ZNIEFF 930012785
FORÊT DOMANIALE DU SAPET - CRÊTES DU PIOLIT - LES PARIAS - PIC DE CHABRIÈRES ET SES OUCANES - LAC DE SAINT-APOLLINAIRE ET SES ABORDS

(n° régional : 05100185)

Commentaires généraux

Description

Etabli au centre du département des Hautes Alpes, au nord est de la ville de Gap, ce très grand site d’une surface de 3332 ha, est situé au nord des communes de Chorges et de La Bâtie-Neuve.
Le site englobe les vastes versants nord et sud situés de part et d’autre de la ligne de crête joignant le sommet du Piolit (2464 m) au Pic de Chabrières (2404 m). Sur sa partie ouest, il se prolonge au col de Moissière (1571 m) et à la crête des Auréous, contenant le site archéologique de Saint Philippe.
Le Lapiaz de Chabrières (2300 m), au nord ouest du pic du même nom, représente un phénomène géomorphologique rare dans le département des Hautes Alpes avec un plateau de calcaire rose profondément sillonné par des fissures harstiques.
Le substrat géologique, très complexe, est dominé par les couches sédimentaires de la série des nappes de l’Embrunais Ubaye (série subbriançonnaise, briançonnaise et lambeaux des séries liguro piémontaises) et de la série de la zone Dauphinoise : terres noires, cargneules, dolomies, gypses, calcaires planctoniques, calcaires argileux, bancs marno calcaires, flysch gréso pélitique. La géomorphologie complexe du site est, par ailleurs, marquée par les phénomènes d’érosion glaciaire ou l’action du gel et du dégel. Une part importante de la surface est constituée par les moraines glaciaires, ainsi que part d’importants éboulis actifs issus de produits d’altération superficielle.
Etabli dans la zone biogéographique des Alpes intermédiaires, il bénéficie à la fois d’influences climatiques continentales marquées et d’influences méditerranéennes.
Réparti entre 1130m et 2512m d’altitude, le site est compris aux étages de végétation montagnard, subalpin et alpin.
La grande variété de situations écologiques, liées aux différences d’exposition et d’altitude, à la variété géologique et à la diversité des pratiques agro pastorales, engendre une grande variété de formations végétales : sapinières, mélézins, pinèdes, pelouses et éboulis calcicoles… Elle se traduit par la présence d’une avifaune riche et abondante et d’une flore particulièrement remarquable. Le Lac Faudon (1577 m) constitue par ailleurs une zone humide intéressante.

Milieux remarquables

Le site comprend trois milieux déterminants : les éboulis calcaires fins, représentés notamment par des formations à Bérardie laineuse (Berardia subacaulis) [assoc. phyto. Berardietum lanuginosi (61.2322)], les pelouses steppiques sub continentales [all. phyto. Stipo capillatae Poion carniolicae (34.31)], qui couvrent des surfaces restreintes, et les hêtraies et hêtraies sapinières neutrophiles des Alpes du Sud à Trochischante à fleurs nues (Trochischantes nodiflorus) (41.17), milieux forestiers particulièrement bien représentés dans la Forêt du Sapet.
Parmi les autres habitats remarquables figurent les mélèzins cembraies ou forêts de Mélèze (Larix decidua) et de Pin cembrot (Pinus cembra) (42.3), accompagnées par de très beaux peuplements de Pin à crochets (Pinus uncinata) sur calcaire (42.4), habitat dont la conservation prioritaire dans le cadre de la Directive Habitats, ainsi que par des pinèdes de Pin sylvestre (Pinus sylvestris) (42.5), boisements qui se développent sur les versants arides et rocailleux en conditions stationnelles très sèches. Ce site, très riche, possède également des pelouses calcicoles alpines et subalpines à Séslérie bleutée (Sesleria caerulea) et Laîche toujours verte (Carex sempervirens) [all. phyto. Seslerion caeruleae (36.43)], installées sur sols superficiels, des éboulis calcaires alpins à éléments moyens à Tabouret à feuilles rondes (Noccaea rotundifolia) [all. phyto. Thlaspion rotundifolii (61.2)] et des formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae Cystopteridion fragilis (62.15)].
Mentionnons également l’existence de formations végétales liées aux sources oligotrophes [all. phyto. Cardamino amarae Montion fontanae et Dermatocarpion rivulorum (54.1)], groupements végétaux ponctuels à forte valeur patrimoniale.

