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ZNIEFF 930020364
MASSIF DU GRAND COYER - GORGES DE SAINT-PIERRE - FORÊT DOMANIALE DU HAUT VERDON - LE COURRADOUR

(n° régional : 04126100)

Commentaires généraux

Description
Localisé sur la bordure est du département des Alpes de Haute Provence, à la limite avec celui des Alpes Maritimes, ce site est établi à l’est du village de Thorame Haute. Il englobe une série de crêtes et de vallons qui se raccordent au sommet du Grand Coyer localisé au centre est de celui ci.
Sur le plan géologique, les parties est et nord est du site (Tête du Lançonet, massifs du Grand et du Petit Coyer) sont constituées de grès d’Annot, partiellement recouverts de vastes éboulis et cônes d’éboulis encore actifs et de larges dépôts glaciaires, issus de l’ancien glacier du Verdon. Ses parties ouest et sud sont quant à elles constituées de roches sédimentaires du Crétacé supérieur, comprenant notamment des marnes noires (ou « robines ») du Gargasien, et des calcaires marneux du Barrémien. D’importants dépôts glaciaires, ainsi que de vastes zones d’éboulis recouvrent également ces formations.
Le site est soumis à un climat de montagne dans une zone de transition entre les affinités provençales plus sèches et ensoleillées à l'ouest et celles des Alpes Maritimes plus humides et avec nébulosité plus abondante, à l'est.
Le site a son point culminant à 2693 m, au sommet du Grand Coyer. Débutant à environ 700 m d'altitude, le site s'inscrit dans les étages de végétation supra méditerranéen, montagnard subalpin et alpin.
Sa végétation comprend des formations forestières diversifiées, associant des pinèdes de Pin noir (Pinus nigra) et de Pin sylvestre (Pinus sylvestris), des mélèzins et localement quelques pessières, sapinières et hêtraies. Les prairies sèches, les fruticées, les prairies et landes subalpines, les pelouses et rocailles alpines, les formations rases des combes à neige, les bas marais, les éboulis et les escarpements rocheux sont également des composantes importantes de ce site très diversifié.

Milieux remarquables
Cinq milieux déterminants, d’une grande richesse, sont présents : les éboulis calcaires fins, représentés notamment par des formations à Bérardie laineuse (Berardia subacaulis) [assoc. phyto. Berardietum lanuginosi (61.2322)], les pelouses à Avoine toujours verte (Helictotrichon sempervirens) et Fétuque dimorphe (Festuca dimorpha) [all. phyto. Avenion sempervirentis (36.432)], les hêtraies et hêtraies sapinières neutrophiles méridionales des Alpes du sud à Trochiscanthe à fleurs nues (Trochiscanthes nodiflora) [all. phyto. Fagion sylvaticae – Asso. phyto. Trochiscantho fagetum (41.17)], les matorrals arborescents à Genévrier thurifère (Juniperus thurifera) [Assoc. phyto. Amelanchiero ovalis Juniperetum thuriferae (32 136)] et les bas marais pionniers arctico alpins à Laîche bicolore (Carex bicolor) [all. phyto. Caricion incurvae (54.3)], milieux d'une très grande valeur patrimoniale.
De nombreux autres habitats remarquables et représentatifs sont également présents. Ce sont : les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae Cystopteridion fragilis (62.15)], les éboulis calcaires alpins [all. phyto. Thlaspion rotundifolii (61.2)], les mélèzins ou forêts de Mélèze (Larix decidua) (42.3), les landes épineuses oro méditerranéennes à Astragale toujours verte (Astragalus sempervirens) [all. phyto. Ononidion cenisiae (31.7E)], les pelouses calcicoles alpines et subalpines à Séslérie bleutée (Sesleria caerulea) et Laîche toujours verte (Carex sempervirens) [all. phyto. Seslerion caeruleae (36.4)], les prairies de fauche d’altitude [all. phyto. Triseto flavescentis Polygonion bistortae (38.3)] et les bas marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)].

