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ZNIEFF 930012362
PETIT LUBERON

(n° régional : 84131100)

Commentaires généraux

Description de la zone

Troisième grand massif montagneux du Vaucluse (avec le mont Ventoux et les monts de Vaucluse), la chaîne du Luberon s’étend sur environ 60 km, de Cavaillon à l’ouest à Manosque à l’est, entre le bassin du Calavon au nord et la Durance au sud. C’est la frontière naturelle entre la Basse et la Haute Provence. Ce massif, principalement situé dans le département du Vaucluse, est composé de deux ensembles séparés par la combe de Lourmarin (il s’agit en fait d’une cluse) dans laquelle coule l’Aigue Brun, le grand Luberon à l’est qui culmine à 1 125 m (Mourre Nègre) et le petit Luberon (727 m dans ses parties les plus élevées) à l’ouest.

Le massif du Luberon est un anticlinal délimité par deux synclinaux. Son orientation est-ouest résulte de sa formation pendant la phase tectonique pyrénéo-provençale au cours de laquelle les Pyrénées ont été mises en place il y a environ 40 millions d’années. La phase alpine, beaucoup plus récente (8 millions d’années) a donné une deuxième jeunesse à ce relief déjà ancien.

Dans la partie occidentale du massif, le petit Luberon est bien individualisé par son aspect géomorphologique, sa climatologie et par une végétation encore très méditerranéenne. À partir d’une assise géologique constituée principalement de calcaires compacts à faciès urgonien qui datent du Crétacé, mais aussi de calcaires argileux (dans sa partie centrale), il a développé tout un ensemble de reliefs formés de croupes, de combes profondes, de parois rocheuses, d’éboulis. On est ici en présence d’un paysage extrêmement austère et accidenté.

Comme dans toute la Provence occidentale, les secteurs occidentaux des chaînes montagneuses sont les plus sèches et les plus chaudes, celles où l’indice d’aridité est le plus prononcé. Et le petit Luberon n’échappe pas à ce phénomène. L’aridité est ici accentuée par la présence du mistral qui, sur les crêtes dénudées, a façonné le paysage et certaines formations végétales. Les incendies qui pendant très longtemps ont ravagé ce massif, sont également le témoignage de cette climatologie excessive.

Le petit Luberon se trouve en totalité dans les étages méso- et supraméditerranéen. Les versants chauds et secs portent d’importants taillis de chêne vert auquel est associé le pin d’Alep qui domine dans les milieux rupestres. Quelques boisements de chêne pubescent colonisent la partie septentrionale du massif, plus fraîche, entre Bonnieux et Ménerbes ainsi que les fonds de combes. Les garrigues à chêne kermès et à romarin remplacent peu à peu le chêne vert à la base méridionale du massif, surtout dans les secteurs qui ont été jadis affectés par les incendies.

Les crêtes sommitales orientales sont le domaine de la célèbre cédraie du petit Luberon. Plantée à la fin du XIXe siècle, c’est actuellement l’une des plus importantes et des plus belles de France sur le plan paysager. En revanche, les crêtes occidentales développent des milieux ouverts installés sur un karst à lapiaz. Elles sont pourvues d’une riche végétation herbacée, ce qui confère à ces espaces une vocation pastorale prononcée depuis des temps très anciens.

