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ZNIEFF 730011118
Piémont calcaire commingeois et bassin de Sauveterre

(n° régional : Z2PZ2065)

Commentaires généraux

Située au sud de Saint-Gaudens, dans le secteur historique du Comminges, cette ZNIEFF de type 2 couvre les premiers reliefs des Pyrénées centrales. Il s’agit d’un territoire de plus de 8 500 ha, formé d’un ensemble de collines et de petites montagnes de piémont séparées par deux bassins calcaires. Les principaux sommets de ce site (pic des Quettes, le Magnouet, pic de Campoun, le Pain de sucre) atteignent des altitudes comprises entre 800 et 1 000 m. Plus au sud, le relief s’accentue avec les pics de Gar et de Cagire (plus de 1 700 m d’altitude). Les paysages alternent entre des massifs forestiers (bois de la Hage, bois d’Aubasc, bois du Castel...) entrecoupés de petits vallons, et des bassins bocagers souvent occupés par des terres agricoles. Les paysages sont façonnés par la géomorphologie caractéristique du piémont calcaire commingeois. Au nord, des massifs boisés morcelés (bois d’Aubasc, bois de Rouzet...) sont entrecoupés de vallons dans lesquels passent les routes ou les cours d’eau. Le massif des Frontignes et de Magnouet forme un important domaine forestier (en partie constitué de plantations) surplombant la vallée de la Garonne à l’ouest. Le plateau de Campels au sud-est a la particularité de présenter un réseau karstique étendu comme en témoignent les nombreux gouffres (gouffre de Rède) et grottes (grotte de la Maure). Ces massifs boisés dominent le bassin de Sauveterre de Comminges au nord et celui de Génos et Malvezie plus au sud. Ceux-ci sont de type bocager, avec de nombreuses prairies permanentes et un linéaire de haies bien développé qui bordent les villages et lieux-dits du territoire. Plusieurs ruisseaux à faible pente prennent leur source au cœur de ces chaînons calcaires, et circulent dans le fond des vallons pour se jeter dans le Job, à l’est du site. D’un point de vue géologique, ces coteaux du piémont sont constitués par des terrains du Jurassique et du Crétacé inférieur où alternent des calcaires marneux tendres et des calcaires durs de faciès urgonien. Ces derniers forment l’ossature de collines régulières où la roche mère, fissurée et perméable, structure le relief par de nombreux affleurements rocheux. En particulier dans la partie sud du site, le calcaire s’est creusé, formant lapiès, dolines et cavités plus ou moins profondes. Les calcaires marneux forment quant à eux les reliefs boisés, sur lesquels a pu se constituer un sol plus épais. Des argiles, provenant surtout de l’altération de ces marnes, se sont accumulées dans les dépressions et fonds de vallons où sont installés les villages et cultures pour constituer des sols riches en alluvions. Quelques terrains siliceux de nature morainique, correspondant aux dépôts glaciaires et fluvio-glaciaires liés à l’avancée du glacier de la vallée de la Garonne, sont également présents, en particulier dans la partie ouest du site. Ainsi, le lac de Saint-Pé-d’Ardet résulte du passage d’une extrémité du glacier fixée sur les crêtes enserrant le bassin de Barbazan.

