ZNIEFF 930020054
LA BLÉONE ET SES PRINCIPAUX AFFLUENTS (LES DUYES, LE GALÈBRE, LE BÈS, LE BOUINENC) ET LEURS RIPISYLVES

(n° régional : 04147100)

Commentaires généraux

Description
Localisé dans la partie centrale du département des Alpes de Haute Provence, ce site filiforme correspond au cours de la Bléone et de ses principaux affluents (les Duyes, le Galèbre, le Bès, le Bouinenc) et leurs ripisylves. Il s‘étend sur plus de 180 kilomètres, depuis le sommet de bassin versant jusqu’à la confluence avec la Durance, un peu au sud de la petite ville de Château Arnoux.
La Bléone et ses principaux affluents drainent un territoire constitué de formations sédimentaires du Secondaire et de la fin du Tertiaire associant des calcaires, marno calcaires, marnes et molasses. Les cours d’eau proprement dits ont constitué d’importants dépôts fluviatiles du quaternaire. Le creusement de la vallée, ainsi que les variations du lit ont laissé d’importantes terrasses alluviales où se sont développées des activités agricoles.
Ce site subit un climat sec et ensoleillé, d’affinité provençale.
Etendu entre 400 m et 2200 m d'altitude, le site s'inscrit dans les étages de végétation supra méditerranéen, montagnard et subalpin supérieur.
Les cours d’eau qui le composent ont formé d’importants lits, où se sont développés de multiples habitats des bords de cours d’eau.
Ce système hydrologique associe une grande variété de milieux et de formations végétales comprenant des bancs de sables et de graviers, dont certains sont végétalisés en partie par des plantes pionnières, des formations riveraines à saules, et quelques lambeaux de cordons boisés en galerie d’Aulne blanc (Alnus incana). Des chênaies pubescentes et des pinèdes sylvestres sont également présentent sur les marges du site, ainsi que des pelouses sèches et des milieux rocheux (éboulis, rocailles,…).

Milieux naturels
De nombreux habitats remarquables, typiques ou représentatifs du site et d’intérêt écologique marqué sont présents : les formations végétales pionnières herbacées des alluvions torrentielles et bancs de graviers méditerranéens à Pavot cornu (Glaucium flavum) [all. phyto. Glaucion flavi (24.225)] imbriqués en mosaïque avec des bancs de graviers sans végétation (24.21), des bancs de sable des cours d’eau colonisés par des groupements amphibies méridionaux (24.34) et des bancs de vase des cours d’eau (24.5), les prairies humides hautes à Reine des près (Filipendula ulmaria) et formations végétales associées [all. phyto. Thalictro flavi Filipendulion ulmariae (37.1)], les fourrés de saules pionniers des berges et alluvions torrentielles à Saule drapé (Salix elaeagnos) et Saule pourpre (Salix purpurea) [all. phyto. Salicion incanae (44.111 et 24.223)], les ripisylves galeries de Saule blanc (Salix alba) [all. phyto. Salicion albae (44.141)], les boisements riverains en galeries d’Aulne blanc (Alnus incana) des rivières montagnardes et submontagnardes des Alpes [all. phyto. Alnion incanae (44.21)] et localement les ripisylves méditerranéennes à peupliers, ormes et frênes [all. phyto. Populion albae (44.61)]. Il possède également des habitats représentatifs des cours d’eau de bonne qualité, à savoir les milieux aquatiques d’eau douce des zones à truite (24.12) et à barbeau (24.14) qui présentent ici un bon état de conservation.
L’écocomplexe fluviatile qui associe, en une mosaïque mouvante d’une riche complexité, le cours d’eau actif, les bras morts d’eau lente, les stades pionniers de colonisation des alluvions, les fourrés arbustifs et les ripisylves mâtures, constitue l’essentiel de l’intérêt du site. De plus les divers habitats forestiers de rives forment des corridors en contact avec les milieux adjacents, notamment les espaces bocagers et boisements de bas de versant.

Flore
Ce site possède dix-sept espèces végétales déterminantes, dont deux protégées au niveau national : la Corbeille d'argent du mont Aurouse (Iberis aurosica) et l’Ancolie de Bertoloni (Aquilegia reuteri), superbe renonculacée endémique des Alpes du Sud-Ouest. Cinq autres espèces déterminantes ont une protection régionale : la Lunaire vivace (Lunaria rediviva), crucifère généralement inféodée aux boisements frais de ravins des étages collinéen supérieur et montagnard, particulièrement rare dans cette région, le Polygale grêle (Polygala exilis), la Violette des collines (Viola collina), la Laîche blanchâtre (Carex curta) et l’Orpin de Montereale (Sedum monregalense). L'Aconit de Burnat (Aconitum napellus subsp. burnatii), le Potamot des tourbières alcalines (Potamogeton coloratus), le Doronic à feuilles cordées (Doronicum pardalianches), le Sisymbre à nombreuses cornes (Sisymbrium polyceratium), espèce historiquement citée, rudérale des abords d’habitation, qui a considérablement régressé suite au bétonnage des villages, l’Oeillet de Séguier (Dianthus seguieri subsp. seguieri), l’Asarum d'Europe (Asarum europaeum), la Fléole rude (Phleum paniculatum), le Pigamon simple (Thalictrum simplex), la Potentille des neiges (Potentilla nivalis) et le Cotonéaster intermédiaire (Cotoneaster x intermedius) constituent les dix autres espèces végétales déterminantes connues du site.
Par ailleurs, il abrite six espèces remarquables, dont trois protégées au niveau national : la Bérardie laineuse (Berardia subacaulis), composée archaïque endémique des Alpes sud occidentales typique des éboulis calcaires à éléments fins, la Primevère marginée (Primula marginata), spectaculaire plante des parois calcaires, protégée au niveau national, et la Gagée jaune (Gagea lutea). Une est protégée en Provence Alpes Côte d’Azur : la Minuartie des rochers (Minuartia rupestris subsp. rupestris) et deux autres espèces sans statut : le Sélin à feuilles de silaus (Katapsuxis silaifolia) et le Sainfoin de Boutigny (Hedysarum hedysaroides subsp. boutignyanum).