Flore et habitats naturels

À mi distance entre la mer Méditerranée et les Alpes, le petit Luberon est situé sur un carrefour biogéographique, ce qui se manifeste par la présence de très nombreuses espèces méditerranéennes en limite septentrionale de leur aire de répartition (en versants sud et ouest, dans les parois rocheuses et les pelouses rocailleuses les plus chaudes). Elles cohabitent, à peu de distance, mais en versant nord (dans les parties les plus encaissées des combes) avec un contingent d’espèces en provenance de régions plus froides ou tempérées. Dans le petit Luberon, la biodiversité s’exprime beaucoup moins dans les formations boisées (sauf dans les fonds de combes) que dans les formations des milieux ouverts ou édaphiques. Parmi les milieux ouverts, les crêtes offrent un éventail très large de milieux dont certains restent rares au niveau national. Tel est le cas de la formation méditerranéo montagnarde à Genista pulchella (genêt de Villars) des crêtes occidentales ventées qui est accompagnée de Minuartia capillacea (sabline capillaire) dans le haut vallon de Courroussouve. Tel est le cas également de la formation à Crepis suffreniana (crépis de Suffren) qui s’observe sur des argiles de décarbonation. Cette espèce toujours localisée en France, fréquente quelques sommets provençaux ainsi que quelques rares sites du littoral atlantique. Dans d’autres milieux ouverts, mais toujours sur la partie sommitale occidentale se sont installées Gagea pratensis (gagée des prés) et Gagea luberonensis (gagée du Luberon). Cette dernière espèce, plutôt rare dans le massif du Luberon, se localise seulement sur les hauteurs des Taillades/Robion (secteur du Crane de Colombier) et de Maubec (Draille de Maubec et vallon Peyrot). Ces milieux hébergent également Ophrys provincialis (ophrys de Provence), Ophrys drumana (ophrys de la Drôme) et Ophrys bertolonii subsp. bertolonii (ophrys aurélien), espèce surtout littorale qui est ici en limite nord de son aire de répartition dans le haut vallon des Buisses. À partir de ces crêtes, et, descendant dans les sites saxicoles des combes, on rencontre, dans les gorges de Badarel et dans celles de Régalon, Hesperis laciniata (julienne laciniée), Cleistogenes serotina (cléistogène tardif) et Delphinium fissum (pied d’alouette fendu). Picris pauciflora (picride pauciflore) et Galium setaceum (gaillet sétacé) existent dans le secteur de Champeau alors que Lathyrus saxatilis (gesse des rochers) se retrouve à l’Escaupré. Mais deux espèces marquent le paysage, Ephedra distachya (éphèdre à chatons opposés) et surtout Ephedra major (éphèdre des monts Nébrodes), plantes reliques à caractères primitifs, véritables fossiles végétaux appartenant à la famille des Gnétacées, intermédiaire entre les Gymnospermes et les Angiospermes. Si Ephedra distachya y est très localisée (partie haute de la combe de Vidauque), Ephedra major, en revanche, y possède sans doute sa plus importante présence française, soit 90 stations environ qui se répartissent entre le bas de la combe de Vidauque et les Hautes Plaines.

De ces crêtes partent des combes dont les fonds boisés frais et encaissés concentrent une flore mésophile. C’est là que l’on rencontre la très rare Dictamnus albus (fraxinelle) à la Draille de Maubec, à Lacoste (vallon du Cheval Mort), à Bonnieux (vallon de Sanguinette) et à Cheval Blanc (hautes gorges de Régalon). Cette espèce très belle et donc très attractive est toujours rare sur l’ensemble de son aire de répartition française. C’est aussi dans ces sites ombragés que se trouvent Vincetoxicum nigrum (dompte venin noir), Poa flaccidula (pâturin mou), Carex depauperata (laîche à épis grêles et peu fournis) très dispersée dans toute la France mais toujours rare et Chaerophyllum nodosum (myrrhoïde noueux) qui est devenue tellement rare, qu’en France, on ne la rencontre pratiquement plus que dans le Vaucluse et en Corse. C’est une espèce des milieux anciennement anthropisés (fréquentation séculaire des troupeaux) qui colonise également les marges d’éboulis, comme d’ailleurs Fumaria petteri subsp. calcarata (fumeterre à éperon) à la combe de Vidauque et près de Pétrossy. Dans des sites jadis cultivés ou qui le sont parfois encore (Trou du Rat, Crau de Peyre Plate, les Mayorques et entrée des gorges de Régalon) existent toujours Satureja hortensis (sarriette des jardins), Velezia rigida (vélézie rigide), Euphorbia chamaesyce (euphorbe figuier de terre), Gagea villosa (gagée velue).

Ces combes sont délimitées par des parois rocheuses sur lesquelles s’expriment des formations édaphiques. Parmi ces dernières, une des plus intéressantes est celle des escarpements xérothermophiles à Asplenium petrarchae (doradille de Pétrarque). C’est également dans ces milieux saxicoles que s’observent les matorrals à genévrier de Phénicie (celui des Portalas est le plus remarquable par son étendue et sa densité) mais également une pinède de pin d’Alep dont l’évolution est bloquée par sa localisation particulière sur des dalles. On peut pratiquement la considérer comme climacique.

