Logos SINP

ZNIEFF 930020165
L'ESTERON

(n° régional : 06145100)

Commentaires généraux

Description de la zone

L’Estéron est une rivière de 1ère catégorie sur l’ensemble de son linéaire. Elle est issue de massifs karstiques à la topographie plissée faisant partie des Préalpes calcaires de Grasse et coule en quasi totalité sur substrat calcaire ou marneux (calcaires, dolomies et marnes jurassiques et crétacés, calcaires, marnes, et sables éocènes, argiles et évaporites du Trias), contrairement à la plupart des autres affluents du Var. Il correspond au 3ème affluent le plus important du Var après la Tinée et la Vésubie. Long de 62 km (120 km avec ses affluents), il prend sa source vers 1 160 m. d’altitude sous le Mont Teillon (1 893 m.) et forme un torrent méditerranéen important riche en affluents. Son bassin versant occupe à de faibles altitudes la façade méridionale de celui du Var sur une superficie de 457 km2. Sa surface en eau couvre quant à elle 53 hectares. Le relief plissé détermine pour ce cours d’eau un profil en long orienté est ouest tout à fait caractéristique où alternent des replats et des brusques ruptures de pente. La pente moyenne de ce cours d’eau est faible. Lors de ces ruptures de pente, le cours d’eau franchit une série de plis anticlinaux en de courtes gorges appelées « clues ». On a recensé 4 grands faciès de cours d’eau sur le bassin de l’Estéron : les tronçons en replats des vals perchés (haut Estéron et affluents surtout), les faciès torrentiels des gorges ou « clues », les replats des parties médiane et aval du bassin, et enfin les ravins ouverts en milieu érosif des têtes de bassin. Les pentes des affluents des hauts vallons et plateaux sont faibles (inférieures à 2 %), d’où les méandres que font ces ruisseaux dont le lit est bien délimité. Les fonds sont variés mais assez fins dans l’ensemble (dalles de calcaires, concrétions, tufs, graviers notamment). Les concrétionnements importants des fonds par précipitation du carbonate de calcium issu du substrat géologique calcaire sont encore accentués par la diminution artificielle des débits dûs aux prélèvements d’eau pour l’arrosage et l’alimentation en eau potable. L’écoulement est très varié avec alternance des faciès lortiques et des faciès plus lentiques. Les eaux sont claires, plutôt fraîches, bien oxygénées et plus ou moins minéralisées, de qualité moyenne (classée 2 à l’aval de Saint Auban et à l’aval de Roquestéron) à bonne (classée 1B sur le reste de son cours). Les affluents de l’Estéron situés en tête de bassin, sur substrat marneux, charrient des quantités assez importantes de matériaux. La diminution des débits conjuguée à l’apport de matériaux a tendance à favoriser un certain réchauffement des eaux de l’Estéron et de ses affluents. Au niveau des clues, les cours d’eau ont creusé un lit étroit dans les roches calcaires ou marno calcaires, la pente peut y devenir très élevée (dépassant 10 %) et leurs eaux restent fraîches, très oxygénées mais plus ou moins claires (particules argileuses issues des marnes, apport d’une forte charge minérale via les émergences karstiques). Dans sa moyenne et sa basse vallées, l’Estéron présente un lit plus large et moins marqué, une pente assez faible (jusqu’à 2 % au maximum), des fonds assez diversifiés (galets, pierres et blocs calcaires et marneux enveloppés d’une matrice de sablons fins) avec des dépôts importants de limons argileux, ainsi que des eaux de teinte verdâtre, assez fraîches, moyennement minéralisées, moins riches en calcium et en hydrogénocarbonates qu’à l’amont, assez claires, avec des apports karstiques. Les eaux de l’Estéron et de ses affluents ont un pH alcalin oscillant entre 8 et 8,5. Elles sont globalement d’excellente qualité physico chimique, surtout à l’amont, et on ne décèle aucune pollution d’origine organique, malgré une très légère augmentation des teneurs en phosphates (PO43 ) en fin d’été. Le taux d’oxygène dissous (O2), souvent voisin de 100 %, est caractéristique d’un torrent de montagne. Les teneurs en potassium (K+), en chlorures (Cl ) et en sodium (Na+) restent faibles dans l’ensemble. Les taux de nitrates (NO3 ), de sels d’azote, de sels de phosphore et de matières en suspension (MES) sont globalement plutôt faibles. La flore aquatique est riche et diversifiée dans les stations de plus faible pente (stations stables) des ruisseaux des vals perchés où elle correspond aux groupements fonticoles typiques des ruisseaux alcali mésotrophes des vals perchés de l’étage montagnard des Préalpes calcaires, ici en limite sud de leur aire de répartition, avec des mousses parfois abondantes et des herbiers d’hydrophytes localement luxuriants. La végétation aquatique s’appauvrit singulièrement dans les tronçons situés plus en aval, là où la torrentialité s’accroît : on note alors la présence d’un périphyton diatomal peu diversifié et peu développé avec des communautés saisonnières d’algues rares, notamment calciphiles.

