ZNIEFF 930012737
MASSIF DES MONGES - CRÊTE DU RAUS - MONTAGNE ET CRÊTES DE GÉRUEN - PÂTURAGES DE CHINE - CLOCHE DE BARLE - BOIS DE LA TAILLAYE - BOIS ET CRÊTE DES GARDES - LES VERGÈRES

(n° régional : 04113100)

Commentaires généraux

Description

Etabli dans la partie centre-nord du département des Alpes-de-Haute-Provence, dans la petite région naturelle des Préalpes de Digne, à l’est de la ville de Sisteron, le site intéresse l’essentiel du massif des Monges et des crêtes voisines.

Sur le plan géologique, le site s’inscrit dans le complexe des nappes sédimentaires des Préalpes-de-Haute-Provence. Ce sont surtout des terrains calcaires, calcaro-marneux et marneux du Crétacé et du Jurassique qui prédominent. Les calcaires durs du Kimméridgien et du Tithonique forment l’ossature des principales crêtes. Les terrains de couverture récents, issus de l’érosion, couvrent des surfaces importantes sur les parties inférieures de versants et en fond de vallons. Il s’agit d’éboulis, de cônes de déjection, d’écroulements glissés et de dépôts morainiques.

Le site est soumis à un climat de montagne, nettement marqué d’influences supra-méditerranéennes.

Etendu entre 700 m et 2100 m d'altitude, le site s'inscrit dans les étages de végétation supra-méditerranéen, montagnard et subalpin.

Sa végétation associe des espaces ouverts et semi-ouverts de pelouses, prairies sèches, landes et fruticées et des formations forestières comprenant des chênaies pubescentes, des pinèdes sylvestre, des reboisement de Pin noir (Pinus nigra) et de Mélèze (Larix decidua), des hêtraies mésophiles et des pessières. Localement quelques pessières sont à remarquer. Des formations végétales liées aux milieux rocheux de falaises et d’éboulis sont également présentes.

 

Milieux naturels

Le site recèle un habitat déterminant : les hêtraies neutrophiles méridionales des Alpes du sud à Trochiscanthe à fleurs nues (Trochiscanthes nodiflorus) [all. phyto. Fagion sylvaticae – Asso. phyto. Trochiscantho-fagetum (41.17)].

Six autres habitats remarquables sont également présents avec les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae-Cystopteridion fragilis (62.15)], les éboulis calcaires alpins, à éléments moyens, à Tabouret à feuilles rondes (Noccaea rotundifolia) [all. phyto. Thlaspion rotundifolii (61.22)], qui possèdent de nombreuses espèces endémiques des Alpes sud-occidentales, les landes épineuses oro-méditerranéennes à Astragale toujours verte (Astragalus sempervirens) [all. phyto. Ononidion cenisiae (31.7E)], les pelouses écorchées à Avoine toujours verte (Helictotrichon sempervirens) des Alpes du sud [sous-all. phyto. Ononido cristatae-Helictotrichenion sempervirentis (36.432)], dont certaines sont caractérisées par la présence de l’Avoine des Apennins (Avenula versicolor subsp. praetutiana), les pessières subalpines des Alpes [all. phyto. Piceion excelsae (42.21)] et les bas-marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)], formations très ponctuelles sur le site.

Parmi les autres habitats d’intérêt patrimonial marqué, typiques ou représentatifs, le site compte les prairies sèches méso-xérophiles à Brome dressé (Bromus erectus) [all. phyto. Mesobromion erecti (34.3265)].

Par ailleurs, les formations arbustives et sous-arbustives, généralement associées à la dynamique succédant aux pelouses et prairies, comprennent un certain nombre d’habitats remarquables ou représentatifs parmi lesquels figurent : les garrigues supra-méditerranéennes à Thym (Thymus vulgaris) [all. phyto. Helianthemo italici-Aphyllanthion monspeliensis (32.63)], les landes supra-méditerranéennes et oro-méditerranéennes à Genêt cendré (Genista cinerea) et Lavande à feuilles étroites (Lavandula angustifolia) [all. phyto. Lavandulo angustifoliae-Genistion cinereae (32.61 et 32.62)], ainsi que les fruticées d’arbustes divers [all. phyto. Berberidion vulgaris (31.81)].