Dans ce grand ensemble où l’aridité domine et où pratiquement toutes les espèces sont adaptées à la xérothermophilie, deux fougères se sont réfugiées dans les très rares sites où l’humidité arrive encore à se maintenir : profondeurs des gorges de Régalon pour Asplenium scolopendrium (scolopendre) et toutes petites dépressions hydromorphes entre Régalon et Roque Rousse pour Ophioglossum vulgatum (langue de serpent vulgaire).

À la base occidentale et méridionale du petit Luberon, d’autres espèces, pratiquement en limite nord de leur aire de répartition, se sont implantées dans les milieux les plus xérothermophiles comme Gagea lacaitae (gagée de Lacaita) à l’Aiguille et aux Mayorques. En revanche, Glaucium corniculatum (glaucienne à fruits en forme de corne) citée dans les années 1970 à Valloncourt n’a jamais été confirmée. Mais il faut dire que cette espèce s’est aussi considérablement raréfiée sur l’ensemble du territoire national.

Faune

Le petit Luberon présente un intérêt exceptionnel pour la faune. Les inventaires naturalistes ont permis d’y dénombrer au moins 76 espèces animales patrimoniales. Parmi celles ci, on compte 29 espèces déterminantes.

Un des enjeux forts du Petit Luberon concerne la reproduction de plusieurs espèces de rapaces qui trouvent dans le massif et dans ses plaines alentour des conditions propices à leur survie. Citons, le Vautour percnoptère (5 couples reproducteurs), le Circaète Jean-le-Blanc (sur le Luberon, une des plus belles population nationale), l’Aigle de Bonelli (seul couple reproducteur encore présent dans le département du Vaucluse), la Bondrée apivore (nicheur régulier depuis 20-25 ans) le Petit duc scops, le Grand duc d’Europe ((largement répandu dans le massif du Petit Luberon), la Chevêche d’Athéna, et plus récemment, l’Aigle Royal (nicheur depuis 2008) et le Faucon pèlerin (nicheur en 2011). L’avifaune locale d’intérêt patrimonial héberge de nombreuses espèces aviennes méditerranéennes ou d’affinité méridionale : l’Oedicnème criard (3 à 5 couples), le Pigeon colombin, , le Coucou geai, le Rollier d’Europe (4 à 5 couples), la Huppe fasciée, le Monticole bleu, la Fauvette à lunettes, la Fauvette orphée, la Pie grièche écorcheur (l’espèce a disparu, 5 à 8 couples dans les années 90) la Pie grièche méridionale (nicheuse rare et très localisée,une douzaine de couples), la Pie grièche à tête rousse (nicheur très rare, 1 à 2 couples), le Moineau soulcie, le Bruant fou, le Bruant ortolan, le Traquet oreillard, le Pipit rousseline.. Les chauves souris renferment plusieurs espèces à prendre en considération comme le Grand Rhinolophe, le Petit Rhinolophe, le Petit Murin, le Molosse de Cestoni, le Minioptère de Schreibers (2000 individus localement recensés), le Vespertilion à oreilles échancrées, le Vespère de Savi. Quant à l’herpétofaune locale, mentionnons la présence du Lézard ocellé et celle du Pélodyte ponctué.

Les arthropodes sont représentés par de nombreuses espèces.

Du côté des coléoptères, citons la présence du Carabe voyageur (Carabus vagans), espèce déterminante franco- ligure de Carabidés en limite d’aire, habitant les boisements clairs, les bords de cultures et les jardins, pouvant être localement abondant, du Clyte à antennes rousses (Chlorophorus ruficornis) espèce déterminante de longicornes (Cerambycidés), endémique franco-ibérique, floricole et forestière dont la larve se développe dans les branches mortes de chênes déjà attaquées par un autre coléoptère, du Charançon Pleurodirus aquisextanus, espèce déterminante rare et localisée de Curculionidés, endémique du Bas Languedoc, des Bouches du Rhône, du Var et du Vaucluse, du taupin Athous puncticollis, espèce déterminante de coléoptère Elatéridés, endémique franco-italienne ici en limite d’aire et recherchant les milieux forestiers et du staphylin Paramaurops abeillei, espèce déterminante de coléoptères Staphylinidés, de mœurs endogés et endémique de Provence, représentée localement par la sous-espèce chobauti.

