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ZNIEFF 930020067
CÔTEAUX STEPPIQUES DE L'ARGENTIÈRE-LA-BESSÉE À SAINT-MARTIN-DE-QUEYRIÈRES

(n° régional : 05100144)

Commentaires généraux

Description

Localisé dans la partie nord-est du département des Hautes-Alpes, dans la région du Briançonnais, le site correspond au fond de la vallée de la Haute Durance, entre le massif des Ecrins à l'ouest et le massif du Queyras à l'est.

Il s'étend sur un substrat d'éboulis et de moraines mélangés, où affleurent localement des calcaires et de flyschs.

Localisé dans la zone biogéographique intra-alpine du Briançonnais, il est soumis à un climat montagnard de type continental marqué.

Il s'étend de 990 m à 1522 m d'altitude et est inclus en totalité dans l’étage de végétation montagnard.

Traversé par la Durance et sa ripisylve dans sa partie basse et bordé par des pinèdes sylvestres, ou par des champs ou des mélézeins selon les secteurs, dans sa partie haute, il est caractérisée par les plus belles pelouses d'affinités steppiques des Alpes françaises, au regard de leur diversité biologique et de leur état de conservation. Celles-ci sont établies sur la partie inférieure des versants de la vallée.

Milieux remarquables

Deux habitats déterminants sont représentés. Il s’agit de milieux semi-ouverts thermoxérophiles :

· les pelouses steppiques sub-continentales [all. phyto. Stipo capillatae-Poion carniolicae (34.31)] : cet habitat d'une très grande valeur patrimoniale, apparaît de manière très caractéristique, avec l’ensemble de son cortège floristique, enrichi d'espèces végétales d'origine orientale ;

· les mattorals arborescent à Genévrier thurifère (Junipera thurifera) [Assoc. phyto. Amelanchiero ovalis-Juniperetum thuriferae (32-136)], milieux des Alpes du sud qui présentent un intérêt particulièrement élevé.

Quatre autres habitats remarquables sont présents également : les pinèdes de Pin sylvestre (Pinus sylvestris) [all. phyto. Ononido rotundifolii-Pinion sylvestris (42.53)], boisements se développant sur les versants arides et rocailleux et typiques du climat sec et ensoleillé des vallées internes les plus sèches des Alpes, les bas-marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)], les pelouses pionnières calcicoles écorchées sur dalles rocheuses calcaires à Orpins (Sedum pl. sp.) et Joubarbes (Sempervivum pl. sp.) [all. phyto. Alysso-sedion albi (34.1)], milieux ponctuels disséminés au sein du complexe de pelouses, et les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis (62.15)].

Deux autres habitats caractéristiques, représentatifs du site et présentant un important intérêt écologique sont à remarquer : les prairies sèches méso-xérophiles à Brome dressé (Bromus erectus) [all. phyto. Mesobromion erecti (34.3265)], et les formations riveraines de Saules (44.11)] formant un cordon étroit le long de la Durance.

Flore

La flore du site abrite huit espèces végétales déterminantes, dont trois sont protégées en Provence-Alpes-Côte d’Azur : l'Androsace septentrionalis (Androsace septentrionalis), l'Euphraise visqueuse (Odontites glutinosus), plante hémi-parasite des pelouses sèches dont les populations briançonnaises (les seules françaises) sont excentrées de l'aire sud-est européenne de cette espèce, et la Fraxinelle blanche (Dictamnus albus), belle rutacée des lisières et broussailles sèches. Les autres espèces déterminantes du site sont : le Cynoglosse de Dioscoride (Cynoglossum dioscoridis), l'Astragale d'Autriche (Astragalus austriacus), petite fabacée plus largement répartie en Europe centrale, très rare en France, où elle est localisée aux pelouses d'affinités steppiques des vallées de la Durance et de l'Ubaye, la Pulsatille des montagnes (Pulsatilla montana), belle renonculacée à floraison printanière liée aux pelouses sèches à répartition très restreinte en France, la Potentille inclinée (Potentilla inclinata) et le Cotonéaster de l'Atlas (Cotoneaster atlanticus).

Il abrite également une espèce remarquable protégée au niveau national : la Gagée des champs (Gagea villosa).

Faune

Ce site possède un patrimoine faunistique d’un intérêt assez élevé. Vingt espèces animales patrimoniales, dont quatre déterminantes, le fréquentent.

