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ZNIEFF 730011492
Versant est du Viscos

(n° régional : Z2PZ0036)

Commentaires généraux

Le site du versant est du pic de Viscos se développe entre 479 et 2 117 m en rive gauche du gave de Luz (ou de Gavarnie), et s’étend quasiment jusqu’à sa confluence avec celui de Cauterets. Au sud, il s’arrête au niveau de la station de Luz-Ardiden, sur laquelle il empiète quelque peu, alors qu’à l’ouest, il est délimité par les crêtes des pics de Viscos et de Soulom. Il intègre plusieurs talwegs escarpés dont les eaux s’écoulent le plus souvent sous forme de torrents temporaires. Les affleurements rocheux forment des rides successives avec une gamme de micro-expositions variées, favorables à l’expression d’habitats contrastés. Les roches en place sont dominées par les schistes de séries anciennes du Silurien (schistes noirs carburés, pyriteux), de l’Ordovicien et du Dévonien (schistes et calcschistes). Cette situation, malgré un aspect assez semblable des roches en place, offre à la végétation des conditions très contrastées, certains ensembles étant très acides et d’autres au contraire riches en calcium, sinon en calcaire. La présence de plusieurs failles orientées nord-ouest - sud-est contribue également à la complexité du relief, favorisant la présence de parois rocheuses assez lisses et le plus souvent disposées en successions très étendues sur le versant.

Le climat est partagé entre l’influence du bassin d’Argelès et de Luz, lumineux et assez chaud, et des situations froides, ombragées ou confinées dues au relief en situation montagnarde à subalpine et aux gorges. L’humidité naturelle augmentant avec l’altitude (précipitations) et au voisinage du gave, on trouve à ces niveaux (en haut et en bas de versant) deux pôles qui font contraste avec les versants en général assez secs.

On note également la présence de dépôts morainiques et de colluvions récentes, les zones morainiques plus fertiles étant en général mises en valeur par la présence de prairies et de granges, voire d’un village (Viscos).

Les habitats naturels dominants sont de trois ordres : milieux forestiers, pelouses et landes d’altitude, milieux rocheux. Ces derniers incluent parois, dalles avec végétation pionnière et landes sèches à tendances méditerranéennes, ravins et gorges.

Pour les forêts, on retiendra d’abord leur caractère souvent très naturel, du fait des difficultés d’accès. On note également l’abondance des feuillus, dont les forêts de ravins riches en tilleuls et les hêtraies sont des habitats importants. Les pelouses et landes d’altitude n’ont pas fait l’objet de description détaillée en termes d’habitats, mais elles recèlent, on le verra, des espèces de flore intéressantes. Parmi les milieux rocheux, on note des dalles avec une végétation pionnière de pelouses d’orpins ou de scléranthes, dans la moitié nord du site, des végétations calcicoles de parois rocheuses marquées par la présence de la Ramonde des Pyrénées (Ramonda myconi) ainsi que le développement de landes sèches sur les substrats rocheux. Celles-ci sont dominées par la Bruyère arborescente (Erica arborea), type de lande rare en Midi-Pyrénées, la Bruyère vagabonde (Erica vagans) ou le Raisin d’ours (Arctostaphylos uva-ursi) pour les plus acidiphiles, ou marquées par la présence plus ponctuelle du Thym commun (Thymus vulgaris) pour les milieux plus riches en calcaire.

Les formations riveraines sont nécessairement très étroites en fond de gorge ou dans certaines parties de ravin, avec présence de la mégaphorbiaie subalpine à Valériane des Pyrénées (Valeriana pyrenaica). On rencontre, surtout dans la moitié nord du site, des sources pétrifiantes (voisinage des granges du Boussu, gorges de Luz) qui constituent un habitat original.

La plupart des habitats signalés figurent à l’annexe I de la directive « Habitats ». Les habitats du site, bien que partiellement décrits, sont donc aussi intéressants par leur diversité que par la rareté de certains d’entre eux.