Faune
Ce site renferme un cortège faunistique d’un intérêt patrimonial élevé. En effet, ce ne sont pas moins de trente et une espèces animales patrimoniales, dont quatorze déterminantes qui ont été trouvées ici.
Parmi les mammifères d’intérêt patrimonial que l’on peut rencontrer localement, citons le Castor d’Europe (Castor fiber), espèce déterminante à nouveau en expansion après avoir frôlé l’extinction en France, liée aux formations de ripisylves, la Barbastelle d'Europe (Barbastella barbastellus), espèce forestière déterminante, vulnérable et en régression, d’affinité médio-européenne, très résistante au froid, le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), chauve souris remarquable en régression marquée, plutôt thermophile et anthropophile et assez rare en montagne, le Vespère de Savi (Hypsugo savii), espèce rupicole remarquable, chassant dans les milieux forestiers, notamment les ripisylves. Le peuplement avien nicheur est composé d’une série d’espèces tout à fait remarquables : Faucon hobereau (Falco subbuteo), Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), espèce méridionale de montagne présente en limite de ce site, Petit duc scops (Otus scops), Guêpier d’Europe (Merops apiaster), Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), Bruant proyer (Miliaria calandra). L’Aigle royal (Aquila chrysaetos) vient chasser régulièrement sur ce site. Les Poissons d’eau douce sont notamment représentés par l’Apron (Zingel asper), espèce déterminante devenue très rare et menacée d’extinction en France, propre aux cours d’eau clairs, assez rapides, peu profonds, le Toxostome (Chondrostoma toxostoma), espèce remarquable localement représentée ici, le Blageon (Leuciscus soufia), espèce remarquable grégaire des cours d’eau à fonds graveleux et le Barbeau méridional (Barbus meridionalis), espèce remarquable d’affinité méridionale, rare dans les Alpes de Haute Provence mais semble t il en extension, liée aux cours d’eau clairs et bien oxygénés à débit rapide sur substrat de graviers.
Chez les invertébrés patrimoniaux, mentionnons l’Alexanor (Papilio alexanor), espèce déterminante et vulnérable de Lépidoptères Papilionidés, peu abondante, d’affinité méditerranéo montagnarde et propre aux régions accidentées et ensoleillées jusqu’à 1700 m d’alttude, qui est en limite d’aire en région Provence Alpes Côte d’Azur, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce alpine remarquable et en régression de Lépidoptères Papilionidés, relicte de l’ère tertiaire, protégée au niveau européen, habitant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées des étages montagnard à alpin, entre 300 et 2500 m d’altitude, l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), Lépidoptère Lycénidé Polyommatiné vulnérable et déterminant, en régression, plutôt localisé, protégé au niveau européen (directive CEE « Habitats « ), menacé par la destruction de son habitat (les bois clairs et ensoleillés, les prairies, les zones buissonneuses et les friches sèches à Serpolet jusqu’à 1800 m d’alttude), le Sablé provençal (Agrodiaetus ripartii), papillon Lycénidé Polyommatiné déterminant, d’affinité méditerranéo montagnarde et à aire de distribution très fractionnée (localisé à six départements méridionaux et alpins), lié aux pentes rocheuses calcaires, chaudes et pauvres en végétation où sa chenille se nourrit de sainfoins (Onobrychis sp.), en particulier d’Onobrychis saxatilis, la Proserpine (Zerynthia rumina), espèce ouest méditerranéenne déterminante et en régression de Lépidoptères Papilionidés, dont la chenille vit sur l’Aristoloche Aristolochia pistolochia et dont l’adulte fréquente les pentes sèches, éboulis et coteaux pierreux, chauds et ensoleillés jusqu’à 1500 m d’alttude, la Diane (Zerynthia polyxena), espèce déterminante et menacée de Lépidoptères Papilionidés, en régression et devenue assez rare, thermophile, de répartition centre et est méditerranéenne, habitant les ravins, talus herbeux, prairies, garrigues arborées, phragmitaies, ripisylves, bords de cours d’eau jusqu’à 1000 m d’alttude et dont la chenille vit sur l’Aristoloche Aristolochia rotunda (dans une moindre mesure sur A. clematitis, A. sicula et A. pistolochia), l’Ecaille chinée (Euplagia quadripunctaria), espèce remarquable de Lépidoptères Arctiidés, d’affinité méridionale, protégée au niveau européen, des bois clairs et lieux chauds, ensoleillés et rocailleux sur substrat calcaire, souvent à proximité de l’eau, l'Alpestre (Rhegmatophila alpina), espèce déterminante de Lépidoptère Notodontidae, dont les chenilles se nourrissent de saules et de