Flore

Le site comprend dix-huit espèces végétales déterminantes. Cinq sont protégées au niveau national : la Rhapontique à feuilles d'Aunée (Rhaponticum heleniifolium subsp. heleniifolium), l'Astragale queue de renard des Alpes (Astragalus alopecurus), fabacée atteignant 1 m de hauteur, à floraison spectaculaire, affectionnant les pelouses et landes d’affinités steppiques, le Choin ferrugineux (Schoenus ferrugineus), qui serait à rechercher sur le site, la Laîche à épis d'orge (Carex hordeistichos) et la Potentille du Dauphiné (Potentilla delphinensis). Quatre sont protégées en région Provence Alpes Côte d’Azur : le Dactylorhize couleur de sang (Dactylorhiza incarnata subsp. cruenta), le Gnaphale des lieux humides (Gnaphalium uliginosum), la Laîche à deux étamines (Carex diandra), rare cypéracée caractéristique des tourbières et bas marais tremblants, et la Potentille blanche (Potentilla alba), plante très rare des pelouses sèches acidophiles. Neuf espèces n’ont pas de statut de protection : la Pulsatile des montagnes (Anemone montana), l'Orchis musc (Herminium monorchis), l'Aposéris fétide (Aposeris foetida), le Doronic à feuilles cordées (Doronicum pardalianches), le Pigamon simple (Thalictrum simplex), la Passerage de Villars (Lepidium villarsii), la Véronique à écus (Veronica scutellata), l'Avoine des Abruzzes (Helictochloa versicolor subsp. praetutiana), graminée franco italienne des pelouses calcaires d’altitude, distribuée dans les montagnes du sud de l’Italie et dans les Alpes du sud, récemment découverte en France, et le Vulpin roux (Alopecurus aequalis).
Par ailleurs, le site comprend cinq espèces végétales remarquables. Trois sont protégées au niveau national : la Bérardie laineuse (Berardia subacaulis), composée archaïque endémique des Alpes sud occidentales typique des éboulis calcaires à éléments fins, le Sainfoin de Boutigny (Hedysarum boutignyanum) et l'Ancolie des Alpes (Aquilegia alpina). Une est protégée en région Provence Alpes Côte d’Azur : la Minuartie des rochers (Minuartia rupestris subsp. rupestris). Une espèce n’a pas de statut de protection : le Sélin à feuilles de silaus (Katapsuxis silaifolia).