Flore
Ce site est d’une extraordinaire richesse floristique, avec trente-six espèces végétales déterminantes, dont treize sont protégées au niveau national : la Berce naine (Heracleum pumilum), petite ombellifère des éboulis calcaires alpins et subalpins, endémique delphino provençale, l’Epipogon sans feuilles (Epipogium aphyllum), rare orchidée forestière des boisements montagnards denses et ombragés, l’Inule variable (Inula bifrons), composée à fleurs jaunes des lisières et broussailles sèches, la Corbeille d'argent du mont Aurouse (Iberis aurosica) et la Corbeille d'Argent de De Candolle (Iberis nana), deux crucifères endémiques des Alpes du Sud-Ouest inféodés aux éboulis calcaires d’altitude, la Laîche bicolore (Carex bicolor), rare cypéracée des marécages arctico alpins froids d’altitude, l’Adonis des Pyrénées (Adonis pyrenaica), renonculacée pyrénéo alpine des éboulis calcaires, rarissime dans les Alpes où elle ne compte que trois foyers localisés de populations, l’Ancolie de Bertoloni (Aquilegia reuteri), superbe renonculacée endémique des Alpes du Sud-Ouest, la Gagée naine (Gagea minima), très rare liliacée connue dans les Alpes françaises que des Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes et du Var, où elle occupe des prairies grasses et des sous-bois à tendance nitrophile, la Pivoine officinale (Paeonia officinalis subsp. huthii), plante spectaculaire des bois clairs, lisières et landes, la Rhapontique à feuilles d'Aunée (Rhaponticum heleniifolium subsp. heleniifolium), et deux espèces historiquement signalées et à rechercher dans les marécages pour l'Avoine odorante (Hierochloë odorata) et sur les falaises ombragées pour la Raiponce de Villars (Phyteuma villarsii), campanulacée endémique des Préalpes du Verdon occupant les parois calcaires. Par ailleurs onze autres espèces végétales déterminantes sont protégées en région Provence-Alpes-Côte d’Azur : le Potamot des Alpes (Potamogeton alpinus), le Potamot allongé (Potamogeton praelongus), rarissime plante aquatique présente dans cinq lacs des Alpes, la Vesce du mont Cusna (Vicia cusnae), remarquable légumineuse des éboulis calcaires dont il s’agit ici de la seule station départementale et de l’une des deux stations françaises connues, le Jonc arctique (Juncus arcticus), plante arctico alpine rare des marécages et bords de ruisselets, le Saxifrage fausse diapensie (Saxifraga diapensioides), l’Orpin de Montereale (Sedum monregalense), la Dauphinelle fendue (Delphinium fissum), rare renonculacée des rocailles et éboulis xériques, la Sabline cendrée (Arenaria cinerea), caryophyllacée endémique de Provence inféodée aux pelouses et lisières rocailleuses calcaires, la Centaurée couchée de Jordan (Centaurea jordaniana subsp. jordaniana), astéracée endémique liée aux grès d’Annot, le Dactylorhize couleur de sang (Dactylorhiza incarnata subsp. cruenta) et la Joubarbe d'Allioni (Sempervivum globiferum subsp. allionii), qu’il conviendrait de retrouver sur le site.
Les autres espèces déterminantes de ce site sont : le Doronic à feuilles cordées (Doronicum pardalianches), la Biscutelle à tige courte (Biscutella brevicaulis), crucifère des éboulis et rocailles calcaires, l’Oeillet à tiges courtes (Dianthus subacaulis), caryophyllacée des pelouses rocailleuses et des éboulis calcaires, le Sainfoin de Briançon (Hedysarum brigantiacum), légumineuse récemment décrite, le Gaillet grêle (Galium aparine subsp. tenerum), le Rhinanthe (Rhinanthus pseudoantiquus), la Scrophulaire printanière (Scrophularia vernalis), le Streptope à feuilles embrassantes (Streptopus amplexifolius), le Scirpe de Hudson (Trichophorum alpinum), rare cypéracée des bas marais arctico alpins, le Pied d'alouette douteux (Delphinium dubium), spectaculaire renonculacée des mégaphorbiaies subalpines, des aulnaies vertes et des prairies fraiches, l'Oeillet de Séguier (Dianthus seguieri subsp. seguieri) et le Cotonéaster intermédiaire (Cotoneaster x intermedius).
Par ailleurs, il abrite dix espèces végétales remarquables, dont trois protégées au niveau national : la Bérardie laineuse (Berardia subacaulis), composée archaïque endémique des Alpes sud occidentales typique des éboulis calcaires à éléments fins, la Primevère marginée (Primula marginata), spectaculaire plante des parois calcaires et la Gagée des champs (Gagea villosa). La Minuartie des rochers (Minuartia rupestris subsp. rupestris), quant à elle, est protégée au niveau régional. Enfin, parmi les espèces remarquables du site, on peut noter : le Sélin à feuilles de silaus (Katapsuxis silaifolia), le Moloposperme du Péloponnèse (Molopospermum peloponnesiacum), grande et spectaculaire ombellifère localisée en France au sud des Alpes, à la bordure sud du Massif Central et aux Pyrénées orientales, le Sainfoin de Boutigny (Hedysarum hedysaroides subsp. boutignyanum), la Gentiane de Schleicher (Gentiana schleicheri), l’Odontitès de Provence (Odontites luteus subsp. provincialis) et l’Euphorbe de Canut (Euphorbia hyberna subsp. canutii).
 

