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ZNIEFF 930012762
BAS DU VERSANT ADRET ET MILIEUX STEPPIQUES DE CHÂTEAU-QUEYRAS À ABRIÈS

(n° régional : 05108131)

Commentaires généraux

Description

Localisé dans la partie est du département des Hautes-Alpes, au centre du Parc Naturel Régional du Queyras, le site correspond au bas du versant adret de la vallée du Guil.

Il se situe à cheval sur la partie occidentale calcaire et sur la partie orientale schisteuse (schistes lustrés de la zone piémontaise) du massif.

Localisé dans la zone biogéographique intra-alpine du Briançonnais-Queyras, il est soumis à un climat montagnard de type continental marqué.

Débutant à environ 1370 m d'altitude, le site qui atteint 2300 m d'altitude, s’inscrit essentiellement à l’étage de végétation montagnard.

Longé par le torrent du Guil dans sa partie basse et bordée par un mélézin dans sa partie haute, il est caractérisé à l'est par de grandes étendues herbeuses ouvertes, comprenant prairies de fauche, et semi-ouvertes avec des parcours ovins sur pelouses sèches et des landes. Sa partie ouest comprend des pinèdes sylvestres et de montagne d'adret, traversées de quelques ravins et éboulis thermophiles.

Milieux remarquables

Les pelouses steppiques sub-continentales [all. phyto. Stipo capillatae-Poion carniolicae (34.31)] constituent le seul habitat déterminant que compte le site. Ce dernier, d'une très grande valeur patrimoniale, apparaît de manière très caractéristique, avec l’ensemble de son cortège floristique, enrichi d'espèces végétales d’origine orientale.

Six autres habitats remarquables sont également présents : les pelouses calcicoles alpines et subalpines à Séslérie bleutée (Sesleria caerulea) et Avoine des montagnes (Helictotrichon sedenense) [all. phyto. Seslerion caeruleae (36.432)], les prairies de fauche d’altitude [all. phyto. Triseto flavescentis-Polygonion bistortae (38.3)], les mélèzins-cembraies ou forêts de Mélèze (Larix decidua) et de Pin cembrot (Pinus cembra) (42.3), les pinèdes de Pin sylvestre (Pinus sylvestris) [all. phyto. Ononido rotundifolii-Pinion sylvestris (42.53) et Deschampsio flexuosae-Pinion sylvestris (42.55)], les bas-marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)], les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae-Cystopteridion fragilis (62.15)].

Notons la présence de deux autres habitats présentant un intérêt écologique important : les prairies sèches méso-xérophiles à Brome dressé (Bromus erectus) [all. phyto. Mesobromion erecti (34.3265)] et les landes sèches d’adret à Genévrier sabine (Juniperus sabina) [sous-all. phyto. Berberido vulgaris-Juniperenion sabinae (31.43)], élément de dynamique succédant aux pelouses sèches.

Flore

La flore du site abrite treize espèces déterminantes dont trois sont protégées au niveau national : la Nonnée brune (Nonea erecta), l'Astragale queue de renard des Alpes (Astragalus alopecurus), fabacée atteignant 1 m de hauteur, à floraison spectaculaire, affectionnant les pelouses et landes d’affinités steppiques et la Violette à feuilles pennées (Viola pinnata). Trois autres espèces déterminantes sont protégées en Provence-Alpes-Côte-d4Azur : le Dactylorhize couleur de sang (Dactylorhiza incarnata subsp. cruenta), l'Orchis nain des Alpes (Chamorchis alpina) et la Drave des bois (Draba nemorosa). Les autres espèces déterminantes de ce site sont : la Campanule de Bologne (Campanula bononiensis), le Sainfoin de Briançon (Hedysarum brigantiacum), légumineuse récemment décrite, l'Astragale d'Autriche (Astragalus austriacus), petite fabacée plus largement répartie en Europe centrale, très rare en France, où elle se localise aux seules vallées de la Durance et de l'Ubaye, où elle occupe les pelouses d'affinités steppiques, le Gaillet grêle (Galium aparine subsp. tenerum), le Streptope à feuilles embrassantes (Streptopus amplexifolius), la Pulsatille des montagnes (Pulsatilla montana), belle renonculacée à floraison printanière liée aux pelouses sèches à répartition très restreinte en France et la Potentille inclinée (Potentilla inclinata).

Il abrite également cinq espèces remarquables dont une est protégée au niveau national : la Primevère marginée (Primula marginata), spectaculaire plante des parois calcaires et une autre en Provence-Alpes-Côte-d’Azur : la Minuartie des rochers (Minuartia rupestris subsp. rupestris). La Fétuque de Chas (Festuca chasii), l'Anémone de Haller (Pulsatilla halleri), belle renonculacée à floraison printanière typique des pelouses et rocailles ventées et le Théson de Bavière (Thesium bavarum) sont les autres espèces remarquables de ce site.

Faune

Le site est doté d’un patrimoine faunistique d’un intérêt élevé, comprenant vingt neuf espèces animales patrimoniales, dont trois déterminantes.