Faune

Ce site possède un patrimoine faunistique d’un intérêt élevé. En effet, les inventaires naturalistes ont permis d’y dénombrer pas moins de cinquante et une espèces animales patrimoniales, dont douze sont déterminantes.
Au rang des mammifères locaux d’intérêt patrimonial, il convient de citer quatre espèces déterminantes, la Barbastelle d'Europe (Barbastella barbastellus), espèce forestière, vulnérable et en régression, d’affinité médio-européenne, très résistante au froid, le Loup (Canis lupus), le Bouquetin des Alpes (Capra ibex) et la Musaraigne de Miller (Neomys anomalus ), espèce amphibie vivant près des milieux aquatiques ou des zones humides, accompagnées de quatre espèces remarquables, le Molosse de Cestoni (Tadarida teniotis), espèce remarquable de haut vol, aux mœurs rupestres pour ses gîtes, le Vespère de Savi (Hypsugo savii), espèce remarquable rupicole et montagnarde d’affinité méridionale, qui exploite d’une part les milieux forestiers (surtout ceux riverains de l’eau) pour la chasse et d’autre part les milieux rocheux (falaises) pour les gîtes, jusqu’à 2 400 m d’altitude, la Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri), espèce remarquable forestière relativement fréquente et le Lièvre variable (Lepus timidus), relicte de l’époque glaciaire, en régression et fréquentant des milieux assez variés (alpages, éboulis, landes, forêts, pelouses, champs, cultures, friches) entre 1200 à 3100 m d’altitude. Les oiseaux nicheurs comprennent quant à eux les espèces suivantes : Faucon pèlerin (Falco peregrinus), Faucon hobereau (Falco subbuteo), Aigle royal (Aquila chrysaetos), Autour des palombes (Accipiter gentilis), Circaète Jean le blanc (Circaetus gallicus), Bondré apivore (Pernis apivorus), Busard des roseaux (Circus aeruginosus), dont la nidification n’est pas clairement avérée, Busard cendré (Circus pygargus), rapace déterminant d’affinité steppique méditerranéenne, des milieux ouverts à végétation herbacée plutôt dense et recouvrante, Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), espèce méridionale de montagne recherchant les versants montagneux ouverts et ensoleillés avec des barres rocheuses, semble-t-il en régression, Caille des blés (Coturnix coturnix), Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, la Gélinotte des bois (Bonasa bonasia), Lagopède alpin (Lagopus mutus), espèce remarquable menacée et en régression, d’origine arctique, relique de l’époque glaciaire dans les Alpes, où elle occupe les reliefs de croupes et de crêtes, fréquemment enneigées et balayées par le vent, Pic noir (Dryocopus martius), Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus), espèce boréo alpine forestière et déterminante, des hêtraies, pessières, cembraies et mélézins, Chevêchette d’Europe (Glaucidium passerinum), Petit duc scops (Otus scops), Torcol fourmilier (Jynx torquilla), Cincle plongeur (Cinclus cinclus), Monticole de roche (Monticola saxatilis), Tichodrome échelette (Tichodroma muraria), espèce paléomontagnarde remarquable et relativement rare, recherchant les gorges et escarpements rocheux, Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), nicheur remarquable peu fréquent, inféodé aux alpages où il vient s’alimenter situés à proximité de falaises où il niche, Venturon montagnard (Serinus citrinella), espèce paléomontagnarde remarquable, typique des boisements de conifères semi ouverts, Niverolle alpine (Montifringilla nivalis), espèce paléomontagnarde remarquable, caractéristique des pelouses avec escarpements rocheux des étages alpin et subnival des massifs montagneux les plus élevés, Bruant ortolan (Emberiza hortulana), Bruant fou (Emberiza cia), Fauvette orphée (Sylvia hortensis), Fauvette grisette (Sylvia communis), Huppe facisée (Upupa epops), Alouette lulu (Lullula arborea). Bien que non nicheurs sur le site, le Vautour fauve (Gyps fulvus) et le Vautour moine (Aegypius monachus) le fréquentent pour leur alimentation.
L’herpétofaune patrimoniale est représentée par deux espèces déterminantes : le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), espèce à effectifs faibles et vulnérable, en déclin, d’affinité médio européenne et montagnarde, affectionnant les petits points d’eau peu profonds, dans les endroits restant frais et humides en été et le Triton alpestre (Triturus alpestris), espèce d’affinité montagnarde, localement en régression. Ces deux espèces sont accompagnées par le Pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus), espèce remarquable ouest-européenne d'affinité méridionale.