Les hémiptères sont représentés par la Punaise Aradus horvathi, espèce déterminante d’Hémiptères Aradidés, endémique de Provence et gravement menacée d’extinction.

Une seule espèce d’hyménoptère, déterminante, a été inventoriée : l’Andrène Andrena albopunctata melona, un Andrénidés qui affectionne les apiacées notamment Eryngium campestre.

Plusieurs espèces de lépidoptères d’intérêt patrimonial sont également présentes : le Moiré de Provence (Erebia epistygne), espèce déterminante d’affinité méditerranéo-montagnarde dont l’aire de répartition ibéro-provençale est morcelée et restreinte, inféodée aux pelouses sèches à fétuques (surtout Festuca cinerea), le Marbré de Lusitanie (Euchloe tagis bellezina), espèce déterminante très localisée représentée par la sous-espèce bellezina, endémique du sud de la France et de l’extrême nord-ouest de l’Italie, inféodée aux milieux ouverts où croît sa plante nourricière Iberis pinnata, l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce remarquable et protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti, la Diane (Zerynthia polyxena), espèce remarquable d’affinité méditerranéenne orientale, des prairies humides, bordures alluviales et boisements mésophiles où croît sa plante-hôte locale l'Aristoloche à feuilles rondes (Aristolochia rotunda), la Proserpine (Zerynthia rumina), espèce d’affinité ouest-méditerranéenne protégée en France, dont la chenille vit sur l’Aristoloche pistoloche (Aristolochia pistolochia) dans les forêts claires et sur les coteaux pierreux, chauds et ensoleillés jusqu’à 1100 m d’altitude, la Zygène cendrée (Zygaena rhadamanthus),espèce remarquable d’affinité ouest-méditerranéenne, protégée en France, liée aux friches, garrigues et boisements clairs où croît la principale plante nourricière de sa chenille, la Badasse (Dorycnium pentaphyllum) et la Laineuse du prunellier (Eriogaster catax), espèce européenne remarquable, de la famille des bombyx (Lasiocampidés), protégée au niveau européen, globalement rare, sensible aux pesticides, inféodée à divers habitats pré-forestiers tels que les lisières forestières, bocages et friches.

Les orthoptères sont quant à eux représentés par le Sténobothre cliqueteur (Stenobothrus grammicus), espèce déterminante ibéro-provençale typique des milieux secs, arides et pierreux de l'étage montagnard-méditerranéen, l'Arcyptère provençale (Arcyptera kheili), espèce remarquable de criquet à mobilité réduite et endémique de Provence, qui peuple les pelouses sur les plateaux calcaires et garrigues ouvertes et l'Oedipode occitane (Oedipoda charpentieri), espèce remarquable de criquet d'affinité ouest-méditerranéenne et steppique dont la Crau représente un bastion français pour l'espèce, très rare et localisée ailleurs en Provence.

Une espèce remarquable d’odonate est également à signaler, l'Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), espèce protégée qui affectionne les écoulements modestes à eaux courantes claires, ensoleillées et peuplées d'hydrophytes ainsi qu’une espèce de neuroptères, le Grand fourmilion (Palpares libelluloides), espèce remarquable assez commune mais toujours localisée aux steppes et autres formations herbacées maigres et sèches.

Pour terminer, notons la présence de la Scolopendre ceinturée (Scolopendra cingulata), imposant chilopode (« mille-pattes ») limité en France à la bordure méditerranéenne et du Scorpion languedocien (Buthus occitanus), espèce remarquable xéro-thermophile d’affinité ouest-méditerranéenne, peu commune et affectionnant les sols meubles voire sablonneux.

Commentaires sur la délimitation

L’ensemble du massif du petit Luberon constitue une entité géographique fonctionnelle très bien individualisée. La ZNIEFF correspond à la totalité de cette entité à l’exclusion des agrosystèmes situés dans le secteur de la Font de l’Orme. De même, les agrosystèmes situés à la base même du massif ont été exclus de la zone. La grande diversité des habitats, la climatologie, ainsi que les contraintes du milieu physique et plus particulièrement l’analyse géomorphologique confortent la définition du contour de la zone.