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ZNIEFF 930012400
CHAÎNE DES ALPILLES

(n° régional : 13105100)

Commentaires généraux

Description de la zone
En Provence, il est des lieux privilégiés où le paysage parle plus fort qu’ailleurs. Parmi ces lieux de prédilection, les Alpilles viennent d’abord à l’esprit du fait de réminiscences culturelles : Daudet, Mistral, Van Gogh, Maire Mauron, tout ce que la Provence compte d’amoureux célèbres qui ont décrit son ciel, ses parfums, ses rochers arides et grandioses dont les lignes aiguës accrochent la lumière, dont les ravins tourmentés creusent de sombres chaos.
La chaîne des Alpilles donne à la Provence quelques-uns des paysages les plus impressionnants. Elle n’est pourtant composée que de petits reliefs calcaires qui ne dépassent guère 400 m. Le patrimoine historique, architectural et archéologique est très riche, en témoignent les noms évocateurs des Baux de Provence avec son village médiéval, son rocher fortifié et ses carrières, Fontvieille et ses moulins, St Rémy de Provence et les Antiques, Eygalière, village perché. Le patrimoine géologique est aussi important, citons le stratotype de l’Urgonien d’Orgon, les carrières du Cimetière d’Orgon dont l’étude détaillée en fait un lieu d’excursions universitaires, industrielles (elle sert également d’école de terrain), la coupe des Antiques et le Val d’Enfer aux intérêts stratigraphique et paléontologique, les sites des Canonettes et du gisement des Fléchons avec des profils de bauxite.
La chaîne des Alpilles s’inscrit dans un triangle formé par le Rhône, la Durance et la plaine de la Crau. Ce territoire s’allonge sur un axe est ouest de Fontvieille St Etienne du Grès jusqu'à Eyguières Orgon. L’altitude des arêtes sommitales est de 250 m à l’ouest (mont Paon et mont Valence) puis de 400 m environ à la Caume, au centre du Massif, pour atteindre presque 500 m à l’est au signal des Opies. S’agissant d’une région particulièrement sèche et ensoleillée, le massif des Alpilles est dépourvu de réseau hydrographique. Seuls quelques ravins, appelés « gaudres », sont parcourus par un ruisseau, à sec tout l’été.
Dans les Alpilles, on distingue morphologiquement et visuellement différents types de paysages :
  d'une part, les éléments majeurs perçus de très loin dans leur ensemble, chaîne découpée, succession de sommets et de crêtes déchiquetées qui dominent les vastes plaines environnantes ;
  d’autre part, en pénétrant dans la chaîne on découvre une grande variété d’espaces sauvages au relief tourmenté. Petits vallons creusés dans la roche blanche dont les parois se dressent telles des falaises, composent un paysage exceptionnel où s’épanouit une végétation odorante et colorée.
Ces paysages provençaux relativement préservés offrent une grande diversité de milieux (arboriculture méditerranéenne classique avec oliviers, figuiers, amandiers, garrigues pelouses …). Cette diversité est génératrice d’une grande richesse faunistique qui se révèle par la présence de l’ensemble des grands rapaces typiques de Provence.

Flore et habitats naturels
Les Alpilles présentent plusieurs aspects floristiques particuliers. Ainsi, sur les crêtes sommitales abonde l’Ephèdre des monts Nébrodes, localement accompagné de l’Ephèdre à chatons opposés. Plus localement, les rochers dénudés et ventés abritent la formation à Genêt de Villars qui forme d’importantes populations à la Caume. Elle est l’équivalent, dans l’arrière-pays provençal, de la formation à Genêt de Lobel des reliefs littoraux. Dans les pelouses voisines se trouve le minuscule Crépis de Suffren en populations dispersées de Saint Rémy à Lamanon et, très localisé, le Picris pauciflore. Les escarpements rocheux bien exposés portent régulièrement la formation à Doradille de Pétrarque alors que les rochers ombragés et moussus du versant nord abritent rarement la formation à Doradille des sources, ici très appauvrie. Quelques espèces très méditerranéennes sont plus localisées, comme l’Hélianthème à feuilles de marum vers Fontvieille et Paradoux, l’Ophrys de Bertoloni au nord du massif à l’est de Saint Rémy, l’Asphodèle de Crau et le Fumeterre à éperon sur le flanc sud entre Eyguières et Aureille, le Dompte venin noir dans les taillis de St Rémy. D’autres espèces, aux exigences écologiques très précises, sont de ce fait très ponctuellement présente, ainsi sur les terrains sableux des Baux on peut observer la Phléole des sables, dans un vieux puits à St Rémy et peut être encore dans une carrière de Fontvieille la Scolopendre qui exige des sites à atmosphère très humide. Enfin, diverses espèces autrefois citées sont à rechercher, comme la très rare Garidelle, encore présente en 1976 dans les cultures sèches des Baux.