 

Flore

Le site comprend dix neuf espèces végétales déterminantes, dont sept sont protégées au niveau national : l'Ail dressé (Allium lineare), de découverte très récente sur le site au niveau de parois rocheuses, le Panicaut blanc des Alpes (Eryngium spinalba), ombellifère épineuse des éboulis thermophiles et des pelouses sèches endémique des Alpes sud occidentales, l’Orchis de Spitzel (Orchis spitzelii), l’Epipogon sans feuilles (Epipogium aphyllum), rare orchidée forestière des boisements montagnards denses et ombragés, l’Inule variable (Inula bifrons), composée à fleurs jaunes des lisières et broussailles sèches, la Corbeille d'Argent de De Candolle (Iberis nana), crucifère endémique delphino provençale des éboulis calcaires d’altitude des Alpes sud occidentales, et l’Ancolie de Bertoloni (Aquilegia reuteri), superbe renonculacée endémique des Alpes du Sud-Ouest. Cinq autres espèces déterminantes sont protégées en Provence Alpes Côte d’Azur : la Biscutelle à tiges courtes (Biscutella brevicaulis), qui occupe les éboulis et rocailles du site, le Dactylorhize couleur de sang (Dactylorhiza incarnata subsp. cruenta), inféodée aux bas-marais, le Myosotis à petites fleurs (Myosotis minutiflora), petite borraginacée des balmes et entrées de grottes calcaires présente dans le département dans ce seul secteur, le Cyclamen d'Europe (Cyclamen purpurascens), historiquement signalé et à rechercher, et le Cotonéaster du Dauphiné (Cotoneaster delphinensis). L'Aconit de Burnat (Aconitum napellus subsp. burnatii), le Séséli faux Peucédan (Gasparrinia peucedanoides), ombellifère très rare à l’échelle française et dont les stations des Monges sont les seules des Alpes françaises, le Doronic à feuilles cordées (Doronicum pardalianches), la Scrophulaire printanière (Scrophularia vernalis), qui serait à retrouver, l’Avoine des Abruzzes (Helictochloa versicolor subsp. praetutiana), graminée franco italienne des pelouses calcaires d’altitude, distribuée dans les montagnes du sud de l’Italie et dans les Alpes du sud, récemment découverte en France, le Cotonéaster intermédiaire (Cotoneaster x intermedius) et l’Iberis toujours vert (Iberis sempervirens) constituent les neuf autres espèces déterminantes du site.

Par ailleurs, il abrite trois espèces remarquables dont deux protégées au niveau national : la Bérardie laineuse (Berardia subacaulis), composée archaïque endémique des Alpes sud occidentales typique des éboulis calcaires à éléments fins, et la Primevère marginée (Primula marginata), spectaculaire plante des parois calcaires. Enfin, on peut noter le Sélin à feuilles de silaus (Katapsuxis silaifolia) comme dernière espèce remarquable connue du site. 

 

 

Faune

Le patrimoine faunistique du site revêt un intérêt très élevé. Il comprend vingt-neuf espèces animales patrimoniales, dont onze sont déterminantes.

Chez les mammifères d’intérêt patrimonial, des espèces présentes localement telles que le Loup (Canis lupus), Carnivore déterminant aujourd’hui en expansion mérite d’être mentionnée. Le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), espèce remarquable et menacée, se reproduit sur le site. La Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri) est observée en gîte en période de transit mais aussi contactée en période d’essaimage et le Vespère de Savi (Hypsugo savii), espèce essentiellement localisée en méditerranée est contacté en période d’essaimage mais aussi de reproduction.

Les oiseaux nicheurs sont en particulier représentés par les espèces patrimoniales suivantes : Aigle royal (Aquila chrysaetos), Faucon pèlerin (Falco peregrinus), Circaète Jean le blanc (Circaetus gallicus), Chevêchette d’Europe (Glaucidium passerinum), Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, Lagopède alpin (Lagopus mutus), espèce remarquable menacée et en régression, d’origine arctique, qui occupe les reliefs de croupes et de crêtes, fréquemment déneigées et balayées par le vent, Huppe fasciée (Upupa epops), Torcol fourmilier (Jynx torquilla), Cincle plongeur (Cinclus cinclus), Fauvette orphée (Sylvia hortensis), Fauvette grisette (Sylvia communis), Alouette lulu (Lullula arborea), Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), Monticole de roche (Monticola saxatilis), Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), Bruant ortolan (Emberiza hortulana) et Bruant fou (Emberiza cia).

