcaires lacustres et de marnes de l’oligocène et du miocène. Il est occupé par des chênaies pubescentes, qui se limitent ici aux expositions les plus fraîches, des landes à Genévrier commun (Juniperus communis), à Buis (Buxus sempervirens) et à Genêt cendré (Genista cinerea). De nombreuses pelouses sèches de divers types y sont également présentes : pelouses mésophiles du Mesobromion, et en particulier seslériaies à Seslérie bleue (Sesleria caerulea) du Catanancho caerulae-Seslerietum caerulae, brachypodiaies héliophiles et d’ourlets, et pelouses xérophiles à tonalité méditerranéenne du Staehelino dubiae-Teucrietum chamaedryos. Des friches herbacées postculturales, localement abondantes, ainsi que quelques rares cultures, complètent le panel des milieux naturels présents sur le plateau.

Son intérêt floristique réside dans la présence d’une flore typique des calcaires marneux du Quercy blanc : Catananche bleue (Catananche caerulea), Globulaire commune (Globularia vulgaris) et Genêt cendré (Genista cinerea). Certaines espèces, plutôt mésophiles, profitent des sols suintants de l’hiver pour s’installer en pleine pelouse sèche de plateau. C’est notamment le cas de certaines orchidées comme le Sérapias en soc (Serapias vomeracea), le Plantain serpentin (Plantago maritima subsp. serpentina), ou le Cirse tubéreux (Cirsium tuberosum). De nombreuses orchidées, parfois très abondantes, comme l’Ophrys jaune (Ophrys lutea), croissent dans les pelouses sèches, et certaines espèces peuvent aussi coloniser en masse les friches postculturales présentes au sud-ouest du site. Plusieurs autres plantes remarquables, également présentes sur les pelouses sèches des causses à calcaire dur, ont été observées sur la zone : l’Armoise blanche (Artemisia alba), le Cardoncelle mou (Carduncellus mitissimus), la Leuzée conifère (Leuzea conifera), la Bugrane striée (Ononis striata), le Serpolet couché (Thymus praecox), la Scorsonère hirsute (Scorzonera hirsuta), le Nerprun des rochers (Rhamnus saxatilis), qui croît aussi dans les landes et les chênaies pubescentes claires, ou encore l’Ophrys sillonné (Ophrys sulcata). Il faut signaler ici la présence remarquable d’une espèce très proche de l’Ophrys sillonné, qui a été observée fleurie plusieurs années de suite (Esperet, Deleris & Esslinger), en général un bon mois avant la floraison de sa proche parente. La détermination spécifique n’a malheureusement pas pu être tranchée entre l’Ophrys brun (Ophrys fusca) et l’Ophrys de Gascogne (Ophrys vasconica).

Deux espèces de papillons protégés sont présentes ici : le Damier de la succise (Euphydryas aurinia), dont les chenilles vivent notamment sur la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria), et l’Azuré du serpolet (Maculinea arion), chez qui la jeune chenille se nourrit de divers thyms ou d’Origan (Origanum vulgare), mais qui doit, pour finir son cycle larvaire, être emportée dans la fourmilière de sa fourmi hôte (Myrmica sabuleti). Citons également les observations locales de deux autres papillons non déterminants liés aux pelouses sèches : la Grande Coronide (Satyrus ferula), et l’Agreste (Hipparchia semele). Deux orthoptères remarquables ont été observés ici : le Criquet des garrigues (Omocestus raymondi raymondi), inféodé aux secteurs de sols nus ou peu végétalisés, et le Sténobothre bourdonneur (Stenobothrus nigromaculatus). Signalons aussi la présence d’un coléoptère carabique méridional, la Cicindèle marocaine (Cicindela maroccana), qui est cantonnée, dans le Lot, au Quercy blanc. La présence d’un phasme méditerranéen, le rare Phasme espagnol (Leptynia hispanica), serait à confirmer sur la zone, où elle a été indiquée à la fin des années 1990. L’avifaune nicheuse comprend des oiseaux de milieux ouverts ou bocagers comme la Tourterelle des bois, l’Alouette lulu, et surtout le Pipit rousseline et le Bruant ortolan ; celui-ci est en fort déclin aux niveaux national et européen, et ne semble se maintenir dans le Lot que sur les serres du Quercy blanc. La zone est aussi un territoire de chasse privilégié et un site de nidification potentiel pour le Circaète Jean-le-Blanc, grand rapace migrateur qui mange des serpents, et qui a besoin de boisements calmes pour établir son aire et élever son unique jeune annuel. Le Busard Saint-Martin et le très rare Busard cendré ont également été observés ici, notamment en action de chasse. Il n’est donc pas exclu que la nidification d’au moins une de ces deux espèces y soit un jour constatée. Il en va d’ailleurs de même pour l’Œdicnème criard, qui a été observé, cantonné dans une culture de tournesol juste séparée de la zone par la route D4.

Suite à la déprise pastorale qui a prévalu dans la quasi-totalité du Quercy blanc, cette zone n’est aujourd’hui plus pâturée (ou alors de façon très marginale et sporadique). Les pelouses du site sont ainsi soumises à la dynamique naturelle de fermeture des milieux, mais cette dernière est variable en fonction de l’exposition : les pelouses en adret sont quasiment stables, tandis qu’on assiste à une fermeture assez marquée en exposition fraîche. Il y a aussi un risque à court terme de remise en culture des friches herbacées qui abritent diverses orchidées et les espèces de papillons protégés précitées. Les pelouses sèches et landes calcicoles elles-mêmes risquent d’être mises en culture, du moins dans les secteurs les moins pentus.

Commentaires sur la délimitation

Le zonage se base essentiellement sur la distribution des landes, pelouses sèches et friches herbacées sommitales ou de haut de versant, d’étendue et/ou d’intérêt floristique ou faunistique significatif. La délimitation évite des zones d’habitat humain et des secteurs intensivement cultivés (contre-vallons de la vallée de la Petite Barguelonne au nord, plateau cultivé au sud). Elle suit le plus souvent des limites cultures/milieux naturels ou semi-naturels, qui coïncident fréquemment avec des limites topographiques (en particulier les bas de versant).