Logo SINP - Système d'information sur la nature et les paysages

ZNIEFF 930012348
DENTELLES DE MONTMIRAIL

(n° régional : 84101100)

Commentaires généraux

Description de la zone


Avancée extrême vers l’ouest de la chaîne des Alpes, le petit massif des Dentelles de Montmirail (le « mont mirabilis » des anciens, le mont merveilleux) constitue un exceptionnel ensemble paysager, géologique et biologique. Malgré son altitude relativement faible (un peu plus de 700 m au sommet de la Crête de Saint Amand), il est très bien individualisé par des limites naturelles très marquées : à l’est, le bassin de Malaucène, au nord et à l’ouest, le bassin de l’Ouvèze, et au sud, le bassin de Carpentras. Mais cette unité visuelle cache en fait une grande diversité paysagère et morphologique. L’élément le plus fort est incontestablement l’ensemble des « Dentelles » (Dentelles Sarrasines, la Salle, le Grand Montmirail), admirables par la finesse et la ciselure de leurs formes dressées à la verticale, mais aussi par leur complexité de perspectives qui les rend en permanence différentes d’un point de vue à l’autre. Vers l’est, les Dentelles se prolongent par un secteur plus composite dans lequel on retrouve une ligne d’escarpements prononcés, de Gigondas à Malaucène avec en particulier le Saint Amand et l’Arfuyen. Au nord de ce grand axe, le relief est moins individualisé et de grands vallons, séparés par des croupes peu marquées, descendent progressivement vers l’Ouvèze. Au sud est, séparé des Dentelles par la vallée de la Salette, le petit massif du Graveyron constitue un véritable îlot forestier au milieu d’un secteur voué à la viticulture et à l’arboriculture.
Ce massif constitue également un ensemble lithologique remarquable, car on y rencontre les formations les plus anciennes du département de Vaucluse ainsi que des étages géologiques quasiment ininterrompus du Trias à la fin du Crétacé inférieur :
 le Trias qui s’étend au sud ouest et surtout au sud est se compose de cargneules, de dolomies et de gypses ;
 le Jurassique qui comprend divers étages est représenté par des matériaux différents :
  les marnes noires de l’Oxfordien,
  les calcaires argileux de l’Argovien et du Kimméridgien inférieur,
  les calcaires massifs du Portlandien et du Kimméridgien supérieur (Tithonique) qui constituent les « Dentelles » ;
 le Crétacé inférieur qui comporte une alternance de marnes et de calcaires du Berrasien, du Valanginien, de l’Hauterivien et du Bédoulien.
À ces formations secondaires sont venues s’ajouter au sud ouest, entre Gigondas et Beaumes de Venise, les dépôts de l’ère tertiaire caractérisés par :
 des sédiments calcaires à cargneules et gypses de l’Oligocène,
 des molasses, des grès et des sables du Miocène.
Comme tous les autres massifs vauclusiens et malgré sa situation marginale, le massif des Dentelles de Montmirail a été soumis à la surrection alpine. Le soulèvement du massif de Suzette a entraîné la formation d’un dôme autour duquel les terrains miocènes se sont redressés et renversés avec accentuation du diapirisme. Si ce dernier phénomène apparaît mal dans le paysage, on peut en revanche en rechercher des traces dans la toponymie : le seul cours d’eau pérenne des Dentelles de Montmirail est la Salette, preuve manifeste de la présence proche de sel.
La localisation du massif dans le nord du département de Vaucluse, et donc sur les marges du climat méditerranéen, entraîne un important contraste en fonction de l’exposition entre les adrets, parmi les plus arides et les plus xérothermophiles du département (la Salle) et les ubacs ou les fonds de vallons qui possèdent déjà des affinités avec le climat tempéré (versant nord du Saint Amand, vallons de la partie septentrionale du massif) par leurs températures plus basses et leurs précipitations plus élevées.
L’ensemble du massif relève des étages méso  et supraméditerranéen, mais les incidences de sa situation en carrefour biogéographique ne sont pas négligeables. L’étage mésoméditerranéen qui imprime sa marque sur tous les adrets (Dentelles, Saint Amand, Arfuyen, Graveyron) ainsi que sur les premiers contreforts occidentaux (secteur de Gigondas/Séguret/Vaison la Romaine) offre un ensemble de taillis de chêne vert, de pinèdes de pin d’Alep (futaies particulièrement bien développées près de Vaison la Romaine), de garrigues à chêne kermès et à romarin. Les milieux ouverts y sont rares et se localisent sur l’arête qui va du Saint Amand à l’Arfuyen. Quant à l’étage supraméditerranéen, il est confiné aux ubacs et aux vallons souvent encaissés et se compose de taillis de chêne pubescent, de chênaies buxaies, de pinèdes de pin sylvestre. Les boisements situés au nord du Saint Amand présentent même des allures nettement montagnardes. On est ici en présence d’une chênaie buxaie qui s’est implantée sur une ancienne hêtraie qui a été coupée à blanc il y a plusieurs siècles. Mais en région méditerranéenne et à cette altitude, la hêtraie n’a pas pu se reconstituer. En revanche, les espèces de la hêtraie y sont toujours bien présentes, et, dans les fonds de vallons (Prébayon en particulier), quelques hêtres arrivent toujours à se maintenir.

