ZNIEFF 930012665
MASSIF DE CHAMOUSSILLON - BOIS DE LA MOULIÈRE - DEVENS D'ESTENC

(n° régional : 06133100)

Commentaires généraux

Description de la zone

La ZNIEFF est en partie située dans le Parc National du Mercantour. Il s’agit d’un territoire de haute montagne qui présente une succession de vallons confluents du Var, qui descendent de la zone cœur du Parc et qui sculptent la rive gauche de ce fleuve en une succession d’adrets et d’ubacs. Situé à la frontière entre les domaines alpin et méditerranéen, ce territoire reçoit les influences du secteur Haut Provençal et du secteur intermédiaire avec des espèces en limite d’aire.

Flore et habitats naturels

Avec un grand étagement de la végétation, du supra méditerranéen à l’alpin, conjugué à une géologie mêlant calcaire, marnes et grès, la zone présente une grande diversité d’habitats naturels. Parmi les habitats remarquables des étages supra méditerranéen et montagnard, on peut citer les pelouses à brome érigé (Bromus erectus) riches en orchidées (Mesobromion erecti) de Chateauneuf d’Entraunes, la sapinière d’Entraunes à Trochiscanthes (Trochiscanthes nodiflora) du Trochiscantho Abietetum albae, abritant notamment la mousse protégée Buxbaumie verte (Buxbaumia viridis) qui croît sur souches et troncs pourrissants de conifères. Les milieux ouverts d’altitude des étages subalpin et alpin, parcourus par de nombreux ruisseaux permettent le développement de divers groupements patrimoniaux de zones humides, comme les bas marais basophiles du Caricion davallianae qui accueillent une station de la rare graminée Herbe aux bisons (Hierochloe odorata), les bas marais arctico alpin du Caricion incurvae, caractérisés par la Laîche bicolore (Carex bicolor) et le Jonc arctique (Juncus arcticus). Le fond des lacs d’altitude est colonisé par des peuplements de Rubanier à feuilles étroites (Sparganium angustifolium), groupement patrimonial du Littorellion uniflorae, tandis que les berges humides abritent localement la rare hépatique protégée Riccia breidleri, ici en limite sud de son aire. Les falaises, éboulis et rochers, sur calcaire ou silice, très présents en altitude, sont le milieu de vie de nombreuses plantes patrimoniales rares comme la Berce naine (Heracleum pumilum), l’Ibéris du Mont Aurouze (Iberis aurosica), le Rhinanthe pseudo antique (Rhinanthus pseudoantiquus), l’Androsace pubescente (Androsace pubescens), la Renoncule à feuilles de Parnassie (Ranunculus parnassifolius subsp. heterocarpus) et la Potentille laineuse (Potentilla nivalis).

