ZNIEFF 930020365
LE GRAND ET LE PETIT COYER - LACS DE LIGNIN - GORGES DE SAINT-PIERRE - FORÊT DE L'ORGÉAS - BOIS DES FROUSTS - MONTAGNE DE MOURIÈS - LA COUGNASSE

(n° régional : 04126163)

Commentaires généraux

Description
Localisé dans la partie la plus orientale du département des Alpes de Haute Provence, à la limite avec celui des Alpes Maritimes, ce site est établi principalement sur les communes de Colmars, Beauvezer et Thorame Haute. Il englobe une série de crêtes comprises entre les sommets du Laupon et du Grand Coyer, ainsi que leurs versants adjacents.
Sur le plan géologique, les parties est et nord est du site (Tête du Lançon et les massifs du Grand et du Petit Coyer) sont constituées de grés d’Annot, partiellement recouverts de vastes éboulis et cônes d’éboulis encore actif et de larges dépôts glaciaires issus du glacier du Verdon. Ses parties ouest et sud sont, quant à elles, constituées de roches sédimentaires du Crétacé supérieur comprenant notamment des marnes noires (ou “robines”) du Gargasien, et des calcaires marneux du Barrémien. D’importants dépôts glaciaires, ainsi que de grandes zones d’éboulis recouvrent également ces formations.
Du point de vue climatique, le site se localise dans une zone de transition entre le climat sec et ensoleillé d'affinités provençales à l'Ouest et celui des Alpes Maritimes plus humide avec nébulosité abondante à l'Est.
Le site possède son point culminant à 2693 m, au Grand Coyer. Etendu entre 1250 m et près de 2700 m d'altitude, il s'inscrit dans les étages de végétation montagnard, subalpin et alpin.
Sa végétation forestière comprend une importante diversité de boisements variés associant des pinèdes de Pin noir (Pinus nigra) et de Pin sylvestre (Pinus sylvestris), des mélèzins, des hêtraies, et ça et là quelques bois de Chêne pubescent (Quercus humilis). Les pelouses sèches et rocailleuses, les éboulis et les falaises, ainsi que les zones humides sont également des composantes importantes du paysage de ce site très diversifié.

Milieux remarquables
Cinq milieux déterminants, d’une grande richesse, sont présents : les éboulis calcaires fins, représentés notamment par des formations à Bérardie laineuse (Berardia subacaulis) [assoc. phyto. Berardietum lanuginosi (61.2322)], les pelouses à Avoine toujours verte (Helictotrichon sempervirens) et Fétuque dimorphe (Festuca dimorpha) [all. phyto. Avenion sempervirentis (36.432)], les hêtraies et hêtraies sapinières neutrophiles méridionales des Alpes du sud à Trochiscanthe à fleurs nues (Trochiscanthes nodiflora) [all. phyto. Fagion sylvaticae – Asso. phyto. Trochiscantho fagetum (41.17)], les matorrals arborescents à Genévrier thurifère (Juniperus thurifera) [Assoc. phyto. Amelanchiero ovalis Juniperetum thuriferae (32 136)] et les bas marais pionniers arctico alpins à Laîche bicolore (Carex bicolor) [all. phyto. Caricion incurvae (54.3)], milieux d'une très grande valeur patrimoniale.
De nombreux autres habitats remarquables et représentatifs sont également présents. Ce sont : les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae Cystopteridion fragilis (62.15)], les éboulis calcaires alpins [all. phyto. Thlaspion rotundifolii (61.2)], les mélèzins ou forêts de Mélèze (Larix decidua) (42.3), les pinèdes sylvestres sèches supra méditerranéennes [all. phyto. Cephalanthero rubrae Pinion sylvestris (42.59)], les landes épineuses oro méditerranéennes à Astragale toujours verte (Astragalus sempervirens) [all. phyto. Ononidion cenisiae (31.7E)], les pelouses calcicoles alpines et subalpines à Séslérie bleutée (Sesleria caerulea) et Laîche toujours verte (Carex sempervirens) [all. phyto. Seslerion caeruleae (36.4)], les prairies de fauche d’altitude [all. phyto. Triseto flavescentis Polygonion bistortae (38.3)] et les bas marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)].

