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ZNIEFF 930012649
MASSIF DU TOURNAIRET ET DU BREC D'UTELLE

(n° régional : 06100138)

Commentaires généraux

Description de la zone

Ce grand territoire montagneux est hérissé de reliefs essentiellement orientés Nord/Sud : le Mont Tournairet, le Brec d’Utelle, ou la Cime de l’Authion. La topographie très variée comporte également des barres rocheuses, des ravins des sources… Le site de la Madone d’Utelle dévoile un des panoramas les plus extraordinaires du département.

Flore et habitats naturels

L’intérêt floristique est grand sur toute la zone. Il est lié à la présence d’un grand nombre d’espèces très rares, endémiques, en limite d’aire ou protégées. Il s’agit d’une zone qui s’étage du mésoméditerranéen au subalpin, soumise à diverses influences biogéographiques. Certains secteurs (Tournairet, Brec d’Utelle) ont servi de zones refuges pour certaines espèces comme la gentiane de Ligurie (Gentiana ligustica). L’étage mésoméditerranéen sur calcaire comprend notamment des garrigues où le phagnale d’Annot (Phagnalon rupestre subsp. annoticum), espèce déterminante, n’est pas rare, ainsi que des matorrals à genévrier rouge (Juniperus phoenicea). A l’étage supraméditerranéen, on relève la présence de forêts en limite d’aire occidentale de charme-houblon (Ostrya carpinifolia) et frêne à fleurs (Fraxinus ornus) du Carpinion orientalis, avec la marguerite en forme de disque (Leucanthemum discoideum), espèce déterminante endémique des Alpes maritimes et ligures, de châtaigneraies, et d’un type de forêt de ravin originale de basse altitude riche en frêne à fleurs, comprenant la scolopendre (Asplenium scolopendrium), le polystic à dents sétacées (Polystichum setiferum), rattachable à l’alliance décrite d’Italie du Lauro nobilis-Tilion platyphylli. Certaines formations de tuf abritent la seule population vésubienne de la grassette de Reichenbach (Pinguicula reichenbachiana), endémique des Alpes maritimes franco-italiennes. L’étage montagnard, très boisé, est couvert par de belles sapinières, avec certains arbres dépassant 40 m., qui abritent entre autres l’épipogon sans feuilles (Epipogium aphyllum), et des mousses rares comme l’orthotric de Roger (Orthotrichum rogeri) et la buxbaumie verte (Buxbaumia viridis). La végétation des rochers et falaises calcaires est représentée par diverses communautés du Saxifragion lingulatae, avec de très nombreuses espèces endémiques des Alpes maritimes et des Alpes sud-occidentales : la centaurée de Balbis (Centaurea jordaniana subsp. balbisiana), la raiponce à feuilles en cœur (Phyteuma cordatum), le silène campanule (Silene campanula), la sabline à feuilles d’orpin (Moehringia sedoides), l’aspérule à feuilles par six (Asperula hexaphylla), la potentille saxifrage (Potentilla saxifraga), etc.

Faune

Ce massif abrite un cortège faunistique possédant un intérêt patrimonial très élevé avec 50 espèces animales patrimoniales présentes. Parmi elles figurent 16 espèces déterminantes.

L‘herpétofaune locale possède notamment l’illustre Lézard ocellé (Timon lepidus), espèce déterminante d’affinité méditerranéenne des milieux ouverts, rocailleux et ensoleillés. Les amphibiens sont représentés par le Spélerpès de Strinatii (Speleomantes strinatii), également appelé Hydromante, espèce remarquable peu abondante à répartition très localisée en région P.A.C.A., endémique franco italien présent en France uniquement dans deux départements (Alpes Maritimes essentiellement et Alpes de Haute Provence), recherchant les milieux humides, frais et ombragés (forêts, grottes, cavernes, éboulis) entre 0 et 2 400 m. d’altitude.

