ZNIEFF 930020332
LE CALAVON

(n° régional : 84128100)

Commentaires généraux

Description de la zone

Le Calavon (ou Coulon selon sa localisation) prend sa source vers Banon dans les Alpes de Haute Provence, à 747 m d’altitude. À partir de Viens, il devient vauclusien sur 50 km environ. Après avoir coulé du nord vers le sud, son tracé change d’orientation vers Céreste pour prendre une direction est ouest. De l’entrée des gorges d’Oppedette à Apt, il méandre au pied du grand Luberon. En aval d’Apt, après avoir traversé le canyon de Roquefure, il draine une large plaine synclinale située entre monts de Vaucluse et petit Luberon avant de contourner par l’ouest ce dernier massif pour pénétrer dans la plaine comtadine et se jeter dans la Durance, près de la ville de Cavaillon. Il présente la particularité de s’écouler sur un substratum tantôt entaillé dans des calcaires du Crétacé à faciès urgonien qui ont développé un relief karstique (au niveau de Roquefure), tantôt façonné par les sables issus de la reprise de l’érosion sur les anciennes carrières d’ocre. L’influence du climat méditerranéen sur un bassin versant aussi contrasté explique à la fois les étiages sévères (qui peuvent, certaines années se transformer en assec) et les crues dévastatrices à l’origine d’une reprise du cycle érosif, et donc d’une redéfinition du tracé, principalement dans la traversée des secteurs sableux, ce qui a nécessité des travaux de réaménagement de berges et parfois de cicatrisation.

Cours d’eau à régime torrentiel méditerranéen, le Calavon présente peu de formations à hydrophytes en raison de la très grande irrégularité de son débit. En revanche, les formations à hélophytes y sont bien développées comme d’ailleurs les groupements terrestres. Les sables et les galets décapés par les crues sont colonisés par des herbacées pionnières. Espèces également pionnières, saules et peupliers jouent un rôle fondamental comme initiateur dans l’amorce de la dynamique végétale. En s’éloignant du cours d’eau, on passe de la populaie saulaie à peuplier noir, saule pourpre, saule brun, saule des vanniers et saule drapé à la populaie saulaie à peuplier noir, saule blanc et saule cendré. Ces formations forestières pionnières sont particulièrement bien représentées sur le cours aval du Calavon, alors que sur le cours amont (ainsi qu’à sa confluence avec la Durance) s’exprime une ripisylve plus mature avec la présence du frêne oxyphylle, de l’aulne glutineux et du chêne pubescent.

Mais le cours aval de cet hydrosystème, le plus anthropisé, est sensible et vulnérable en raison d’un faible débit moyen, de pertes souterraines, de prélèvements d’eau à des fins agricoles et industrielles (directement au niveau du cours d’eau ou dans la nappe phréatique), de la pollution et de la présence de cultures qui ont souvent progressé au détriment de la ripisylve. Malgré tous ces impacts, le Calavon, est en train de retrouver un fonctionnement naturel avec reconstitution rapide des écosystèmes dégradés et présence d’éléments biologiques de première importance.

 

Flore et habitats naturels

Situé sur un carrefour biogéographique, le Calavon est soumis, sur son cours aval, à des influences méditerranéennes qui remontent de la Durance, alors qu’en amont d’Apt des éléments à affinités montagnardes apparaissent. Alors que dans les eaux faiblement courantes, on rencontre encore la formation à renoncules aquatiques du Ranunculion fluitantis, les berges du Calavon abritent Juncus sphaerocarpus (jonc à fruits sphériques), en amont d’Apt et à Bonnieux. C’est dans ces mêmes milieux qu’avait été découverte, il y a une vingtaine d’année, au Moulin Brûlé près de Cavaillon, Ranunculus flammula (petite douve). Cette espèce, qui n’a pas été confirmée tout récemment, est toujours rare dans le Midi en général et en région méditerranéenne en particulier. Dès que l’on s’éloigne du lit mineur, le Calavon présente, dans sa partie centrale, entre le Pont Julien et Notre Dame de Lumières, des milieux ouverts sableux, tantôt situés tout près du cours d’eau, tantôt dans les clairières de la ripisylve, sur lesquelles s’exprime une flore xérothermophile, voire steppique. Parmi l’important contingent d’espèces psammophiles, on observe régulièrement Bassia laniflora (bassie à fleurs duveteuses), espèce très rare dont la présence française est pratiquement localisée au département de Vaucluse et qui possède plusieurs localités sur le cours du Calavon (pont Julien, Pied Rousset, près de Notre Dame de Lumières).

 

Faune

Ce cours d’eau présente un très fort intérêt patrimonial sur le plan faunistique avec la présence de 44 espèces animales patrimoniales dont 10 espèces déterminantes.

La vallée du Calavon abrite un peuplement chiroptérologique digne d’intérêt avec des espèces comme le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), espèce remarquable en régression marquée, plutôt thermophile et anthropophile , le Grand Murin(Myotis myotis), espèce déterminante mais localement en régression, le Petit Murin (Myotis blythii) espèce déterminante thermophile occupant des cavités souterraines ou bâtis en reproduction et chassant en milieux ouverts, le Murin à oreilles échancrées (Myotis emarginatus), espèce déterminante glaneuse capturant les mouches et araignées, souvent liée aux milieux rivulaires et très stratifiés, utilisant des gîtes variés en reproduction (bâtiments, cavités, ponts), ainsi qu’une population méditerranéenne, écologiquement intéressante, de Castor d’Europe (15 unités familiales avérées) et le très récent retour de la Loutre sur le Calavon aval. Le Cerf élaphe fréquente aussi cette vallée. 