Faune
Ce site héberge  une soixantaine d’espèces d’intérêt patrimonial dont vingt-trois sont déterminantes. La chaîne des Alpilles présente un très grand intérêt faunistique avec de nombreuses espèces rares et menacées, dont certaines sont très localisées, voire absentes, dans le reste du département des Bouches-du-Rhône.
Elle abrite par exemple l’unique population départementale (1 à 2 couples reproducteurs) du rare Vautour percnoptère (Neophron percnopterus). C’est aussi un site phare pour le très menacé Aigle de Bonelli (Hieraaetus fasciatus) avec deux couples reproducteurs (le cinquième des effectifs reproducteurs du département). Notons également la présence de l’Hirondelle rousseline (Cecropis daurica) espèce déterminante rare nichant en petit nombre dans les départements méditerranéens et fréquentant les milieux ouverts et semi-ouverts, de la Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator), espèce déterminante des milieux ouverts méditerranéens et de l'Outarde canepetière (Tetrax tetrax), espèce déterminante localisée typique des steppes et des plaines cultivées de basse Provence et dont les populations de PACA semblent stables.. De manière générale, les Alpilles constituent un massif très intéressant de par la diversité et la qualité trophique de ses habitats pour l’ensemble des rapaces tant diurnes (Busard cendré Circus pygargus, Busard des roseaux Circus aeruginosus, Faucon hobereau Falco subbuteo, Circaète Jean le Blanc Circaetus gallicus, Bondrée apivore Pernis apivorus, Autour des palombes Accipiter gentilis…) que nocturnes (Grand-duc d’Europe Bubo bubo, Petit-duc scops Otus scops, Chevêche d’Athéna Athene noctua…). Ce massif abrite même de façon irrégulière quelques couples de Faucon crécerellette (Falco naumanni).
Les nombreuses grottes constituent des gîtes très appréciés des chiroptères pour leur reproduction, leur transit et leur hibernation, de même que les anciennes carrières de pierres. Les Alpilles abritent notamment le second site d’importance nationale pour l’hibernation du Minioptère de Schreibers (Miniopterus schreibersii) avec un effectif oscillant entre 10 000 et 18 000 individus recensés chaque année ainsi que l’une des plus importantes colonies d’hibernation de Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum) en PACA. La Noctule de Leisler (Nyctalus leilseri), la Pipistrelle de Nathusius (Pipistrellus nathusii) ainsi que la Genette (Genetta genetta), le Lézard ocellé (Timon lepidus), le Psammodrome d’Edwards (Psammodromus edwarsianus) et le Pélobate cultripède (Pelobates cultripes) y sont également observés. C’est enfin un site très intéressant pour les espèces de milieux ouverts ou rupestres : le Petit Murin (Myotis blythii), le Molosse de Cestoni (Tadarida teniotis), le Vespère de Savi (Hypsugo savii), le Rollier d’Europe (Coracias garrulus), le Traquet oreillard (Oenanthe hispanica), la Pie Grièche méridionale (Lanius meridionalis) et la Pie Grièche à tête rousse (Lanius senator), la Fauvettes à lunettes (Sylvia conspicillata) et la Fauvette orphée (Sylvia hortensis), le Coucou geai (Clamator glandarius), le Guêpier d’Europe (Merops apiaster), la Huppe fasciée (Upupa epops), le Monticole de roche (Montocila saxatilis) et le Monticole bleu (Monticola solitarius), le Bruant ortolan (Emberiza hortulana), le Pigeon colombin (Columba oenas).
Concernant les arthropodes, quatre espèces patrimoniales caractérisent les garrigues et friches sèches méditerranéennes. Il s’agit de l'Ascalaphe moucheté (Puer maculatus), espèce déterminante et endémique du sud de la France, rare dans les Bouches-du-Rhône et le Var, de la Proserpine (Zerynthia rumina), espèce remarquable de papillon de jour ouest méditerranéen, étroitement associé à son unique plante hôte locale, l’Aristoloche crénelée (Aristolochia pistolochia), de l’Azuré du baguenaudier (Iolana iolas), espèce méditerranéenne très localisée, strictement inféodée à la présence de son unique plante hôte (Colutea arborescens) et de la Scolopendre annelée (Scolopendra cingulata), chilopode (« mille pattes ») localement abondant mais limité aux plaines et basses collines méditerranéennes.
Plus localement, notons la présence du Sympétrum déprimé (Sympetrum depressiusculum), espèce déterminante de libellule, rare et en régression, dont la larve aquatique est inféodée aux pièces d’eau temporaires ou à niveau fluctuant, de l’Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), espèce remarquable d’odonate (libellules et demoiselles) inféodé aux ruisseaux ou canaux ensoleillés. Notons également que l’Agrion bleuissant (Coenagrion caerulescens) est historiquement connue (une observation en 1950).

Commentaires sur la délimitation

Logique de massif, incluant des portions du Canal des Alpines qui court à la base des escarpements, ainsi que certains territoires agricoles en pied de massif (Crau de Sénas …) ou la petite chaîne du Contras et le mont Menu, qui correspondent à des territoires important exploités par les grands rapaces des Alpilles.