Le peuplement avien nicheur local d’intérêt patrimonial comprend de nombreuses espèces : Gypaète barbu (Gypaetus barbatus ), rapace charognard fréquentant le Queyras en visiteur depuis notamment la vallée de l’Ubaye où il a été réintroduit avec succès, la Bondrée apivore (Pernis apivorus), Aigle royal (Aquila chrysaetos), Circaète Jean le blanc (Circaetus gallicus), Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), espèce en régression, recherchant les versants montagneux ouverts et ensoleillés avec des barres rocheuses, Caille des blés (Coturnix coturnix), Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, Grand duc d’Europe (Bubo bubo), Torcol fourmilier (Jynx torquilla), Cincle plongeur (Cinclus cinclus), Monticole de roche (Monticola saxatilis), Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), Huppe fasciée (Upupa epops), Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), nicheur remarquable peu fréquent, inféodé aux alpages et aux falaises, Bruants fou (Emberiza cia) et ortolan (Emberiza hortulana).

Les insectes d’intérêt patrimonial sont représentés quant à eux par les espèces suivantes : l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), Lépidoptère Lycénidé Polyommatiné, vulnérable et déterminant, en régression, plutôt localisé, protégé au niveau européen (directive CEE « Habitats »), menacé par la destruction de son habitat (les bois clairs et ensoleillés, les prairies, les zones buissonneuses et les friches sèches à Serpolet jusqu’à 1800 m. d’altitude), l’Azuré de la Croisette (Maculinea alcon), papillon Lycénidé Polyommatiné déterminant, lié aux prairies sèches et pentes herbeuses vers 1200 à 1800 m. d’altitude, dont la chenille vit sur la Gentiane croisette (Gentiana cruciata), l’Apollon (Parnassius apollo), espèce alpine remarquable et en régression de Lépidoptères Papilionidés, protégée au niveau européen, habitant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées des étages montagnard à alpin, entre 300 et 2500 m. d’altitude, l’Hermite, lépidoptère Nymphalidés Satyrinés en forte régression, lié aux milieux très ouverts et secs où croissent ses plantes-hôtes, plusieurs graminées (fétuques et brachypodes), le Sphinx de l’Argousier (Hyles hippophaes), espèce déterminante crépusculaire et nocturne de Lépidoptères Sphingidés, rare partout, extrêmement localisée et protégée au niveau européen, strictement inféodée aux régions caillouteuses, bords des torrents et des rivières et lisières humides de garrigues, où pousse l’Argousier, plante nourricière de sa chenille, l’Isabelle de France (Actias isabellae), espèce déterminante de Lépidoptères Attacidés, endémique des Hautes Alpes et des Alpes de Haute Provence, protégée en France et au niveau européen (directive CEE « Habitats »), habitant les moyennes montagnes à climat sec de type méridional où elle colonise les pentes boisées en Pins sylvestres entre 600 et 1800 m d’altitude, le Zygène des bugranes (Zygaena hilaris), espèce remarquable d’affinité ouest-méditerranéenne de Lépidoptères Zygénidés, le Criquet ensanglanté (Stethophyma grossum), espèce remarquable d'orthoptère d'affinité eurosibérienne, en forte régression en dehors des Alpes, strictement liée aux prairies très humides et surfaces marécageuses. Quant aux Mollusques, citons notamment la présence de l’Ambrette des sables (Quickella arenaria), espèce remarquable et rare de Succinéidés, à aire de répartition ouest européenne morcelée, localisée en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, normalement inféodée aux tourbières et milieux humides à végétation peu dense.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 est incluse dans la ZNIEFF de type 2 «05_108_100 - Vallées et Parc Naturel Régional du Queyras - val d'Escreins».

L'abandon des cultures ou de l’irrigation et de la fauche sur les anciennes terrasses agraires a conduit à l'installation de pelouses sèches propices à l’établissement de zones de parcours ovins. La pression pastorale tendant actuellement à se réduire, la dynamique de végétation se poursuit par la colonisation d’une végétation ligneuse comprenant des fourrés de Prunier de Briançon (Prunus brigantina) et des landes sèches à Genévrier sabine (Juniperus sabina), précurseur de l’installation de boisements de Pin sylvestre (Pinus sylvestris). Ce stade végétal ultime présente quelques inconvénients : risques d'incendies accrus, banalisation du paysage, diminution de la biodiversité, réduction des espaces pastoraux et de leur valeur.

Certaines prairies de fauche du site pourraient subir également une évolution forestière avec la diminution du nombre d’agriculteurs et, pour d'autres à l'inverse, êtres soumises à une intensification par le semis d'espèces fourragères plus productives, mais banalisant leur flore.

Commentaires sur la délimitation

L’ensemble est délimité de manière à englober un écocomplexe d’habitats et d’espèces d’affinités principalement steppiques, à très forte valeur patrimoniale qui s’associent, se juxtaposent ou s’imbriquent sur un bas de versant adret. Le périmètre s’appuie autant que possible, sur des repères géographiques importants tels que la route départementale sur son côté aval.