L’avifaune nicheuse patrimoniale renferme de nombreuses espèces déterminantes et remarquables : Bondrée apivore, Faucon hobereau, Petit Gravelot, Aigrette garzette, Rollier d’Europe, Petit duc scops, Chevêche d’Athéna ou Chouette Chevêche, Martin pêcheur d’Europe, Guêpier d’Europe, Huppe fasciée, Pic épeichette, Monticole bleu, Gobemouche gris et Bruant proyer. 

La vallée du Calavon héberge aussi une population intéressante de Pélobate cultripède, Amphibien très localisé et menacé d’extinction en Provence, ainsi que d’autres espèces remarquables comme la Cistude d'Europe (Emys orbicularis), espèce ayant une répartition lacunaire en Europe, inféodée aux zones humides et localisée en PACA, le Seps strié (Chalcides striatus), espèce à répartition Franco-Ibérique qui fréquente les garrigues, les pelouses et les friches de Provence, sous les pierres et autres gîtes favorables, la Couleuvre à échelons (Zamenis scalaris), espèce à distribution franco-ibérique, typique du cortège provençal et affectionnant les milieux secs et broussailleux et la Couleuvre de Montpellier (Malpolon monspessulanus), espèce du sud de la France, de la péninsule Ibérique et du Maghreb qui affectionne les garrigues ouvertes et les milieux karstiques bien exposés.

Le Blageon, le Barbeau méridional, le Toxostome et l’Anguille d’Europe habitent également ce cours d’eau.

Les neuf espèces d’arthropodes d’intérêt patrimonial sont représentés par :

Des lépidoptères (papillons), avec une espèce déterminante : l’Alexanor (Papilio alexanor), protégée au niveau européen, rare et dont l’aire de répartition est morcelée, inféodée aux éboulis et pentes rocailleuses mais dont la présence demande à être actualisée et quatre espèces remarquables : la Diane (Zerynthia polyxena), espèce méditerranéenne orientale des prairies humides, bordures alluviales boisements mésophiles où croît sa plante hôte locale l'Aristoloche à feuilles rondes (Aristolochia rotunda), la Proserpine (Zerynthia rumina), espèce d’affinité ouest méditerranéenne protégée en France, dont la chenille vit sur l’Aristoloche pistoloche (Aristolochia pistolochia) dans les forêts claires et sur les coteaux pierreux, chauds et ensoleillés jusqu’à 1100 m d’altitude, la Zygène cendrée (Zygaena rhadamanthus),espèce d’affinité ouest méditerranéenne, protégée en France, liée aux friches, garrigues et boisements clairs où croît la plante nourricière locale de sa chenille, la Badasse (Lotus dorycnium),et la Laineuse du prunellier (Eriogaster catax) de la famille des bombyx (Lasiocampidés), de mœurs crépusculaires et d’affinité médio européenne, protégée au niveau européen, globalement rare, sensible aux pesticides, inféodée à divers habitats pré forestiers tels que les lisières forestières, bocages et friches qui serait actuellement à rechercher.

Des odonates (libellules et demoiselles), soit l’Agrion bleuissant (Coenagrion caerulescens), espèce déterminante liée aux eaux courantes claires et ensoleillées, d’affinité méditerranéenne, globalement rare, localisée et menacée en France, la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii), espèce remarquable, protégée en Europe, d’affinité ouest méditerranéenne, dont la larve aquatique se développe au niveau du chevelu racinaire des arbres rivulaires des cours d’eau de plaine et certains lacs bordés par la ripysylve, le Sympétrum du Piémont (Sympetrum pedemontanum), espèce remarquable des canaux et cours d'eau intermittents, peu commune en France et dont le bassin de la Durance représente un bastion.

Signalons également la présence de l’Ecrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes), espèce remarquable de crustacés décapodes en régression, devenue rare et localisée au niveau régional.

Enfin concernant les mollusques, il convient de signaler la présence de la Perlée massue (Charpentieria itala punctata), clausilie remarquable habitant les forêts de feuillus et les vieux murs en contexte boisé et dont les populations en agrégat sont morcelées en France, les données contemporaines étant seulement situées en région PACA, du Vaucluse aux Alpes-Maritimes et l'Hélicon méridional (Corneola squamatina), escargot remarquable à la distribution énigmatique, présent seulement au nord de l'Espagne et en France au sud d'une diagonale entre Angers et Forcalquier. En PACA, il se trouve en limite d'aire de répartition, et vit dans les fissures des vieux murs et rochers en milieux boisés humides.

Commentaires sur la délimitation

Dans le but de maintenir le continuum de l’hydrosystème, la ZNIEFF prend en compte la totalité du lit mineur et du lit majeur.

Les limites au niveau des berges s’appuient sur les zones cultivées exclues de la ZNIEFF. En revanche, elle englobe les pelouses psammophiles caractéristiques de ce cours d’eau.

Le canyon de Roquefure, dans lequel s’inscrit le Calavon, a été exclu de la ZNIEFF car il fait partie intégrante de la ZNIEFF Karst de Roquefure.

La traversée de la zone d’Apt-est n’est pas prise en compte à cause du mitage urbain, de l’endiguement du lit mineur et de l’assèchement du cours d’eau qui font disparaître tout intérêt patrimonial biologique.

Les sites perturbés sur Cavaillon ont été retenus dans la ZNIEFF car ils témoignent d’une réversibilité vers le milieu naturel initial importante (réinstallation de mégaphorbiaies).