ZNIEFF 930020045
MONTAGNES DE ROBION ET DE DESTOURBES - TALOIRE

(n° régional : 04135100)

Commentaires généraux

Description
Localisé dans la partie sud est du département des Alpes de Haute Provence, au sud de la petite ville de Castellane, le site est totalement inclus dans cette commune. Il est formé par les montagnes de Robion (1629 m) à l'ouest et de Destourbes (1543 m) à l'est, séparées par le torrent de Rayaup. Ces montagnes se caractérisent par des sommets et crêtes rocailleuses, dominants des versants d'adrets et d'ubacs bien tranchés.
Le substrat géologique du site est composé par des terrains sédimentaires calcaires, calcaro marneux et marneux, du Crétacé, du Jurassique et du Lias. L'ensemble est recouvert d'éboulis actifs, liés à l'érosion des affleurements rocheux présents, d'éboulis anciens ou fixés et de brèches de pentes. Localement apparaissent également des zones de cargneules du Trias et quelques poches de Lias dolomitique.
Le site est soumis à un climat de moyenne montagne dans une zone de transition entre les affinités provençales plus sèches et ensoleillées à l'ouest et celles des Alpes Maritimes plus humides et avec nébulosité plus abondante, à l'est. Celui ci reste cependant nettement plus marqué et caractérisé par les influences provençales.
Compris entre 650 m et 1660 m d’altitude, ce splendide site de crêtes et montagnes calcaires, s'inscrit dans les étages de végétation supra méditerranéen et montagnard.
Les formations végétales qui caractérisent le site sont très diverses et variées, et associent des complexes de pelouses sèches calcicoles, de fourrés à Buis (Buxus sempervirens), de landes à Genêt cendré (Genista cinerea) et Génévrier commun (Juniperus communis) et de garrigues à Lavande à feuilles étroites (Lavandula angustifolia). Les formations végétales des milieux rocheux, composés de falaises calcaires et d'éboulis, sont également bien présentes. Les massifs forestiers sont constitués de Hêtre (Fagus sylvatica), de Sapin (Abies alba) et plus bas en altitude de Pin sylvestre (Pinus sylvestris), de Pin noir (Pinus nigra) et de Chêne pubescent (Quercus humilis).

Milieux naturels
Le site compte cinq habitats déterminants : les hêtraies et hêtraies sapinières neutrophiles méridionales des Alpes du sud à Trochiscanthe à fleurs nues (Trochiscanthes nodiflora) [all. phyto. Fagion sylvaticae – Asso. phyto. Trochiscantho fagetum (41.17)], les formations végétales des rochers et falaises calcaires ensoleillées liguro apennines à Saxifrage à feuilles en languettes (Saxifraga callosa) et Raiponce de Villars (Phyteuma villarsii) [all. phyto. Saxifragion lingulatae (62.13)], les landes épineuses franco ibériques à Genêt de Villars (Genista pulchella subsp. villarsii) [all. phyto. Genistion lobelii (31.7456)] qui occupent les crêtes au niveau de replats rocheux ventés, les sources pétrifiantes d’eau dure, qui engendrent des concrétions de tuf [all. phyto. Riccardio pinguis Eucladion verticillati et Adiantion capilli veneris (54.12)] et les entrées de grottes et les balmes thermophiles à annuelles [asso. phyto. Anthrisco caucalidis Asperugetum procumbentis et Sedetum alsiniaefoliae) (65)], milieux très ponctuels constitués surtout par une végétation de petites plantes à cycle végétatif bref, dont de nombreuses espèces à forte valeur patrimoniale et en particulier des plantes xérothermophiles relictuelles.
Cinq autres habitats remarquables sont également présents avec les landes épineuses oro méditerranéennes à Astragale toujours verte (Astragalus sempervirens) [all. phyto. Ononidion cenisiae (31.7E)], les pelouses écorchées à Avoine toujours verte (Helictotrichon sempervirens) des Alpes du sud [sous all. phyto. Ononido cristatae Helictotrichenion sempervirentis (36.432)], les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae Cystopteridion fragilis (62.15)], les prairies de fauche d’altitude [all. phyto. Triseto flavescentis Polygonion bistortae (38.3)], et les hêtraies et hêtraies pinèdes sèches sur calcaire [all. phyto. Cephalanthero rubrae Fagion sylvaticae (41.16)].
Ce site compte en outre trois autres habitats d’intérêt patrimonial élevé constitués par les prairies sèches méso xérophiles à Brome dressé (Bromus erectus) [all. phyto. Mesobromion erecti (34.3265)], les pelouses pionnières calcicoles écorchées sur dalles rocheuses calcaires à Orpins (Sedum pl. sp.) et Joubarbes (Sempervivum pl. sp.) [all. phyto. Alysso alyssoidis Sedion albi (34.1)] et les éboulis thermophiles à Calamagrostis argenté (Achnatherum calamagrostis) [all. phyto. Stipion calamagrostis (61.3)].

