ZNIEFF 930012678
GORGES DU CIANS

(n° régional : 06100129)

Commentaires généraux

Description de la zone

Dans leur partie nord, les Gorges du Cians sont taillées dans des schistes rouges de l’aire primaire et comptent parmi les gorges les plus remarquables des Alpes. La route qui donne accès aux stations touristiques de Beuil et de Valberg passe dans le fond des gorges, près de la rivière, et permet de découvrir un paysage grandiose. Les formes d’érosion découpent des surfaces abruptes impressionnantes. Sur le fond rouge de la roche ressortent les taches vertes de la végétation qui s’accroche aux parois et qui forme ainsi de véritables jardins suspendus naturels.
Dans la partie basse des gorges, la rivière du Cians entaille les calcaires marneux du crétacé moyen et supérieur. Ce défilé profond de 200 à 300 m constitue un biotope particulier : pentes abruptes et falaises ombragées fraîches et humides dans le fond, chaudes et sèches dans le haut, aux meilleures expositions.

Flore et habitats naturels

Les groupements rupicoles ont ici un développement spectaculaire. Ils sont variés et riches en endémiques des Alpes-Maritimes et des Alpes sud occidentales : le Saxifragetum lingulatae est caractérisé par le Saxifrage à feuilles en languette (Saxifraga callosa), l’Aspérule à feuilles par six (Asperula hexaphylla) et la Micromérie marginée (Micromeria marginata), qui ornent les parois calcaires et de pélites. Le Potentilletum saxifragae se localise dans les gorges calcaires à forte humidité atmosphérique, avec la Potentille saxifrage (Potentilla saxifraga), ici à l’extrême limite occidentale de son aire. Le Ballotetum frutescentis colonise les parois chaudes des gorges, sur pélites, avec la Ballote buissonnante (Acanthoprasium frutescens), qui se trouve également en limite ouest de son aire. Les parois sèches et ensoleillées de pélites se rattachent à l’Asplenion septentrionalis, avec la doradille septentrionale (Asplenium septentrionale) et la doradille noire (Asplenium adiantum nigrum). Les faciès moussus exposés au nord abritent une population très localisée de la rare fougère woodsie alpine (Woodsia alpina). Le Cians est alimenté dans ses gorges inférieures par des cours d’eau qui forment des cascades associées à des formations de tuf très bien conservées. Les affleurements de pélites montagnards peu végétalisés sont colonisés par des formations de dalles siliceuses très bien développées du Sedo albi Scleranthion biennis, avec le scléranthe pérenne (Scleranthus perennis) et diverses espèces de crassulacées. Les dalles siliceuses un peu eutrophisées riches en annuelles et les murets près des hameaux abandonnés abritent la très rare Drave des bois (Draba nemorosa) qui ne compte que trois localités dans les Alpes du sud. Dans quelques ravins encaissés et humides se rencontrent des forêts de ravins à érable sycomore (Acer pseudoplatanus) et barbe de Bouc (Aruncus dioicus) du Tilio platyphylli Acerion pseudoplatani. Parmi les espèces patrimoniales des Alpes Maritimes on note encore par exemple la Cardamine à feuilles d’asaret (Cardamine asarifolia), espèce de mégaphorbiaies en situation abyssale.

Faune

Ces gorges possèdent un cortège faunistique composé de 17 espèces animales d’intérêt patrimonial, dont 5 sont déterminantes.
La présence de l’Anguille (Anguilla anguilla) est à signaler dans le Cians.
L’avifaune nicheuse ou probablement nicheuse est représentée par trois rapaces, l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), espèce remarquable, actuellement en légère augmentation après avoir fortement régressé, occupant préférentiellement les régions accidentées avec zones rocheuses et étendues forestières, correspondant à un nicheur possible sur le site, le Faucon pèlerin (Falco peregrinus), espèce rupicole déterminante, rare et localisée en France et en région P.A.C.A. mais en augmentation, nicheur possible sur le site, et le Grand-duc d’Europe (Bubo bubo), espèce remarquable rupicole, qui se nourrit préférentiellement dans les terrains dégagés proches des falaises et autres escarpements rocheux où il niche généralement, jusqu’à 2600 m d’altitude.
Les amphibiens comprennent notamment le Spélerpès de Strinatii (Speleomantes strinatii), également appelé Hydromante, espèce remarquable peu abondante à répartition très localisée en région P.A.C.A., correspondant à un endémique franco-italien présent en France uniquement dans deux départements (Alpes-Maritimes essentiellement et Alpes-de-Haute-Provence), recherchant les milieux humides, frais et ombragés (forêts, grottes, cavernes, éboulis) de 0 à 2 400 m d’altitude.
Quant aux cortèges d’insectes, ils comprend six espèces patrimoniales, le Charançon Raymondionymus hoffmanni, espèce déterminante de coléoptère d’affinité méditerranéo montagnarde, endémique du Var et des Alpes Maritimes, recherchant plus particulièrement les sols calcaires, le Caloptéryx occitan (Calopteryx xanthostoma), espèce remarquable d'odonate ouest méditerranéen, inféodée aux rivières à eaux claires et quatre lépidoptères l'Hespérie de la ballote (Carcharodus baeticus), espèce déterminante d'affinité ouest méditerranéenne, rare et en régression, affectionnant les pelouses sèches et surfaces pâturées où croissent ses plantes hôtes, en particulier le Marrube commun (Marrubium vulgare), l’Hespérie des cirses (Pyrgus cirsii), espèce remarquable en régression, inféodée aux milieux ouverts et secs, le Semi-Apollon (Parnassius mnemosyne), espèce déterminante et protégée au niveau européen, d'affinité montagnarde et liée à la présence de corydales, qui fréquente les pelouses et les lisières forestières, surtout entre 1 000 et 2 000 m d’altitude et l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable d'affinité montagnarde, protégée au niveau européen, peuplant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2 500 m d’altitude.
S’ajoutent enfin deux espèces de Mollusques Gastéropodes remarquables, protégées en France et endémiques des Alpes Maritimes: la Maillot des pélites (Solatopupa cianensis) et la Marbrée des pélites (Macularia saintivesi), toutes deux représentées par seulement deux stations au monde, où elles sont strictement liées aux roches silicatées du Permien (grès rouge) entre 500 et 1 300 mètres d’altitude.

Commentaires sur la délimitation

La ZNIEFF intègre les gorges formées par le Cians depuis les Claus au nord de la zone jusqu’au Pont de Cians, proche du confluent avec le Var.