Sur l’ensemble du cours de l’Estéron, la densité de la faune benthique est moyenne à faible. La diversité en invertébrés benthiques est régulière sur le secteur du Haut Estéron mais n’est pas aussi importante que ce à quoi l’on pouvait s’attendre au regard des caractéristiques a priori favorables du milieu ; on notera ainsi l’absence des plécoptères sétipalpes, qui correspondent aux insectes les plus polluo sensibles. Le peuplement local invertébré aquatique correspond ici au rhithron avec des éléments inféodés aux milieux dystrophes. Ceci est peut être dû à un taux non négligeable de matière organique dissoute et particulaire, en provenance des marais subalcalins situés en amont. Dans la basse vallée de l’Estéron, la diversité des invertébrés benthiques est tout juste moyenne et le peuplement correspond à l’hyporhithron alpin. Sur le plan piscicole, l’Estéron et ses affluents sont caractéristiques du domaine salmonicole. Les faciès de ruisseaux des plateaux sommitaux sur substrat de calcaire franc du secteur du haut Estéron en particulier offrent un excellent niveau de productivité salmonicole. En outre, l’Estéron et tous ses affluents ont été classés comme cours d’eau à migrateurs en 1990. Sur certains affluents, les frayères se trouvent malheureusement colmatées par les matières en suspension issues du lessivage des boues lors des orages. La végétation riveraine locale constitue une mosaïque de formations, elle est ici d’une extrême diversité : celle ci est due au relief plissé, aux différents contrastes d’exposition, à la variété des régimes hydrologiques et des caractéristiques physico chimiques et hydrobiologiques des eaux et à la situation de carrefour biogéographique du bassin de l’Estéron (où se mêlent influences méditerranéenne, provençale, ligure, médioeuropéenne et alpine). Le caractère naturel et « sauvage » de ce cours d’eau, très original à l’échelle du département des Alpes Maritimes, reste ainsi dans l’ensemble visiblement préservé aujourd’hui. C’est en effet par exemple la seule rivière du département des Alpes Maritimes sur laquelle aucun barrage hydro électrique n’a encore été construit. Elle connaît cependant quelques perturbations, notamment de son régime hydrologique et de la qualité physico chimique et hydrobiologique de ses eaux : celles ci correspondent aux rejets domestiques directs et indirects de certaines communes, à l’impact des effluents des stations d’épuration (assez faible cependant), à la surfréquentation pour le canyoning et la baignade et à un étiage estival assez important qu’induisent en partie les nombreux prélèvements effectués le long de ce cours d’eau et destinés à l’alimentation en eau potable et en eau d’irrigation.