Flore
Le site comprend sept espèces végétales déterminantes, dont une protégée au niveau national : la Doradille du Verdon (Asplenium jahandiezii), petite fougère endémique de la région du Verdon caractéristique des surplombs des parois calcaires humides et ombragées, historiquement citée et qu’il conviendrait de rechercher. Deux autres sont protégées en Provence Alpes Côte d’Azur : la Sabline cendrée (Arenaria cinerea), caryophyllacée endémique de Provence inféodée aux pelouses et lisières rocailleuses calcaires, et l'Orpin à odeur suave (Sedum fragrans), crassulacée inféodée aux balmes et grottes calcaires, historiquement signalé. Les autres espèces déterminantes connues de ce site sont le Buplèvre de Toulon (Bupleurum ranunculoides subsp. telonense), rencontré le long des lisières rocailleuses de la partie basse du site, la Julienne à feuilles laciniées (Hesperis laciniata), crucifère liée aux rochers, rocailles et landes xériques sur calcaire, la Marguerite de Burnat (Leucanthemum burnatii), petite marguerite inféodée aux crêtes rocailleuses essentiellement des Préalpes du Verdon, le Silène du Valais à feuilles de graminée (Silene petrarchae), endémique à aire très restreinte que l’on pensait jusqu’à il y a peu connue que du Mont-Ventoux mais dont la découverte sur ce site appelle des recherches dans l’ensemble des Préalpes du Verdon. Elle occupe sur le site les pelouses rocailleuses de crêtes.
Par ailleurs, il abrite trois espèces remarquables, dont la Primevère marginée (Primula marginata), spectaculaire plante des parois calcaires protégée nationalement, le Moloposperme du Péloponnèse (Molopospermum peloponnesiacum), grande et spectaculaire ombellifère localisée en France au sud des Alpes, à la bordure sud du Massif Central et aux Pyrénées orientales, et la Passerine dioïque (Thymelaea dioica).

Faune
Le patrimoine faunistique de ce site est d’un intérêt biologique assez marqué puisque seize espèces animales patrimoniales y sont signalées, dont deux sont déterminantes.
L’avifaune nicheuse locale est représentée par le Faucon pèlerin (Falco peregrinus), la Bondrée apivore (Pernis apivorus), l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), le Circaète Jean le Blanc (Circaetus gallicus), le Faucon hobereau (Falco subbuteo), le Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, la Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), la fauvette grisette (Sylvia communis), l’Alouette lulu (Lullula arborea) le Bruant fou (Emberiza cia), les Pics noir (Dryocopus martius) et épeichette (Dendrocopos minor) ou encore le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax).
Les peuplements d’insectes se caractérisent par la présence d’une espèce déterminante : le Criquet de la Bastide (Chorthippus binotatus daimei), sous espèce remarquable et endémique de Haute Provence et des Alpes du sud, peuplant les landes et pelouses des versants montagneux. Deux espèces remarquables l’accompagnent : l’Apollon (Parnassius apollo), liée aux milieux ouverts et rocheux en montagne, et la Leptophye provençale (Leptophyes laticauda), sauterelle localisée et rare d’Europe méridionale et centrale, qui affectionne les fourrés en bordure de cours d’eau.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF
Cette ZNIEFF de type 2 englobe la ZNIEFF de type 1 suivante : «Clue de Chasteuil (partie est)   Barre Rousse».
La pression pastorale, qui tend actuellement à se réduire, conduit dans les pelouses sèches à l’installation d’une végétation ligneuse comprenant des landes et des fourrés, précurseur de l’installation de boisements de Pin sylvestre (Pinus sylvestris). Ce stade végétal ultime présente quelques inconvénients : risques d'incendies accrus, banalisation du paysage, diminution de la biodiversité, réduction de l'espace pastoral et de sa valeur.
Une grande prudence est de rigueur dans la gestion et l’exploitation des massifs forestiers.

Commentaires sur la délimitation

Le site englobe deux petits massifs de moyenne montagne établis au sud de Castellane. Si les motivations de la délimitation de cette ZNIEFF sont avant tout d’ordre fonctionnel, de façon à inclure des habitats et populations d’espèces à forte valeur patrimoniale, le positionnement de ses limites est établi au mieux sur des repères visuels marqués et sur des éléments topographiques ou géographiques importants : ruptures de pentes, talwegs, crêtes secondaires, réseau routier local, dessertes, lisières, etc.