Le peuplement mammalogique est essentiellement caractérisé par la présence d’un cortège tout à fait intéressant de chauves souris : le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), espèce remarquable en régression marquée, plutôt thermophile et anthropophile, préférant les milieux boisés clairs sur substrat calcaire qui alternent avec des espaces dégagés, assez rare en montagne mais présent jusqu’à 2 000 m. d’altitude, le Vespère de Savi (Hypsugo savii), espèce remarquable rupicole et montagnarde d’affinité méridionale, qui exploite d’une part les milieux forestiers (surtout ceux riverains de l’eau) pour la chasse et d’autre part les milieux rocheux (falaises) pour les gîtes, jusqu’à 2 400 m. d’altitude, le Vespertilion à oreilles échancrées (Myotis emarginatus), espèce cavernicole déterminante, commensale des rhinolophes, localisée et peu fréquente, thermophile et d’affinité méridionale, en régression en France, affectionnant les milieux boisés et buissonnants proches de cavités rocheuses, jusqu’à au moins 1 500 m. d’altitude, le Vespertilion de Bechstein (Myotis bechsteini), espèce forestière déterminante, rare, d’affinité médioeuropéenne, considérée comme menacée, liée aux forêts de feuillus âgées, dotées d’un sous bois dense et de ruisseaux et de mares, la Noctule de Leisler, espèce remarquable arboricole et forestière, relativement fréquente, présente jusqu’à 2 200 m. d’altitude, le Molosse de Cestoni (Tadarida teniotis), espèce rupicole remarquable, rare, à effectifs faibles et donc vulnérable et en danger, thermophile d’affinité méditerranéenne, affectionnant les zones de collines et de montagnes avec falaises, ravins, grottes, constructions, ruines et murailles, jusqu’à 2 500 m. d’altitude, la Sérotine de Nilsson ou Sérotine boréale (Eptesicus nilssoni), espèce nordique déterminante, correspondant à la plus septentrionale des chauves souris, rare et localisée en France et en région P.A.C.A. où elle se trouve en limite d’aire sud occidentale de son aire de répartition, à effectifs faibles et en danger latent, vestige de la faune « froide » et relicte glaciaire, présente jusqu’à 2 300 m d’altitude en montagne (c’est la chauve souris qui monte le plus haut en altitude), notamment dans les bois clairs riches en broussailles, la Barbastelle commune (Barbastella barbastellus), espèce forestière déterminante, menacée et vulnérable, en régression, d’affinité médioeuropéenne, très résistante au froid, présente jusqu’à 2 000 m. d’altitude.

On peut également remarquer la présence sur ce site de tout un cortège d’espèces aviennes nicheuses et estivantes de grand intérêt : Bondrée apivore (Pernis apivorus), rapace forestier remarquable, d’affinité médioeuropéenne, recherchant les forêts claires de feuillus et les mosaïques de milieux boisés et de milieux ouverts, Aigle royal, prestigieux rapace diurne remarquable, actuellement en légère augmentation après avoir fortement régressé, occupant préférentiellement les régions accidentées avec zones rocheuses et étendues forestières, Circaète Jean-le-blanc (Circaetus gallicus), rapace remarquable d’affinité méridionale, au régime alimentaire ophiophage, Autour des palombes (Accipiter gentilis), rapace forestier remarquable, d’affinité médioeuropéenne, affectionnant les grands massifs forestiers avec des clairières jusqu’à 2 000 m. d’altitude, Faucon pèlerin (Falco peregrinus), rapace diurne rupicole déterminant, rare et localisé en France et en région P.A.C.A. mais en augmentation, Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable assez rare et en léger déclin, d’affinité montagnarde, typique des écotones entre forêts (lisières), prairies, pelouses et landes, entre 1 100 et 2 500 m. d’altitude, Petit duc scops (Otus scops), espèce remarquable d’affinité méridionale, en diminution aujourd’hui, présent jusqu’à 1 800 m. d’altitude, Grand duc d’Europe (Bubo bubo), espèce remarquable rupicole, qui se nourrit préférentiellement dans les terrains dégagés proches des falaises et autres escarpements rocheux où il niche généralement, jusqu’à 2 600 m. d’altitude, Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus), espèce boréo alpine forestière et déterminante, des hêtraies, pessières, cembraies et mélézins, plutôt âgés, jusqu’à 2 300 m. d’altitude, Chevêchette d’Europe (Glaucidium passerinum), espèce euro sibérienne déterminante et rare de la taïga et des forêts claires et étendues de résineux dans les Alpes (mélézins, sapinières, pessières, cembraies), entre 1 000 et 2 400 m. d’altitude, Chevêche d’Athéna (Athene noctua), espèce remarquable de milieux semi ouverts, d’affinité méridionale, en déclin général, présente jusqu’à 1 100 m. d’altitude, Torcol fourmilier (Jynx torquilla), espèce forestière remarquable plutôt localisée et pas très fréquente en région P.A.C.A., des milieux boisés clairs à tendance xérothermique jusqu’à 1 400 m. d’altitude, Pic épeichette (Dendrocopos minor), espèce forestière remarquable plutôt localisée et pas très fréquente en région P.A.C.A., liée aux forêts claires de feuillus caducifoliés jusqu’à 1 600 m. d’altitude, affectionnant en particulier les formations de ripisylves, Cincle plongeur (Cinclus cinclus), espèce remarquable, liée aux cours d’eau froids, propres et bien oxygénés, à courant plutôt vif, entre 100 et 2 400 m. d’altitude, Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), espèce remarquable de passereau de milieux ouverts et semi ouverts, en régression à l’heure actuelle, Tarin des aulnes (Carduelis spinus), passereau remarquable, d’affinité montagnarde et nordique, nicheur possible localement, très sporadique et rare en région P.A.C.A., lié aux vieilles forêts claires de conifères (pessières surtout mais aussi sapinières et dans une moindre mesure les pinèdes), entre 1 000 et 2 000 m. d’altitude, Bruant fou (Emberiza cia), passereau remarquable d’affinité à la fois méridionale et montagnarde, propre aux milieux ouverts et rocailleux, secs et ensoleillés, de 300 à 2 600 m. d’altitude.