Quant aux invertébrés patrimoniaux, notons la présence de six espèces déterminantes de coléoptère. Il s’agit du Ropalope lombard (Ropalopus insubricus), espèce de la famille des longicornes (Cérambycidés) rare et inféodée aux érables, plus rarement aux aulnes et aux frênes, présente en France presque exclusivement en région Provence Alpes Côte d’Azur, de l’Otiorrhynque Otiorhynchus pascuorum, espèce montagnarde de la familles des charançons (Curculionidés), endémique des Alpes de Haute Provence, extrêmement localisée et rare, liée aux pâturages de montagne vers 2000 m d’altitude et au-dessus, de l’Otiorrhynque Otiorhynchus putoni, endémique des pâturages secs, ensoleillés et caillouteux entre 800 et 2000 m d’altitude, des départements du Vaucluse (Mont Ventoux au-dessus de 1400 m), des Hautes Alpes et des Alpes de Haute Provence, et de l’Otiorrhynque Otiorhynchus stomachosus, espèce endémique des pierriers de l’étage alpin des trois départements des Alpes du sud (06, 04, 05), de l’Athous frigide (Athous frigidus), espèce déterminante d’Elatéridés (Taupins), endémique franco-italienne ici en limite d’aire, liée aux prairies sèches de montagne et souffrant de la colonisation de ses biotopes ouverts de prédilection par les ligneux et enfin de la Chrysomèle Chrysolina obscurella.

Situé à un carrefour biogéographique, le Massif des Monges est caractérisé par une exceptionnelle richesse en lépidoptères diurnes. Celle ci se traduit par la présence avérée de treize espèces patrimoniales dont quatre sont déterminantes : la Zygène de la Vésubie (Zygaena brizae = vesubiana), espèce protégée en France, rare et localisée, qui peuple les pelouses et bois clairs à cirses, dont la sous espèce vesubiana est endémique des Alpes du Sud (franco italienne), le Semi apollon (Parnassius mnemosyne), espèce protégée au niveau européen, d'affinité montagnarde et liée à la présence de corydales, qui fréquente les pelouses rases sur les crêtes et en lisière forestière, surtout entre 1000 et 2000 mètres d’altitude, l’Alexanor (Papilio alexanor), espèce protégée au niveau européen, rare et peu abondante, d’affinité méditerranéo asiatique, inféodée aux pentes sèches et éboulis où croît sa plante hôte principale Ptychotis saxifraga, et le Moiré provençal (Erebia epistygne), espèce méditerranéo montagnarde dont l’aire de répartition ibéro provençale est morcelée et restreinte, inféodée aux pelouses sèches à Fétuque cendrée Festuca cinerea. 

Elles sont accompagnées par de nombreuses espèces remarquables : la Zygène des bugranes (Zygaena hilaris), espèce d'affinité ibéro provençale, liée aux pelouses et friches sèches où croît sa plante hôte (Bugrane jaune Ononis natrix), l’Hespérie des cirses (Pyrgus cirsii), espèce régression, inféodée aux milieux ouverts et secs, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce protégée au niveau européen, habitant les rocailles, pelouses et éboulis entre 500 et 2500 m d’altitude, la Proserpine (Zerynthia rumina), espèce ouest méditerranéenne protégée en France, dont la chenille vit sur l’Aristoloche pistoloche (Aristolochia pistolochia), sur les pentes sèches, éboulis et coteaux pierreux, chauds et ensoleillés jusqu’à 1100 m d’altitude, la Diane (Zerynthia polyxena), espèce méditerranéeo asiatique, protégée au niveau européen, localement inféodée à Aristolochia pistolochia et parfois Aristolochia pallida, dans les chênaies claires et pentes rocailleuses bien exposées jusqu’à 1300 m d’altitude, l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, les pelouses et les friches sèches à serpolets et fourmis hôtes (Myrmica sabuleti) jusqu’à 2400 m d’altitude, l’Azuré de la croisette (Maculinea alcon rebeli), espèce protégée en France, liée aux pelouses et prairies des étages montagnards et subalpins avec sa plante hôte (Gentiane croisette Gentiana cruciata) et sa fourmi hôte (surtout Myrmica schencki), le Moiré des pierriers (Erebia scipio), espèce endémique franco italienne des Alpes occidentales, qui fréquente les éboulis calcaires où croît sa plante hôte, l’avoine des montagnes (Helictotrichon sedenense), et l’Hermite (Chazara briseis), espèce en forte régression, liée aux milieux très ouverts et secs où croissent ses plantes hôtes plusieurs graminées (fétuques et brachypodes).

 

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 2 englobe les deux ZNIEFF de type 1 suivantes : «Clues du Pérouré et de Barles - Partie ouest» & «Les Monges - crête du Raus - montagne de la Sapie».

Commentaires sur la délimitation

Le site intéresse un petit massif de moyenne montagne et ses crêtes connexes. Si les motivations de la délimitation de cette ZNIEFF sont avant tout d’ordre fonctionnel, de façon à inclure des habitats et populations d’espèces à forte valeur patrimoniale, le positionnement de ses limites est établi au mieux, sur des repères visuels marqués et sur des éléments topographiques ou géographiques importants : ruptures de pentes, talwegs, crêtes secondaires, réseau routier local, dessertes, lisières, etc. Les secteurs de moindre intérêt ou plus fortement anthropisés sont exclus.