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ZNIEFF 730011398
Prairies humides et milieux riverains des lits supérieurs de la Louge et la Noue

(n° régional : Z2PZ0267)

Commentaires généraux

Ce site est composé des milieux riverains des lits supérieurs de la Louge et de la Noue. Ces deux rivières appartiennent au bassin versant de la Garonne, qu’elles rejoignent, en rive gauche, bien plus à l’est. Elles prennent naissance sur l’expansion orientale du plateau de Lannemezan, dans le piémont pyrénéen. Puis elles s’écoulent, du sud-ouest vers le nord-est, à l’intérieur d’un pays de collines. Le territoire retenu concerne essentiellement la zone de l’élevage bovin. En amont, ces vallées présentent des versants dissymétriques. En rive droite, des boisements recouvrent souvent les versants pentus. En revanche, en rive gauche, il y a des prairies hygrophiles situées en fond de versant ou à proximité de mouillères, ainsi que des prairies mésophiles ou quelques cultures sur des pentes douces. Localement, le maintien de bosquets et d’alignements d’arbres entre les parcelles rappelle un paysage de bocage. En fond de versant, des boisements riverains dominés par des saules ou par l’Aulne glutineux apparaissent localement en tête de bassin. De petites surfaces de landes humides à Molinie (Molinia caerulea), où l’on peut observer l’Ajonc nain (Ulex minor), sont également présentes.

La flore acidophile de ce site a des influences montagnardes et atlantiques. L’Osmonde royale (Osmunda regalis), une fougère rare et protégée en Haute-Garonne, se développe dans des boisements hygrophiles. L’Avoine de Thore (Pseudarrhenatherum longifolium), une graminée déterminante, est plutôt caractéristique des pelouses acidophiles. Les prés tourbeux, les prairies et les fossés de drainage comportent un grand nombre d’autres plantes remarquables. La Petite scutellaire (Scutellaria minor), qui est déterminante dans les Pyrénées, vit dans les prés tourbeux. L’intérêt patrimonial des prairies humides à joncs, qui correspondent à l’association phytosociologique du Caro verticillati-Juncetum acutiflori (37.312), est grand. De nombreuses espèces déterminantes en plaine y ont été observées : le Carum verticillé (Carum verticillatum), la Valériane dioïque (Valeriana dioica), le Potamot à feuilles de renouée (Potamogeton polygonifolius), la Laîche étoilée (Carex echinata), la Lobélie brulante (Lobelia urens), la Campanille à feuilles de lierre (Walhenbergia hederacea), le Millepertuis des marais (Hypericum elodes), qui est protégé en Midi-Pyrénées, le Mouron délicat (Anagallis tenella) et la Stellaire des sources (Stellaria alsine). Dans un pré tourbeux à Franquevielle, des sphaignes vertes (Sphagnum spp.) et Aulacomnium palustre, des bryophytes rares à basse altitude, se développent en compagnie du Cirse découpé (Cirsium dissectum). Ce cirse est rare en Comminges, où il est en limite d’aire de répartition. Au contraire, c’est un taxon fréquent dans les prés tourbeux localisés dans le nord, ainsi que sur la façade atlantique de la France. Ces prairies paratourbeuses occupent de petites surfaces dans la zone de pâturage, en tête de bassin. Elles sont fortement menacées par les travaux de drainage et par l’augmentation du chargement pastoral. Dans les prairies naturelles, en bordure de la Noue et de la Louge, au début du mois de mars, on observe de très belles densités de fleurs du Narcisse trompette (Narcissus bulbocodium). Il ne faut pas confondre ce petit narcisse avec la Jonquille (Narcissus pseudonarcissus). Ces prairies mésohygophiles acidiphiles (37.312), à Carum verticillé et à Narcisse trompette, engorgées en hiver et au printemps et sèches en été et en automne, sont fauchées ou pâturées. Elles ont un intérêt biogéographique. Le Narcisse trompette, déterminant en plaine, est présent dans le Sud-Ouest de la France. En Comminges, il arrive dans sa limite de répartition orientale. Ces prairies sont menacées par l’augmentation de la fertilisation et par le drainage. L’Ophioglosse commun (Ophioglossum vulgatum), une petite fougère déterminante, et le Colchique d’automne (Colchicum autumnale) se développent dans des prés fauchés hygrophiles. Quant à l’Achillée ptarmique (Achillea ptarmica subsp. ptarmica), elle a été observée dans un pré hygrophile pâturé (37.24), tandis que la Saxifrage hirsute (Saxifraga hirsuta) fleurit sur les talus ombragés des cours d’eau. Plusieurs plantes messicoles déterminantes se développent sur des terrains acides dans les cultures extensives : la Pensée des champs (Viola arvensis), la Mâche auriculée (Valerianella rimosa), la Petite amourette (Briza minor) et le Laiteron des champs (Sonchus arvensis subsp. arvensis), une espèce rare en Haute-Garonne. La présence d’insectes déterminants constitue un autre enjeu pour cette ZNIEFF. Les chenilles du Damier de la succise (Euphydryas aurinia), un papillon protégé en France, se nourrissent des rosettes de leurs plantes hôtes, qui sont la Succise des prés (Succisa pratensis) et la Knautie d’Auvergne (Knautia arvernensis). Ce papillon se reproduit dans des prairies hygrophiles en déprise ou bien dans des parcelles gérées soit par un pâturage extensif, soit par la fauche. Dans certains cas, de petites populations trouvent refuge sur les talus herbeux des fossés de drainage ou sous des clôtures. Le maintien de prairies hygrophiles naturelles, peu amendées, est favorable à un riche cortège d’orthoptères comprenant le Grillon des marais (Pteronemobius heydenii), le Criquet des roseaux (Mecosthetus parapleurus), la Decticelle bariolée (Metrioptera roeselii), le Criquet ensanglanté (Stetophyma grossum) et le Criquet des pâtures (Chorthippus parallelus). Ces espèces ne sont cependant pas déterminantes, au moins pour la zone pyrénéenne. La Decticelle aquitaine (Zeuneriana abbreviata), une sauterelle endémique pyrénéo-cantabrique, recherche des cortèges herbeux avec une biomasse relativement importante. Les habitats aquatiques sont potentiellement favorables pour les libellules. Plusieurs mâles du Leste dryade (Lestes dryas) ont été observés à proximité d’une prairie aquatique. Cette petite libellule déterminante est susceptible de se reproduire dans les habitats longuement inondables de ce site.