Chez les mammifères, une espèce déterminante est à signaler, il s’agit du Lynx (Lynx lynx) qui bien que discret semble en expansion dans les Alpes du Sud et une espèce remarquable, le Cerf élaphe (Cervus elaphus).

Chez les oiseaux nicheurs d’intérêt patrimonial, citons : Aigle royal (Aquila chrysaetos), Circaète Jean le blanc (Circaetus gallicus), Chevêche d’Athéna (Athene noctua), Grand-duc d’Europe (Bubo bubo), Cincle plongeur (Cinclus cinclus), Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), Bruant fou (Emberiza cia), Bruant ortolan (Emberiza hortulana), l’Alouette lulu (Lullula arborea), la Huppe fasciée (Upupa epops), la Huppe fasciée (Upupa epops) ou encore le Tichodrome échelette (Tichodroma muraria).

Les insectes d’intérêt patrimonial sont représentés par de nombreuses espèces déterminantes et remarquables, souvent d’affinités médio européenne, euro sibérienne, alpine, boréo alpine ou arctico alpine : la Piéride de la roquette (Euchloe simplonia), espèce remarquable à aire disjointe des Alpes occidentales, Pyrénées et monts Cantabriques, inféodée aux pelouses subalpines où croissent ses plantes hôtes (Biscutella laevigata et Sisymbrium ssp.), l’Alexanor (Papilio alexanor), espèce déterminante et vulnérable de Papilionidé, d’affinité méditerranéo montagnarde et propre aux régions accidentées et ensoleillées, qui est en limite d’aire en région Provence Alpes Côte d’Azur, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce alpine remarquable et en régression de Lépidoptères Papilionidés, protégée au niveau européen, habitant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées des étages montagnard à alpin, entre 300 et 2500 m. d’altitude, le Moiré provençal (Erebia epistygne), espèce méditerranéo-montagnarde dont l’aire de répartition ibéro-provençale est morcelée et restreinte, inféodée aux pelouses sèches à Fétuque cendrée Festuca cinerea, l’Hermite (Chazara briseis), lépidoptère Nymphalidés Satyrinés en forte régression, lié aux milieux très ouverts et secs où croissent ses plantes-hôtes, plusieurs graminées (fétuques et brachypodes), l’Isabelle de France (Actias isabellae), espèce déterminante de Lépidoptères Attacidés, endémique des Hautes-Alpes et des Alpes de Haute-Provence, protégée en France et au niveau européen (directive CEE « Habitats »), habitant les moyennes montagnes à climat sec de type méridional où elle colonise les pentes boisées en Pins sylvestres entre 600 et 1800 m d’altitude, la Zygène Zygaena hilaris, espèce remarquable dite « vulnérable » de Lépidoptères Zygénidés.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 n’est pas incluse dans une ZNIEFF de type 2.

De part sa position le long de la Durance, large vallée glaciaire, qui est une voie importante de pénétration à l’intérieur des Alpes, le site se trouve sur un flux migratoire nord-sud.

L'abandon des cultures ou de l’irrigation et de la fauche sur les anciennes terrasses agraires a conduit à l'installation de pelouses sèches propices à l’établissement de zones de parcours ovins. La pression pastorale tendant actuellement à se réduire, la dynamique de végétation se poursuit par la colonisation d’une végétation ligneuse comprenant des fourrés de Prunier de Briançon (Prunus brigantina) et des mattorals à Genévrier thurifère (Juniperus thurifera), précurseurs de l’installation de boisements de Pin sylvestre (Pinus sylvestris). Ce stade végétal ultime qui accroît les risques d'incendies et banalise le paysage n'est pas encore majoritaire sur ce site.

La dynamique hydraulique de la Durance qui participe au rajeunissement des succession de végétation riveraines, facteur essentiel de maintien de la biodiversité, s’est complètement amoindrie, du fait de la dérivation de la majorité de son débit à des fins hydroélectriques.

Commentaires sur la délimitation

L’assemblage d’habitats rocheux et xérophiles (pelouses sèches, fruticées, boisements thermophiles) et de populations d’espèces à forte valeur patrimoniale est le critère essentiel ayant servi à la délimitation du site, dont le périmètre se cale sur des éléments topographiques marqués et sur des repères géographiques importants (ruptures de pente, routes, dessertes, etc.)