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ZNIEFF 730030191
Serres du Cluzel, de Cayroux Barrats, de Barbarou et de la Paillole

(n° régional : Z1PZ0211)

Commentaires généraux

La zone est constituée de plateaux fortement découpés appelés localement « serres » et formés de calcaires marneux d’origine lacustre (oligocène et miocène). C’est un bel ensemble de pelouses sèches et de landes calcicoles bien qu’il soit morcelé avec de nombreuses cultures intercalées. Les bois de Chêne pubescent (Quercus pubescens) sont essentiellement localisés aux expositions fraîches. Les prairies naturelles, relictuelles, sont situées dans la vallée étroite d’un petit ruisseau : en amont comme en aval, ce sont les cultures qui dominent. Les pelouses et landes à Genêt cendré (Genista cinerea) sont, soit mises en culture, soit en voie de fermeture, à cause des profonds changements de gestion de l’espace intervenus dans cette région lotoise, qui n’ont laissé que peu de place à l’élevage ovin extensif.

Les habitats ouverts et semi-ouverts d’intérêt patrimonial de la zone comprennent : des formations rattachables au Mesobromion (Mesobromion du Quercy, seslériaies mésophiles du Catanancho caerulae-Seslerietum caerulae), des formations du Xerobromion, dont des pelouses xérophiles à tonalité méditerranéenne du Staehelino dubiae-Teucrietum chamaedryos, des pelouses à annuelles du Thero-Brachypodion et des landes à Genêt cendré (Genista cinerea). Les seslériaies du Catanancho caerulae-Seslerietum caerulae et les landes à Genêt cendré sont essentiellement cantonnées, dans le Lot, au Quercy blanc, et elles participent très fortement à l’intérêt du site.