Ces milieux humides renferment des espèces rares et patrimoniales, en voie de régression. Ce patrimoine naturel, encore présent, résulte de pratiques agricoles extensives qui se sont perpétuées. Les zones inondables et les boisements riverains ont aussi des fonctions de régulation hydraulique. De plus, ces surfaces recouvertes en prairies et en bois ont un rôle naturel de protection contre l’érosion des sols. Elles constituent également un corridor écologique pour la faune.

Commentaires sur la délimitation

Le périmètre du site a été retenu en fonction de la présence de prairies mésohygrophiles à hygrophiles, riches en espèces végétales déterminantes dans les Pyrénées ou en plaine. En contact avec ces prairies humides, il existe des prés tourbeux à forts enjeux. Le site englobe également des boisements humides (saulaie et aulnaie paratourbeuses) et des landes humides en déprise où des espèces déterminantes sont présentes. Les versants boisés, situés sur les pentes les plus fortes, en rive droite de la Noue et de la Louge, ont des fonctions écologiques (impluvium, corridor pour la faune, protection contre l’érosion des sols). Enfin, cette ZNIEFF intègre quelques cultures. Dans les cultures extensives, plusieurs messicoles déterminantes ont été recensées. Le bassin versant est intégré à la ZNIEFF de type 2 « Amont des bassins de la Louge, de la Save, du Lavet et de la Noue et landes orientales du Lannemezan ».