Flore et habitats naturels

Dans la partie amont du bassin, l’écoulement faiblement courant à stagnant de certains bras du cours d’eau permet le développement de peuplements de Renoncule à feuilles capillaires (Ranunculus trichophyllus) du Ranunculion aquatilis. Ces ruisseaux calmes sont bordés par des saulaies basses à Saule pourpre (Salix purpurea) et Saule à trois étamines (Salix triandra). Dans la partie moyenne, l’Estéron est bordé par un liseré arboré dominé par l’Aulne blanc (Alnus incana) de l’Alnion incanae. Les terrasses alluviales situées en retrait sont colonisées par des peuplements de Pin sylvestre (Pinus sylvestris). Les berges humides abritent des prairies humides à Molinie bleue (Molinia caerulea subsp. arundinacea) du Molinio arundinaceae-Holoschoenion vulgaris, développées en linéaire. Le lit de l’Estéron s’élargissant et prenant un cours plus torrentiel, des plages d’alluvions grossières sont colonisées par des saulaies à Saule drapé (Salix eleagnos) du Salicion incanae. Le cours d’eau entaille à plusieurs reprises les massifs montagneux calcaires en formant des clues spectaculaires, dans lesquelles il est bordé par de puissantes falaises ornées d’une végétation spécialisée (associations du Saxifragion lingulatae) riche en endémiques des Alpes sud-occidentales, dont la Campanule blanchâtre (Campanula albicans), la Ballote frutescente (Ballota frutescens), la Raiponce de Villars (Phyteuma villarsii). Les ripisylves de la partie aval, d’affinité méditerranéenne marquée (alliance du Populion albae), sont dominées par le Peuplier blanc (Populus alba), le Peuplier noir (Populus nigra), le Saule blanc (Salix alba).

Faune

Ce cours d’eau mal connu des naturalistes, des Alpes Maritimes, héberge au moins 10 espèces animales patrimoniales, dont quatre sont déterminantes.

Au niveau de l’avifaune nicheuse locale, citons en particulier le Faucon pèlerin (Falco peregrinus), un rapace déterminant nicheur au sein des habitats rupestres adjacents au lit de la rivière, l’Aigle royal (Aquila chrysaetos) présent potentiellement au sein des milieux rupestres, le Circaète Jean-le-blanc (Circaetus gallicus) une espèce remarquable nicheuse probable au sein des entités forestières bordant la rivière, le Chevalier guignette (Actitis hypoleucos), espèce paléarctique remarquable, liée aux rivières et torrents à courant rapide, assez localisée et peu abondante comme nicheuse en région P.A.C.A., correspondant à un nicheur assez fréquent localement, notamment dans la moitié aval du cours de l’Estéron, et le Cincle plongeur (Cinclus cinclus), espèce remarquable, liée aux cours d’eau froids, propres et bien oxygénés, à courant plutôt vif, entre 100 et 2 400 m. d’altitude. La Loutre était autrefois présente dans le cours de l’Estéron. Chez les poissons, mentionnons une espèce remarquable d’eau douce, intéressantes et protégées au niveau européen par la directive C.E.E. « Habitats » : le Barbeau méridional (Barbus meridionalis), qui est une espèce d’affinité méridionale, liée aux cours d’eau clairs et bien oxygénés à débit rapide sur substrat de graviers. Ce dernier est le seul poisson capable de vivre dans les faciès de clues et les tronçons à pente soutenue sujets à torrentialité et à faible productivité.

Les insectes d’intérêt patrimonial sont quant à eux représentés par plusieurs Coléoptères intéressants tels que le Carabe de Solier (Carabus solieri), espèce déterminante de Carabidés, protégée en France, très localisée et en régression, endémique de Provence, du sud ouest des Alpes et de Ligurie, recherchant les hêtraies, chênaies, châtaigneraies et pinèdes humides, notamment en terrain argilo siliceux, recouvert d’une épaisse couche de feuilles mortes et d’humus, les éboulis et les pierriers entre 100 et 2 500 mètres d’altitude, le Staphylin Metrotyphlus esteronensis, espèce déterminante de Psélaphidés, endémique de Provence, ou le charançon Pseudomeira ochsi , espèce déterminante de Curculionidés, endémique de la vallée de l’Esteron.

Commentaires sur la délimitation

ZNIEFF qui englobe le cours d'eau et ses dépendances (ripisylves …)