Ce site de coteaux à dominante calcaire présente une végétation marquée par la rencontre des influences atlantique, méditerranéenne et montagnarde. Une majorité de sa surface est couverte par une chênaie-charmaie (Carpinion aquitain) avec une diversité de formations de feuillus mixtes, sous influence atlantique. À basse altitude, sur sols maigres ou roche affleurante, on trouve de la chênaie verte (composée par la sous-espèce ballota du Chêne vert, remarquable par son étendue) ou de la chênaie pubescente thermophile. Plus haut, des hêtraies sont présentes surtout sur les sommets et les versants nord. Par places, les stations forestières peuvent être très originales. Quelques tillaies de ravins existent de manière sporadique sur le territoire dans les zones les plus encaissées. En situation xérophile, on trouve parfois des hêtraies calcicoles à Céphalanthère. Ces peuplements laissent entrevoir ponctuellement la roche mère calcaire, surtout dans la partie sud du site. Les affleurements rocheux et les falaises constituent alors des complexes xérothermophiles où l’on trouve des habitats naturels caractéristiques : groupements de falaises, pelouses xérophiles et mésophiles calcicoles, pelouses à orpins limitées à quelques crêtes rocheuses ou en mosaïque au sein des autres types de pelouses, ourlets forestiers thermophiles, ou encore fourrés et landes xérophiles (formations à buis ou à genévriers communs). On note parfois, au sein d’un même massif de petite taille, un contraste de végétation important entre ces versants exposés au sud et les versants en ombrée recouverts par des bois de hêtres. Dans ce contexte rocheux apparaissent également quelques cavités naturelles au sol ou en falaises, qui offrent un habitat potentiel pour de nombreuses espèces de chiroptères. Le réseau hydrographique apporte également une diversité supplémentaire et remarquable. De manière très localisée, plusieurs formations hygrophiles sont présentes. Des cariçaies à Carex acutiformis et paniculata se trouvent respectivement à Sauveterre et en bordure du lac de Saint-Pé-d’Ardet. Ces dernières sont situées en mosaïque avec des formations tourbeuses à Cladium mariscus, un habitat déterminant. Les pâtures à grands joncs (Juncus conglomeratus, Juncus effusus) représentent la forme la plus couramment rencontrée des prairies humides ; elles sont localisées dans les pâturages adjacents aux petits cours d’eau. À l’extrémité nord-est du site, une prairie à Molinie sur calcaire a été répertoriée. Cet habitat déterminant accueille une station de Narcisse trompette (Narcissus bulbocodium), une espèce non déterminante mais qui présente un enjeu patrimonial du fait de sa situation ici, en limite orientale de son aire de répartition. En berge des principaux cours d’eau, la plupart des ripisylves ont été conservées, ce qui constitue un atout intéressant d’un point de vue floristique et faunistique (écrevisse, chiroptères...). Les forêts alluviales de frênes et d’aulnes sont en revanche très localisées sous forme de linéaires étroits. Les bassins calcaires sont de type bocager, et les terres agricoles représentent environ 20 % de la surface du site. L’activité principale étant l’élevage extensif, les prairies permanentes mésophiles en constituent la grande majorité pour une faible proportion de prairies temporaires, semées et cultivées. Des mélanges entre prairies de fauche et pâtures sont fréquemment rencontrés. Celles-ci, marquées par un fort recouvrement d’herbacées, sont de composition floristique variable en fonction des conditions stationnelles (niveau hydrique, exposition, substrat...) et des pratiques agricoles. Un maillage important de haies, de vieux arbres et de petits bosquets bien conservés délimite ces prairies, conférant à ce bocage une grande richesse paysagère et faunistique, en particulier chez les insectes. Enfin, on peut noter plusieurs boisements artificiels sur le site, notamment des plantations de résineux, parfois sur de grandes étendues (commune de Barbazan), et des alignements de peupliers dans les bassins bocagers.