En ce qui concerne les arthropodes d’intérêt patrimonial présents localement, citons l’Ecrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes), espèce remarquable de Crustacés Décapodes, aujourd’hui en régression. Les peuplements d’insectes sont quant à eux principalement représentés par des lépidoptères diurnes dont trois sont déterminants : l’Alexanor (Papilio alexanor), espèce protégée au niveau européen, rare et dont l’aire de répartition est morcelée, inféodée aux éboulis et pentes rocailleuses jusqu’à 1700 m d’altitude où croît sa plante hôte locale Ptychotis saxifraga, le Moiré de Provence (Erebia epistygne), espèce d’affinité méditerranéo montagnarde dont l’aire de répartition ibéro provençale est morcelée et restreinte, inféodée aux pelouses sèches à fétuques, surtout Festuca cinerea et l'Azuré de la sanguisorbe (Maculinea teleius), espèce rare et en régression, protégée au niveau européen, strictement inféodée aux prairies humides et bordures marécageuses peuplées par sa plante hôte la Sanguisorbe officinale et ses fourmis hôtes du genre Myrmica (notamment Myrmica scabrinodis). Ils sont accompagnées par plusieurs autres espèces remarquables : l’Azuré de la croisette (Maculinea alcon rebeli), espèce protégée en France, liée aux pelouses et prairies des étages montagnards et subalpins où croît sa plante hôte (Gentiane croisette Gentiana cruciata) et vit sa fourmi hôte (surtout Myrmica schencki), l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti, jusqu’à 2400 m d’altitude, l’Hermite, Satyrinés en forte régression, lié aux milieux très ouverts et secs où croissent ses plantes hôtes, plusieurs graminées (fétuques et brachypodes), le Céphalion (Coenonympha gardetta macromma), sous espèce de la sous famille des Satyrinés, endémique du centre et de l’ouest des Alpes, à aire de répartition disjointe, inféodée aux pelouses et fourrés de l’étage subalpin, l'Échiquier de Russie (Melanargia russiae), espèce d'affinité steppique, localisée et dont la sous espèce cleanthe est endémique des montagnes du nord de l'Espagne et des Alpes du sud, l’Apollon (Parnassius apollo), d'affinité montagnarde, protégée au niveau européen, peuplant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m d’altitude, la Piéride de la roquette (Euchloe simplonia), espèce rà aire disjointe des Alpes occidentales, Pyrénées et monts Cantabriques, inféodée aux pelouses subalpines où croissent ses plantes hôtes (Biscutella laevigata et Sisymbrium ssp.) et la Zygène des bugranes (Zygaena hilaris), hétérocère Zygénidés, d'affinité ibéro provençale, liée aux pelouses et friches sèches où croît sa plante hôte (Bugrane jaune Ononis natrix). Deux espèces remarquables d’odonates complètent l’intérêt de ce secteur, le Leste des bois (Lestes dryas), Zygoptères (Demoiselles) en limite d'aire méridionale dans les Alpes du sud, localisé et inféodé aux pièces d'eau temporaires et le Sympétrum du Piémont (Sympetrum pedemontanum), Libellulidés des canaux et cours d'eau intermittents, peu commune en France et dont le bassin de la Durance représente un bastion.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 n’est pas incluse dans une ZNIEFF de type 2.
Une grande prudence est de rigueur dans la gestion et l’exploitation de la forêt du Sapet. De plus les stations de Potentille du Dauphiné et d’Astragale queue de renard sont à préserver. Les enjeux se situent donc au niveau de la gestion forestière et pastorale, afin de préserver les habitats et stations d’espèces végétales.

Commentaires sur la délimitation

Pour l’essentiel, une logique de massif régit la disposition de ce site, qui englobe la majeure partie des crêtes et des sommets de versants, entre les sommets de St Philippe à l’ouest et du Pic de Chabrières à l’est. Les secteurs d’anthropisation plus marquée comme les domaines skiables des stations de Réallon et d’Ancelle sont exclus. Les limites périphériques s’appuient sur un ensemble d’éléments topographiques, géographiques et paysagers parmi les plus notables : ruptures de pente, talwegs, lisières, routes secondaires…