Faune

Cette zone abrite 59 espèces animales d’intérêt patrimonial, dont 17 sont déterminantes.
Le cortège de mammifères est riche en espèces patrimoniales : le Bouquetin des Alpes (Capra ibex), espèce déterminante alpine de ruminant, d’intérêt communautaire, très localisée en France où les effectifs de ses populations sont encore assez faibles, affectionnant les zones montagneuses avec éboulis, parois rocheuses, pelouses et arbres épars, entre 2 000 et 3 500 m d’altitude, le Cerf élaphe (Cervus elaphus), grand ruminant remarquable, aujourd’hui plutôt forestier, en expansion géographique et numérique en France et en région P.A.C.A., présent jusqu’à 2 500 m d’altitude, le Lièvre variable (Lepus timidus), espèce en régression, relicte de l’époque glaciaire, fréquentant des milieux assez variés (alpages, éboulis, landes, forêts, pelouses, champs, cultures, friches) entre 1 200 à 3 100 m d’altitude, le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), espèce remarquable en régression marquée, plutôt thermophile et anthropophile, préférant les milieux boisés clairs sur substrat calcaire qui alternent avec des espaces dégagés, assez rare en montagne mais présent jusqu’à 2 000 m d’altitude, le Vespertilion à oreilles échancrées (Myotis emarginatus), espèce cavernicole déterminante, commensale des rhinolophes, localisée et peu fréquente, thermophile et d’affinité méridionale, en régression en France, affectionnant les milieux boisés et buissonnants proches de cavités rocheuses, jusqu’à au moins 1 500 m d’altitude, la Noctule commune (Nyctalus noctula), espèce arboricole et sylvicole remarquable, vulnérable et en voie de raréfaction actuellement, d’affinité médioeuropéenne, plutôt rare dans le tiers méridional de la France, affectionnant les forêts claires et les parcs riches en vieux arbres, présente jusqu’à 2 100 m d’altitude, la Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri), espèce remarquable arboricole et forestière, relativement fréquente, présente jusqu’à 2 200 m d’altitude, la Sérotine de Nilsson (Eptesicus nilssoni) , espèce nordique déterminante, correspondant à la plus septentrionale des chauves-souris, rare et localisée en France et en région P.A.C.A. où elle se trouve en limite d’aire sud occidentale de son aire de répartition, à effectifs faibles et en danger latent, vestige de la faune « froide » et relicte glaciaire, présente jusqu’à 2 300 m d’altitude en montagne (c’est la chauvesouris qui monte le plus haut en altitude), notamment dans les bois clairs riches en broussailles, le Vespère de Savi (Hypsugo savii), espèce remarquable rupicole et montagnarde d’affinité méridionale, qui exploite d’une part les milieux forestiers (surtout ceux riverains de l’eau) pour la chasse et d’autre part les milieux rocheux (falaises) pour les gîtes, jusqu’à 2 400 m d’altitude, le Molosse de Cestoni (Tadarida teniotis), espèce rupicole remarquable, rare, à effectifs faibles et donc vulnérable et en danger, thermophile d’affinité méditerranéenne, affectionnant les zones de collines et de montagnes avec falaises, ravins, grottes, constructions, ruines et murailles, jusqu’à 2 500 m d’altitude.
L’avifaune nicheuse, ou probablement nicheuse, et estivante, est représenté par trois espèces déterminantes : la Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus), espèce boréo-alpine forestière, des hêtraies, pessières, cembraies et mélézins, plutôt âgés, jusqu’à 2 300 m, la Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum), espèce euro-sibérienne rare de la taïga et des forêts claires de résineux dans les Alpes (mélézins, sapinières, pessières, cembraies) et le Faucon pèlerin (Falco peregrinus), rapace diurne rupicole, rare et localisé en France et en région P.A.C.A. mais en augmentation, accompagnées de plusieurs espèces remarquables : Aigle royal (Aquila chrysaetos), rapace actuellement en légère augmentation après avoir fortement régressé, occupant préférentiellement les régions accidentées avec zones rocheuses et étendues forestières, Lagopède alpin (Lagopus mutus helveticus), espèce menacée et en régression, d’origine arctique, relique de l’époque glaciaire dans les Alpes, où elle occupe les reliefs de croupes et de crêtes, fréquemment enneigées et balayées par le vent entre 1 800 et 3 700 m d’altitude, Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce assez rare et en léger déclin, d’affinité montagnarde, typique des écotones entre forêts (lisières), prairies, pelouses et