Flore et habitats naturels


La localisation marginale du massif des Dentelles de Montmirail ainsi que les contrastes dus à l’exposition induisent une très grande diversité des habitats et des espèces, car, en dehors des formations climaciques et de leur stade de dégradation, les formations édaphiques des parois rocheuses et des éboulis y prennent une place importante.
De toutes les chênaies pubescentes vauclusiennes, celles de la partie septentrionale du massif des Dentelles de Montmirail est sans doute l’une des plus diversifiées au plan spécifique, et ce pour des considérations historiques déjà évoquées (ancienne hêtraie), mais également en raison de sa situation en carrefour biogéographique qui lui apporte quelques espèces européennes ou eurasiatiques rares en région méditerranéenne. C’est particulièrement le cas en ubac de certaines parois rocheuses (versant nord du Saint Amand) ou dans les vallons ombragés et très encaissés où la fraîcheur persiste même en saison estivale (en particulier à Prébayon, au petit et grand Alizier).
La configuration topographique de ce massif n’est pas favorable au développement des milieux ouverts. En revanche, les quelques-uns qui arrivent à se maintenir sont d’une grande originalité. C’est ainsi que les clairières de la chênaie pubescente (nord du Saint Amand en particulier) sont favorables à la présence de pelouses à orchidées avec Ophrys saratoi (ophrys de la Drôme). Sur l’arête rocheuse qui court de la Crête de Saint Amand à l’Arfuyen, le moindre espace est occupé par une mosaïque de formations dans laquelle des lambeaux de pelouses persistent. C’est ainsi que sur le plateau sommital du Saint Amand, une petite population de Milium montinanum (millet printanier) existe toujours, accompagnée de Gagea pratensis (gagée des prés). En suivant la crête, vers l’Arfuyen, on peut observer, sur des espaces très réduits, la formation à Genista pulchella subsp. villarsiana  (genêt de Villars).
Mais une bonne partie de ce massif (les « Dentelles » et à un moindre degré la Crête de Saint Amand et l’Arfuyen) est également un espace très minéral colonisé par des formations édaphiques. En ubac du Saint Amand, les parois rocheuses abritent la formation rupestre à Potentilla caulescens (potentille caulescente). En adret, dans les sites les plus xérothermophiles, se développe la formation des parois rocheuses à Asplenium petrarchae (doradille de Pétrarque) qui est ici en limite septentrionale de son aire de répartition (la Salle). Ces sites rupestres sont également favorables au développement d’un matorral à genévrier de Phénicie parasité par Arceuthobium gambyi (gui du genévrier) au Clapis, à la Salle et aux rochers de Saint Christophe. En piémont de ces derniers, les vires en escalier sont le milieu de prédilection de très nombreuses espèces (suffrutescentes pour certaines) qui occupent de véritables niches écologiques et qui ne se rencontrent pratiquement plus vers le nord. Tel est le cas de : Lomelosia stellata (scabieuse étoilée), Picris pauciflora (picride pauciflore, non confirmé récemment), Lathyrus saxatilis (gesse des rochers), Bufonia perennis (bufonie vivace). À la base des « Dentelles », et en contrebas des couloirs d’éboulis, des ravins marno calcaires offrent une flore originale. Dans des agrosystèmes situés en mosaïque avec les espaces boisés, la riche flore observée dans les années 1960/1970 par M. Breistroffer ne s’est pas maintenue comme Bupleurum rotundifolium (buplèvre à feuilles rondes).

Faune


Cette zone présente un intérêt élevé pour la faune car elle abrite pas moins de vingt espèces animales patrimoniales dont deux sont déterminantes.
Ce site abrite notamment  un des rares couples reproducteurs de Vautour percnoptère en dehors du Luberon et des monts de Vaucluse. D’autres espèces tout à fait intéressantes méritent d’être mentionnées : le Circaète Jean le blanc et le Grand-duc d’Europe qui sont les derniers grands rapaces nicheurs certains, même s’ils restent assez rares (2 3 couples reproducteurs), l’Autour des palombes et la Bondrée apivore qui nichent probablement sur ces massifs (absence de donnée récente), le Petit duc scops, la Chevêche d’Athéna ou Chouette Chevêche, la Huppe fasciée, le Monticole bleu , le Bruant fou. Le Bruant ortolan et la Pie grièche méridionale n’ont plus été revus récemment et ont probablement disparu.
Le Cerf élaphe est cantonné à l’extrême est de la zone (Arfuyen, Malaucène)
Le Psammodrome d’Edwards et Pélodyte ponctué sont les deux seuls représentants patrimoniaux de l’herpétofaune locale.
Chez les arthropodes, on peut notamment citer la présence locale de la punaise Alloeorhynchus putoni, espèce prédatrice déterminante d’Hémiptères Nabidés, ouest méditerranéenne, très localisée en France (moins d’une dizaine de stations dont celle-ci), liée aux versants crayeux secs et de l'Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), espèce remarquable et protégée qui affectionne les écoulements modestes à eaux courantes claires, ensoleillées et peuplées d'hydrophytes.

Commentaires sur la délimitation

L’ensemble du massif des Dentelles de Montmirail constitue une entité géographique fonctionnelle très bien individualisée dans le nord du département de Vaucluse. La ZNIEFF correspond à la plus grande partie de cette entité, à l’exclusion des grands ensembles voués à l’agriculture (viticulture, arboriculture). Toutefois, quelques parcelles cultivées ont été maintenues à l’intérieur de la ZNIEFF dans le but d’assurer la nécessaire continuité. La diversité des habitats liée à l’exposition et à la localisation du massif (sur des marges biogéographiques), ainsi que les contraintes du milieu physique, et plus particulièrement l’analyse géomorphologique confortent la définition du pourtour de la zone.