peupliers, le Lucane cerf volant (Lucanus cervus), espèce remarquable de Coléoptères Lucanidés, plutôt forestière et recherchant en particulier les chênaies, le Ropalope lombard (Ropalopus insubricus), Coléoptère Cérambycidé Cérambyciné déterminant, rare et correspondant à une espèce dite « sensible », inféodé aux érables, plus rarement aux aulnes et aux frênes, présent en France presque exclusivement en région Provence Alpes Côte d’Azur, le Clyte à antennes rousses (Chlorophorus ruficornis), Coléoptère Cérambycidé Cérambyciné déterminant, floricole et forestier, du bassin méditerranéen nord occidental, endémique franco ibérique, en limite d’aire orientale dans la région Provence Alpes Côte d’Azur (espèce assez rare dite « sensible »), dont la larve vit surtout dans les chênes (yeuses notamment), le Saphane de Truqui (Drymochares truquii), espèce déterminante vulnérable de Coléoptères Cérambycidés, le Carabe doré Carabus (Autocarabus) auratus honnorati, espèce déterminante dite « vulnérable » de Coléoptères Carabidés, protégée en France et endémique de Provence où on ne le trouve que dans quelques stations du Var, du Vaucluse et des Alpes de Haute Provence, dans les champs, les cultures et les jardins, là où l’intensification de l’agriculture, avec en particulier l’utilisation intensive de pesticides et d’insecticides, ne l’a pas éliminé, le Harpale Harpalus punctipennis, espèce orophile déterminante de Coléoptères Carabidés, endémique des départements des Alpes de Haute Provence et des Alpes Maritimes où elle est très localisée, présente sous les pierres dans les éboulis et les prairies alpines, la Decticelle aptère (Pholidoptera aptera aptera), espèce déterminante d’Orthoptères Tettigoniidés Decticinés, très localisée en France (Alpes de Haute Provence, Alpes Maritimes, Massif Central et Pyrénées Orientales) que l’on rencontre essentiellement dans les lisières, clairières, mégaphorbiaies, fruticées, prairies mésophiles des étages montagnard et subalpin, ainsi que l’Ecrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes), Crustacé Décapode remarquable, en régression et devenu assez rare et localisé en région Provence Alpes Côte d’Azur aujourd’hui.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF
Cette ZNIEFF de type 2 n'englobe pas de ZNIEFF de type 1.
Grace à ses ramifications, Le site permet le transit des espèces végétales et animales, entre la Provence, à partir de la Durance, et l’intérieur des massifs des Alpes de Haute Provence, ce qui se traduit par exemple par la remontée de plantes méditerranéennes ou la descente de plantes alpines.
L’écocomplexe fluviatile qui y est lié présente un important niveau d’organisation étroitement dépendant de la dynamique hydraulique torrentielle et du charriage des alluvions, conditions strictement dépendantes du bon fonctionnement de l’ensemble de son bassin versant. Ainsi par exemple sur le site, il existe d’anciens bras morts et des adoux, qui représentent des refuges indispensables pour la flore et la faune aquatique et fluviale. Les secteurs de lit en tresses maintiennent de nombreux îlots végétalisés, présentant à la fois les premiers stades de la dynamique de végétation indispensables au maintien des espèces pionnières, ainsi que des stades de ripisylves plus évolués, habitat d’espèces spécialisées strictement inféodées aux forêts riveraines humides.
Toutefois, rappelons que cette portion de vallée fait encore l'objet d'aménagements hydrauliques divers et extractions de matériaux alluvionnaires en lit mineur, et que les prélèvements agricoles et les rejets d’eaux usées ne sont pas complètement aux normes. De plus, une multiplicité de dépôts sauvages sont abandonnés dans la ripisylve ou le cours d’eau et contribuent à dégrader le site.
La conservation des ripisylves constitue l'un des enjeux majeur du site en assurant un rôle épurateur des eaux et en permettant le maintien d'habitats indispensables à la survie d'espèces animales et végétales.

Commentaires sur la délimitation

Le site concerne le cours de la Bléone et de ses principaux affluents. Ses limites englobent l’écocomplexe hydrologique fonctionnel incluant les cours d’eau, leurs ripisylves, leurs zones humides associées et leurs zones connexes proches. Cette délimitation, qui englobe des habitats et cortèges d’espèces à très forte valeur biologique, est clairement matérialisée par les zones fortement anthropisées (vergers, cultures, urbanisation, infrastructures) qui sont évidemment exclues. Ces dernières justifient la délimitation par les fortes discontinuités écologiques et paysagères occasionnées.