Les arthropodes patrimoniaux présentent un fort intérêt, se distinguant par la présence d’une espèce très rare et endémique de crustacés isopodes troglophile, le cloporte Porcellio dilatatus bonadonai, sous-espèce déterminante connue uniquement de trois localités dans les environs de Draguignan (Var) et à Roquebilière (Alpes-Maritimes). Chez les coléoptères, signalons le Carabe de Solier (Carabus solieri), espèce déterminante et protégée en France, endémique des Alpes occidentales et de Ligurie, qui fréquente surtout les pelouses subalpines et lisières forestières des étages montagnards et subalpins, et le Saphane de Truqui (Drymochares truquii), espèce déterminante de longicornes (Cérambycidés), rare et localisée, endémique franco-italienne limitée en France aux trois départements sud-alpins, dans les aulnaies, les ostryaies (boisements de Charme-houblon) et les forêts riches en noisetiers. Les orthoptères sont représentés par le Dolichopode dauphinois (Dolichopoda azami), espèce remarquable cavernicole et endémique du sud-ouest des Alpes, assez répandue, troglophile, hygrophile et lucifuge, liée aux grottes, fentes des rochers et autres recoins obscurs et humides. Les autres espèces patrimoniales sont des lépidoptères, citons l’Hespérie à bandes jaunes (Pyrgus sidae), espèce déterminante de Lépidoptères rhopalocères ("papillons de jour"), d’affinité méditerranéenne orientale, qui affectionne les pelouses sèches et boisements clairs thermophiles et dont la chenille vit sur des potentilles (Potentilla hirta et espèces proches), l’Alexanor (Papilio alexanor), espèce déterminante de papillon de jour, protégée au niveau européen, rare et dont l’aire de répartition est morcelée, inféodée aux éboulis et pentes rocailleuses jusqu’à 1700 m d’altitude où croît sa plante hôte locale Ptychotis saxifraga, le Semi-apollon (Parnassius mnemosyne), espèce déterminante et protégée au niveau européen, d'affinité montagnarde et liée à la présence de corydales, qui fréquente les pelouses et les lisières forestières, surtout entre 1000 et 2000 mètres d’altitude, l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce remarquable et protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti, jusqu’à 2400 m d’altitude, l'Azuré des orpins (Scolitantides orion), espèce remarquable à aire de distribution morcelée, inféodée aux milieux rocheux où croissent les plantes nourricières de sa chenille, des orpins (Sedum), la Zygène des bugranes (Zygaena hilaris), espèce remarquable d'affinité ibéro-provençale, liée aux pelouses et friches sèches où croît sa plante hôte (Bugrane jaune Ononis natrix) et le Ptérophore Oxyptilus lantoscanus, espèce déterminante de micro-lépidoptère nocturne.

Commentaires sur la délimitation

Ce massif montagneux se trouve à la confluence de la Vésubie et du Var grossi des eaux de la Tinée. La délimitation de la znieff suit une logique de massif. Les zone anthropisées ont été exclues.