Le site est également intéressant par la présence d’espèces végétales liées aux milieux cités : la Bruyère arborescente (Erica arborea), le Chêne tauzin (Quercus pyrenaica), la Paronyque à feuilles de renouée (Paronychia polygonifolia), le Scléranthe à crochets (Scleranthus uncinatus) et l’Œillet en delta (Dianthus deltoïdes) pour les terrains acides, la Ramonde des Pyrénées (Ramonda myconi), la Fritillaire des Pyrénées (Fritillaria nigra), l’Iris des Pyrénées (Iris latifolia) et le Safran des Pyrénées (Merendera montana) pour les terrains comportant du calcium.

On note sur les parties les plus hautes la présence d’espèces rares de milieu subalpin : l’Androsace de Vandelli (Androsace vandellii), l’Edelweiss (Leontopodium alpinum), la Renoncule amplexicaule (Ranunculus amplexicaulis)...

On remarquera enfin qu’une partie des espèces de plantes déterminantes sont rencontrées au contact, ou sur le domaine skiable, comme la Swertie pérenne (Swertia perennis).

Parmi les espèces citées précédemment, l’Androsace de Vandelli (Androsace Vandellii) est protégée au niveau national, et l’Iris des Pyrénées (Iris latifolia) est inscrit sur la liste rouge régionale de la flore menacée.

Sur le plan faunistique, le massif boisé offre de grandes possibilités de nidification pour les oiseaux, notamment le Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus) et les pics forestiers (Pic à dos blanc de Lilford [Dendrocopos leucotos subsp. lilfordii] et Pic mar [Dendrocopos medius]) dont le statut serait ici cependant à préciser et les observations à compléter. Ses parties hautes hébergent le Grand Tétras (Tetrao urogallus). Au-dessus, les espèces présentes dans les landes montagnardes et subalpines sont la Perdrix grise de montagne (Perdix perdix subsp. hispannicus) et le Lagopède des Alpes (Lagopus mutus).

Ces 6 espèces appartiennent à l’annexe I de la directive « Oiseaux », et constituent un patrimoine naturel reconnu.

Parmi les espèces de mammifères signalées sur le site, on note une chauve-souris, le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), liée aux granges en été et hivernant en milieu souterrain, ainsi que 2 espèces amphibies fréquentant les cours d’eau : la Loutre (Lutra lutra) qui a recolonisé le gave, et le Desman des Pyrénées (Galemys pyrenaicus) qui a été observé sur le gave de Cauterets, en partie nord du site, à la fin des années 1980, mais n’a pas fait l’objet d’un suivi détaillé depuis. Notons que ce dernier semble préférer les petits cours d’eau permanents, et reste présent dans le contexte local sur les affluents de l’autre rive du gave de Luz (Plaa, Bastan). On devrait donc le retrouver sur les rares torrents favorables à l’espèce sur le site, essentiellement celui de Viscos.

Enfin, les formations végétales de ce site escarpé jouent un rôle important dans la lutte contre l’érosion, en particulier les forêts, dont le caractère pentu et peu exploitable favorise la présence de vieux bois, habitat indispensable à la présence et à la reproduction du Pic mar et du Pic à dos blanc.

La ZNIEFF du versant est du Viscos constitue donc vraiment et par de nombreux aspects un milieu naturel remarquable.

Commentaires sur la délimitation

Ce site a été délimité sur la base d’une partie du bassin versant du gave de Gavarnie réunissant des conditions similaires (fortes pentes, terrains dominés par les schistes, même orientation générale...).

Les habitats forestiers, landes, pelouses et parois rocheuses, constituent les formations dominantes soumises à une forte dynamique de versant due aux fortes pentes. Le relief et l’exposition constituent donc deux critères de délimitation prépondérants.

Au sud, la station de ski de Luz-Ardiden est exclue, sauf très localement où le site empiète sur le domaine pour intégrer des stations de plantes déterminantes.