landes, entre 1 100 et 2 500 m d’altitude, Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), espèce méridionale de montagne recherchant les versants montagneux ouverts et ensoleillés avec des barres rocheuses entre 1 100 et 2 900 m d’altitude, semble-t-il en régression, Grand-duc d’Europe (Bubo bubo), espèce rupicole qui se nourrit préférentiellement dans les terrains dégagés proches des falaises et autres escarpements rocheux où il niche généralement, jusqu’à 2 600 m d’altitude, Petit duc scops (Otus scops), espèce d’affinité méridionale, en diminution aujourd’hui, présent jusqu’à 1 800 m d’altitude, Torcol fourmilier (Jynx torquila), espèce plutôt localisée et peu fréquente en région P.A.C.A., des milieux boisés clairs à tendance xérothermique jusqu’à 1 400 m d’altitude, Huppe fasciée (Upupa epops), espèce de milieux semi ouverts, d’affinité méridionale, en diminution aujourd’hui, Monticole de roche (Monticola saxatilis), espèce rupicole, des terrains accidentés secs, rocailleux et ensoleillés à végétation rase, jusqu’à 2 700 m d’altitude, Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), passereau de milieux ouverts et semi ouverts, en régression à l’heure actuelle, Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), espèce grégaire et rupicole, assez rare et en légère régression, d’affinité montagnarde, présente jusqu’à 2 300 m d’altitude, propre aux falaises et escarpements rocheux (où il niche) situés à proximité de prairies, landes et pâturages où il se nourrit), Venturon montagnard (Carduelis citrinella), espèce paléomontagnarde typique des boisements de conifères semi ouverts (sapinières, pessières, pinèdes et mélézins), proches de prairies, pelouses et pâturages ensoleillés, entre 1 000 et 2 200 m d’altitude, Bruant fou (Emberiza cia), passereau d’affinité à la fois méridionale et montagnarde, propre aux milieux ouverts et rocailleux, secs et ensoleillés, de 300 à 2 600 m d’altitude. On notera également la présence du Gypaète barbu (Gypaetus barbatu)s, rapace diurne déterminant de répartition paléomontagnarde, réintroduit entre 1986 et 1994 dans les Alpes (dont le massif du Mercantour) après son extinction vers 1920, grand voilier au domaine vital très étendu, nichant dans les falaises, ainsi que le passage régulier du Vautour fauve (Gyps fulvus).
Les amphibiens comprennent le Spélerpès de Strinatii (Speleomantes strinatii), espèce remarquable peu abondante à répartition très localisée en région P.A.C.A., correspondant à un endémique franco-italien, présent les Alpes-Maritimes essentiellement, puis dans les Alpes-de-Haute-Provence, recherchant les milieux humides, frais et ombragés (forêts, grottes, cavernes, éboulis) de 0 à 2 400 m d’altitude.
Les insectes déterminants sont représentés par trois lépidoptères : l’Hespérie à bandes jaunes (Pyrgus sidae), espèce d’affinité méditerranéenne orientale, qui affectionne les pelouses sèches et boisements clairs thermophiles où sa chenille se développe sur des potentilles (Potentilla hirta et espèces proches), le Solitaire (Colias palaeno europomene), espèce protégée en France, dont cette sous-espèce est localisée et endémique des Alpes internes, inféodée aux landes à Ericacées et biotopes marécageux où croissent ses plantes hôtes, des airelles (Vaccinium sp.) et le Moiré piémontais (Erebia aethiopellus), espèce endémique franco-italienne cantonnée aux Alpes occidentales, inféodée aux pelouses alpines sèches à Fétuque paniculée (Festuca paniculata). A noter également l’observation ancienne du Semi-Apollon (Parnassius mnemosyne), non revu depuis 1978.
Deux espèces déterminantes de coléoptères ont également été observées dans cette zone : Laemostenus angustatus, Carabidae d’affinité montagnarde, troglophile et guanobie, en limite d’aire et endémique des Alpes franco-italiennes où il se rencontre presque toujours à haute altitude dans les terriers de mammifères (marmottes notamment), les bergeries obscures, les anfractuosités profondes des rochers, parfois sous les pierres et la chrysomèle Derocrepis sodalis. La citation ancienne (1989) de Dichotrachelus doderoi mériterait d’être actualisée.
Enfin, signalons la présence de la Corée alpine (Coriomeris alpinus), espèce déterminante d’hétéroptère (punaise) phytophage.

Commentaires sur la délimitation

La ZNIEFF est située en rive gauche de la haute vallée du Var et s’étend jusqu’à la chaîne montagneuse formée par le sommet de Gialorgues, la Cime de Pals jusqu’à la Montagne de l’Alp.