Les plantes intéressantes liées aux pelouses sèches et aux landes ouvertes sont nombreuses : Alysson des montagnes (Alyssum montanum), globalement rare dans le Lot, Cardoncelle mou (Carduncellus mitissimus), Leuzée conifère (Leuzea conifera), Ophrys sillonné (Ophrys sulcata), Ornithogale de Gussone (Ornithogalum gussonei), Renoncule à feuilles de graminée (Ranunculus gramineus). Outre le Genêt cendré, parmi les ligneux à caractère méridional, on peut noter la présence du Nerprun des rochers (Rhamnus saxatilis) et du Chêne vert (Quercus ilex), qui est aussi planté localement pour la culture truffière. Certaines plantes sont plus particulièrement inféodées aux formations les plus xéroclines : Armoise blanche (Artemisia alba), Bugrane striée (Ononis striata), Hysope officinale (Hyssopus officinalis), Scorsonère à feuilles poilues (Scorzonera hirsuta), Catananche bleue (Catananche caerulea), Ophrys jaune (Ophrys lutea) et Narcisse à feuilles de jonc (Narcissus assoanus). Les trois dernières sont typiques des calcaires tendres du Quercy blanc, et sont bien plus rares sur les causses. L’abondance locale d’une autre plante typique du Quercy blanc, la Globulaire commune (Globularia vulgaris), est tout à fait remarquable. Quant à l’Anthyllide des montagnes (Anthyllis montana), cette rare fabacée méridionale semble atteindre ici sa limite chorologique nord-ouest. La Sabline des chaumes (Arenaria controversa), petite annuelle franco-ibérique protégée parfois accompagnée du Lin d’Autriche (Linum austriacum subsp. collinum), est ici particulièrement bien représentée. Les prairies naturelles de fauche du Brachypodio rupestris-Centaureion nemoralis et celles, plus humides, du Bromion racemosi, sont, comme les autres formations herbacées naturelles mésophiles à hygrophiles, de plus en plus rares dans le Quercy blanc. Elles ne sont présentes, ici, que sur une maigre portion de vallon. C’est dans ce type de végétation qu’ont été observés le Brome en grappe (Bromus racemosus), le Cirse tubéreux (Cirsium tuberosum) et la Germandrée des marais (Teucrium scordium). Une autre plante, annuelle, qui apprécie la proximité de l’eau, le Salicaire à feuilles d’hysope (Lythrum hyssopifolia), a été observée sur une zone de suintement, en bas de pente. Cette plante, largement répartie en France, est rare dans le Lot. L’intérêt botanique de cette zone est encore renforcé par la présence de plantes messicoles intéressantes qui se sont considérablement raréfiées suite à l’usage croissant de produits herbicides dans les cultures. Ici, au moins 3 espèces de plantes des champs moissonnés sont présentes : la Bifora rayonnante (Bifora radians), la Roquette d’Orient (Conringia orientalis), plante rare dans le département, et le Gaillet à trois pointes (Galium tricornutum). La zone présente un intérêt entomologique indéniable, avec 4 espèces d’orthoptères remarquables. L’Œdipode rouge (Oedipoda germanica germanica) est un criquet qui fréquente surtout les zones au sol nu et pierreux comme les chemins ou les secteurs fortement érodés. La Courtilière commune (Gryllotalpa gryllotalpa) et la Decticelle des friches (Pholidoptera femorata) préfèrent, quant à elles, les prairies de fond de vallon. La quatrième espèce est la plus grande sauterelle de France : la Magicienne dentelée (Saga pedo). Cette géante (qui peut dépasser le décimètre, ovipositeur inclus) est une prédatrice qui se repaît notamment de criquets et de sauterelles. Les populations françaises sont parthénogénétiques : seule la femelle est présente, et elle ne donne naissance qu’à d’autres femelles. Cette espèce protégée est en limite d’aire et en aire disjointe dans le Lot. En dehors du Quercy, l’espèce n’est présente qu’en zone méditerranéenne. Une espèce de papillon protégé, le Damier de la succise (Euphydryas aurinia), est présente sur la zone ; ses chenilles se nourrissent notamment sur la Knautie des champs (Knautia arvensis) qui croît dans les prairies naturelles. Plusieurs oiseaux remarquables se reproduisent ou fréquentent régulièrement ces grandes serres. Une population assez importante de Bruant ortolan y a été repérée, partageant son biotope avec le Pipit rousseline, l’Alouette lulu, la Tourterelle des bois, la Chevêche d’Athéna, la Huppe fasciée, le Torcol fourmilier, la Pie-grièche écorcheur ou encore la Pie-grièche à tête rousse qui a vu ses effectifs chuter considérablement dans le Quercy blanc au cours des deux dernières décennies. Le rapace nicheur le plus remarquable est le Circaète Jean-le-Blanc qui niche dans la chênaie pubescente et trouve dans les milieux ouverts de la zone et des environs un terrain idéal pour la chasse aux reptiles. Un couple nicheur probable de Busard Saint-Martin a aussi fréquenté cette zone mais, comme dans la majeure partie du Quercy blanc, l’espèce ne semble pas s’y être reproduite avec certitude au cours de ces dix dernières années.

Cette zone joue un rôle primordial pour le maintien local de la population d’espèces d’oiseaux rares et protégées. Son importante diversité floristique et entomologique fait que cette zone, malgré l’avancée des cultures et l’abandon du pâturage extensif, a un rôle important à jouer dans le maintien de la biodiversité des pelouses sèches et des landes calcicoles du Quercy blanc.

Commentaires sur la délimitation

Le zonage se base essentiellement sur la répartition des sites de nidification du Circaète Jean-le-Blanc et du Bruant ortolan. Il inclut aussi de nombreux secteurs de landes et de pelouses sèches, étendus ou en mosaïque avec des cultures, et qui présentent ensemble un intérêt floristique ou faunistique significatif. La zone inclut également une partie de vallon étroit d’un affluent du Verdanson, qui comporte des prairies naturelles. Sont évités les fonds de vallée habités et intensivement cultivés et les secteurs de plateau qui sont trop largement dominés par les cultures.