La plupart de ces habitats naturels abritent des espèces de faune et de flore intéressantes. Concernant la flore, plusieurs espèces rares et d’intérêt patrimonial trouvent sur ce site des conditions favorables. La présence de nombreuses plantes calcicoles et thermophiles d’affinités méditerranéennes, sur des milieux ouverts ou semi-ouverts situés en versants chauds et secs, constitue un grand intérêt phytogéographique. Les landes xérophiles hébergent localement le Chêne kermès (Quercus coccifera) ainsi que le Genêt très épineux (Echinospartum horridum) qui est protégé en France. Le secteur anciennement connu du pic d’Aillot constitue la station la plus orientale recensée dans les Pyrénées françaises. Il présente actuellement une mortalité d’individus préoccupante. On trouve également le Nerprun alaterne (Rhamnus alaternus), le Nerprun des rochers (Rhamnus saxatilis) et la Corroyère (Coriaria myrtifolia) sur les coteaux arides. On notera un intérêt particulier concernant la flore des pelouses rocailleuses basophiles avec de très nombreuses espèces déterminantes dont l’Orchis parfumé (Orchis coriophora subsp. fragrans), protégé au niveau national, la Trinie commune (Trinia glauca), l’Hysope officinale (Hyssopus officinalis), une plante aromatique assez rare en Haute-Garonne, la Fritillaire des Pyrénées (Fritillaria nigra), la Fétuque d’Auquier (Festuca auquieri)... Contrastant avec cette flore thermophile, on rencontre, sur des secteurs assez localisés, des espèces protégées de milieux humides voire aquatiques. Le lac de Saint-Pé-d’Ardet est ainsi tout à fait notable. Des tapis flottants de Nénuphar jaune (Nuphar lutea), protégé dans le département de la Haute-Garonne, colonisent les eaux à fond vaseux du lac. En bordure de celui-ci, les formations tourbeuses abritent le Marisque (Cladium mariscus), espèce protégée en Midi-Pyrénées, en mosaïque avec les formations à Carex paniculata. Souvent associée aux aulnes, la Fougère des marais (Thelypteris palustris), qui est protégée au niveau national, est présente dans les sous-bois des formations forestières marécageuses. En outre, la Scrofulaire des Pyrénées (Scrophularia pyrenaica), une espèce protégée en France, a été recensée sur des parois rocheuses ombragées ainsi qu’à l’entrée d’une grotte. Enfin, dans les boisements plus ou moins frais, se développent diverses espèces déterminantes de sous-bois. L’Aubépine à deux styles (Crataegus laevigata), qui est plutôt présente en versant nord, compose la strate arbustive de la chênaie-charmaie. Cet arbuste est fréquent dans le piémont commingeois. Le Brome de Beneken (Bromus benekenii) a été observé près de Barbazan ; il s’agit de l’une des deux seules stations de Haute-Garonne. Les bois plus secs de chênes pubescents abritent l’Iris fétide (Iris foetidissima), commun dans le Comminges, et la Céphalanthère rouge (Cephalanthera rubra). L’intérêt mycologique est notable avec Crepidotus autochtonus, dont la présence ici constitue l’une des deux seules données de la région Midi-Pyrénées, et Amanita echinocephala, qui est une espèce thermophile calcicole (forêt de feuillus). Les enjeux faunistiques concernent principalement les oiseaux, les chiroptères et les insectes. La diversité des milieux (forestiers, bocagers, rupestres) est propice à la nidification des oiseaux. Le Milan royal (Milvus milvus) et l´Aigle botté (Hieraaetus pennatus), se reproduisent sur les versants forestiers. Bien que l´Aigle botté niche de façon très localisée en Haute-Garonne, la région Midi-Pyrénées héberge une part conséquente de la population nationale. Les falaises offrent un refuge à des rapaces rupicoles rares qui y trouvent les conditions favorables pour construire leur nid et élever leurs jeunes, parmi lesquels le Vautour percnoptère (Neophron percnopterus) et le Faucon pèlerin (Falco peregrinus), dont trois couples ont été recensés sur l’ensemble du site. Exclusivement ornithophage, ce dernier bénéficie de l’alternance de zones boisées et de secteurs plus bocagers, ainsi que de la proximité de la Garonne, zones qui accueillent de nombreuses espèces de petits passereaux entrant dans son régime alimentaire. Enfin, d’autres oiseaux comme le Tarier des prés, la Pie-grièche écorcheur ou la Chevêche d’Athéna (espèces non déterminantes) vivent dans les régions ouvertes de zones agricoles, de prairies et de pâturages du bassin bocager de Sauveterre. Dans le secteur karstique au sud de la ZNIEFF, les cavités hébergent de nombreuses chauves-souris. Elles confèrent un intérêt tout particulier à ce site du fait du réseau important de gîtes utilisés tout au long de l’année par plusieurs espèces, et la fréquentation importante, comme terrain de chasse, des espaces de bocage favorables présents dans le reste du site. Ces derniers sont également fréquentés par des colonies de parturition (mise bas) en périphérie de la zone. Citons, en tant qu’espèce déterminante, la présence d’une colonie importante de reproduction du Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros) à Barbazan ; celui-ci est assez emblématique du piémont pyrénéen, car sa fréquence y est caractéristique alors qu’il est beaucoup plus rare en dehors de ce périmètre. Avec la présence de vieux arbres remarquables dans les secteurs forestiers et bocagers, la diversité des coléoptères saproxyliques est importante sur ce site (16 espèces recensées). Les arbres hôtes sont, d’une part quelques gros châtaigniers âgés issus d’anciennes exploitations en forêt, d’autre part de vieux chênes taillés en têtards présents dans le maillage de haies limitant les parcelles agricoles. En outre, 5 coléoptères cavernicoles endémiques des Pyrénées ont été mentionnés dans les cavités naturelles. La richesse en papillons est également remarquable. L’Azuré du serpolet (Maculinea arion) et la Bacchante (Lopinga achine), deux papillons protégés en France, se reproduisent sur ce site. Ils ont tous deux été observés en versant sud d’un massif boisé. Les prairies inondables constituent un habitat propice pour le Cuivré des marais (Lycaena dispar) et le Miroir (Heteropterus morpheus), ce dernier fréquentant particulièrement les secteurs à Molinie. Ce bocage humide accueille également le Grillon des marais (Pteronemobius heydenii, non déterminant) et la Grenouille rousse (Rana temporaria). Enfin, les eaux fraîches bien oxygénées et de bonne qualité de certains petits cours d’eau hébergent le Desman des Pyrénées et l’Écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes).

Il est intéressant de noter que ce site, remarquable par sa diversité de milieux et d’espèces d’intérêt patrimonial, est tout à fait représentatif du piémont commingeois.

Commentaires sur la délimitation

Cette ZNIEFF regroupe un ensemble cohérent de reliefs calcaires du piémont commingeois riche en espèces déterminantes. Il est bordé au sud par le massif du pic du Gar, à l’ouest et au nord par la vallée et le bassin de la Garonne, et par la vallée du Ger à l’est. Les bassins bocagers de Sauveterre et de Génos et Malvezie, présentant des enjeux naturels, ont été intégrés au site. La vallée du Job, qui sépare la partie ouest de la ZNIEFF du massif forestier d’Encausse-les-Thermes, fait l’objet d’une autre ZNIEFF. La zone apparaît ainsi disjointe. Une partie du village de Barbazan est incluse dans le périmètre afin d’intégrer la colonie de Petit Rhinolophe, assurant ainsi une connexion entre le gîte et les massifs contigus, constituant vraisemblablement une partie de leur terrains de chasse. La ZNIEFF rassemble ainsi plusieurs colonies de cette espèce.

Le périmètre englobe plusieurs boisements artificiels imbriqués dans la mosaïque de milieux, notamment des plantations de résineux et des alignements de peupliers dans les bassins bocagers.