Faune
Ce site possède un patrimoine faunistique d’un intérêt biologique élevé, puisqu’il compte pas moins de vingt-huit espèces animales patrimoniales, dont huit sont déterminantes.
Les représentants locaux les plus illustres des mammifères sont le Cerf élaphe (Cervus elaphus) et le Bouquetin des Alpes (Capra ibex). Le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros) ainsi que l’Oreillard montagnard (Plecotus macrobullaris), espèces remarquables, sont les seuls représentants des Chiroptères.
En ce qui concerne l’avifaune nicheuse du site, elle renferme des espèces telles que l’Autour des palombes (Accipiter gentilis), l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), le Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, la Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), espèce méridionale de montagne recherchant les versants montagneux ouverts et ensoleillés avec des barres rocheuses, semble-t-il en régression, le Lagopède alpin (Lagopus mutus), la Gélinotte des bois (Bonasa bonasia), espèce remarquable menacée et en régression, d’origine arctique, relique de l’époque glaciaire dans les Alpes, qui occupe les reliefs de croupes et de crêtes, fréquemment déneigées et balayées par le vent, le Pic noir (Dryocopus martius), la Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus), la Chevêche d’Athena (Athene noctua), le Grand-duc d’Europe (Bubo bubo), le Monticole de roche (Monticola saxatilis), le Crave à bec rouge (Pyrhhocorax pyrrhocorax), le Bruant fou (Emberiza cia), et le Bruant ortolan (Emberiza hortulana).
L’herpétofaune locale est notamment représentée par la prestigieuse Vipère d’Orsini (Vipera ursinii), espèce déterminante d’affinité orientale aujourd’hui rare, très localisée, en régression et menacée d’extinction en France, liée aux pelouses rocailleuses à genévriers, et le Lézard des souches (Lacerta agilis), espèce déterminante très rare au niveau régional, qui peuple localement certaines pelouses subalpines.
Quant aux invertébrés patrimoniaux, citons notamment : l’Alexanor (Papilio alexanor), espèce déterminante de lépidoptère méditerranéeo montagnard, protégée au niveau européen, rare et peu abondante, d’affinité méditerranéo asiatique, inféodée aux pentes sèches et éboulis où croît sa plante hôte principale Ptychotis saxifraga, le Semi apollon (Parnassius mnemosyne), espèce déterminante protégée au niveau européen, d'affinité montagnarde et liée à la présence de corydales, qui fréquente les pelouses et les lisières forestières, surtout entre 1000 et 2000 mètres d’altitude, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable relicte de l’ère tertiaire, protégée au niveau européen, habitant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m d’altitude, la Piéride de la roquette (Euchloe simplonia), espèce remarquable à aire disjointe des Alpes occidentales, Pyrénées et monts Cantabriques, inféodée aux pelouses subalpines où croissent ses plantes hôtes (Biscutella laevigata et Sisymbrium ssp.).
Quant aux coléoptères, citons l’Otiorrhynque Otiorhynchus stomachosus, espèce déterminante de la famille des charançons (Curculionidés) endémique des pierriers de l’étage alpin des trois départements alpins de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (06, 04, 05), le Carabe doré Carabus auratus honnorati, sous espèce remarquable, protégée en France et endémique de Provence où on ne le trouve que dans quelques stations du Var, du Vaucluse et des Alpes-de-Haute-Provence, dans les champs, les cultures et les jardins, là où l’intensification de l’agriculture, avec en particulier l’utilisation intensive de pesticides et d’insecticides, ne l'a pas éliminé, le Carabe de Solier (Carabus solieri), espèce déterminante de coléoptère endémique des Alpes occidentales et de Ligurie, qui fréquente surtout les pelouses subalpines et lisières forestières des étages montagnards et subalpins ou encore la cantharide Malthinus pseudobiguttatus, espèce déterminante de Cantharidés, endémique régional distribuée de la Sainte-Baume au Queyras.
Chez les Hémiptères, notons la présence du pentatome Carpocoris melanocerus, espèce déterminante et rare de punaise (hémiptères hétéroptères).
Notons enfin pour les orthoptères le Criquet de la Bastide (Chorthippus binotatus daimei), sous espèce remarquable endémique de Haute Provence et des Alpes du sud, peuplant les landes et pelouses des versants montagneux et le Dolichopode dauphinois (Dolichopoda azami), espèce cavernicole remarquable, endémique franco italienne du sud ouest des Alpes, assez répandue, troglophile, hygrophile et lucifuge, liée aux grottes, aux galeries de mines, aux cavités sombres et humides, aux fentes des rochers, aux coins obscurs et humides des maisons, et pour les odonates (libellules), le Cordulégastre bidenté (Cordulegaster bidentata), espèce remarquable de grande taille, inféodée par sa larve aquatique aux ruisseaux des versants pentus des montagnes sud européennes.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF
Cette ZNIEFF de type 2 englobe la ZNIEFF de type 1 suivante : «04_126_163   Le Grand et le Petit Coyer   lacs de Lignin   gorges de Saint Pierre   forêt de l'Orgéas   bois des Frousts   montagne de Mouriès   la Cougnasse».

Commentaires sur la délimitation

La délimitation du site repose ici sur une logique de massif, incluant le Grand Coyer, ainsi que les crêtes et vallées qui rayonnent autour. Il englobe une série d’habitats et de populations d’espèces à très forte valeur patrimoniale. Dans son ensemble, sa délimitation repose sur la topographie et localement sur des repères géographiques remarquables, tels que hautes crêtes, talwegs, dessertes, etc. Côté est, sa délimitation coïncide avec la ligne des plus hautes crêtes et s’appuie sur le pourtour départemental mitoyen avec les Alpes Maritimes.