Flore
Le site est d’une richesse floristique exceptionnelle et abrite vingt sept espèces végétales déterminantes. Douze d’entre elles sont protégées au niveau national : l'Avoine odorante (Hierochloe odorata), rarissime graminée des pelouses tourbeuses et marécages boréo-alpins inscrite au Livre Rouge National des plantes menacées, la Berce naine (Heracleum pumilum), petite ombellifère des éboulis calcaires alpins et subalpins, endémique delphino provençale, l’Epipogon sans feuilles (Epipogium aphyllum), rare orchidée forestière des boisements montagnards denses et ombragés, l’Inule variable (Inula bifrons), composée à fleurs jaunes des lisières et broussailles sèches, la Corbeille d'argent du mont Aurouse (Iberis aurosica) et la Corbeille d'Argent de De Candolle (Iberis nana), deux crucifères endémique des Alpes du Sud-Ouest liées aux éboulis calcaires d’altitude, la Laîche bicolore (Carex bicolor), rare cypéracée des marécages arctico alpins froids d’altitude, l’Adonis des Pyrénées (Adonis pyrenaica), renonculacée pyrénéo alpine des éboulis calcaires, rarissime dans les Alpes où elle ne compte que trois foyers localisés de populations, la Gagée naine (Gagea minima), très rare liliacée connue dans les Alpes françaises que des Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes et du Var, où elle occupe des prairies grasses et des sous-bois à tendance nitrophile, la Pivoine officinale (Paeonia officinalis subsp. huthii), plante spectaculaire des bois clairs, lisières et landes, la Rhapontique à feuilles d'Aunée (Rhaponticum heleniifolium subsp. heleniifolium) et l’Ancolie de Bertoloni (Aquilegia reuteri), superbe renonculacée endémique des Alpes du Sud-Ouest. Sept autres sont protégées en Provence Alpes Côte d’Azur : le Dactylorhize couleur de sang (Dactylorhiza incarnata subsp. cruenta), le Potamot des Alpes (Potamogeton alpinus), le Potamot allongé (Potamogeton praelongus), la Vesce du mont Cusna (Vicia cusnae), remarquable légumineuse des éboulis calcaires dont il s’agit ici de la seule station départementale et de l’une des deux stations françaises connues, le Jonc arctique (Juncus arcticus), plante arctico alpine rare des marécages et bords de ruisselets, l’Orpin de Montereale (Sedum monregalense) et la Dauphinelle fendue (Delphinium fissum), rare renonculacée des rocailles et éboulis xériques. Les autres espèces végétales déterminantes connues du site : le Doronic à feuilles cordées (Doronicum pardalianches), le Gaillet grêle (Galium aparine subsp. tenerum), la Scrophulaire printanière (Scrophularia vernalis), le Scirpe de Hudson (Trichophorum alpinum), rare cypéracée des bas marais arctico alpins, le Pied d'alouette douteux (Delphinium dubium), spectaculaire renonculacée des mégaphorbiaies subalpines, des aulnaies vertes et des prairies fraiches, l'Oeillet à tiges courtes (Dianthus subacaulis), caryophyllacée des pelouses rocailleuses et des éboulis calcaires, le Rhinanthe pseudo-anthique (Rhinanthus pseudoantiquus), endémique à aire très restreinte décrite il y a peu dans le secteur du Col des Champs, et le Cotonéaster intermédiaire (Cotoneaster x intermedius).
Par ailleurs, il abrite sept espèces végétales remarquables dont deux sont protégées au niveau national : la Bérardie laineuse (Berardia subacaulis), composée archaïque endémique des Alpes sud occidentales typique des éboulis calcaires à éléments fins, et la Primevère marginée (Primula marginata), spectaculaire plante des parois calcaires. La Minuartie des rochers (Minuartia rupestris subsp. rupestris) est, quant à elle, protégée au niveau régional. Le Sélin à feuilles de silaus (Katapsuxis silaifolia), le Moloposperme du Péloponnèse (Molopospermum peloponnesiacum), grande et spectaculaire ombellifère localisée en France au sud des Alpes, à la bordure sud du Massif Central et aux Pyrénées orientales, le Sainfoin de Boutigny (Hedysarum hedysaroides subsp. boutignyanum) et la Gentiane de Schleicher (Gentiana schleicheri) constituent les autres espèces remarquables du site.

Faune
Ce site est doté d’un cortège faunistique d’intérêt patrimonial assez élevé, comprenant vingt-trois espèces dont neuf sont déterminantes.
Chez les oiseaux nicheurs, mentionnons la présence d’espèces intéressantes comme l’Autour des palombes (Accipiter gentilis), l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), le Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, le Lagopède alpin (Lagopus mutus), espèce remarquable menacée et en régression, d’origine arctique, relique de l’époque glaciaire dans les Alpes, qui occupe les reliefs de croupes et de crêtes, fréquemment déneigées et balayées par le vent, la Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), espèce méridionale de montagne semble-t-il en régression, recherchant les versants montagneux ouverts et ensoleillés avec des barres rocheuses entre 1400 et 2400 m d’altitude, le Monticole de roche (Monticola saxatilis), le Grand-duc d’Europe (Bubo bubo), le Bruant ortolan (Emberiza hortulana) et la Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus), espèce boréo-alpine forestière et déterminante, des hêtraies, pessières, cembraies et mélézins, plutôt âgés, jusqu’à 2 300 m.
Les mammifères sont représentés par le Bouquetin des Alpes Ongulé déterminant de nette affinité montagnarde et d’intérêt communautaire.
L’herpétofaune locale est prestigieusement représentée par la Vipère d’Orsini (Vipera ursinii), reptile déterminant d’affinité orientale aujourd’hui rare, très localisé, en régression et menacé d’extinction en France, inféodé aux pelouses rocailleuses à genévriers. Notons également la présence du Lézard des souches (Lacerta agilis), espèce déterminante d’affinité médio européenne nordique, des landes, lisières de forêts et prairies herbeuses jusqu’à 2000 m d’altitude, dont les populations régionales, peu nombreuses, sont isolées et fragmentées.Le peuplement entomologique local d’intérêt patrimonial comprend diverses espèces. Chez les Coléoptères, citons le Carabe doré Carabus auratus honnorati, sous espèce remarquable, protégée en France et endémique de Provence où on ne le trouve que dans quelques stations du Var, du Vaucluse et des Alpes de Haute Provence, dans les champs, les cultures et les jardins, là où l’intensification de l’agriculture, avec en particulier l’utilisation intensive de pesticides et d’insecticides, ne l’a pas éliminé, l’Otiorrhynque Otiorhynchus stomachosus, espèce déterminante endémique des pierriers de l’étage alpin des trois départements alpins de la région Provence Alpes Côte d’Azur (06, 04, 05) et le Carabe de Solier (Carabus solieri), espèce déterminante et protégée en France, endémique des Préalpes occidentales et de Ligurie, des pelouses subalpines et lisières forestières aux étages montagnards et subalpins, et plus localement à plus basse altitude dans des pinèdes humides dans les collines azuréennes En ce qui concerne les Lépidoptères, mentionnons le Semi apollon (Parnassius mnemosyne), espèce déterminante protégée au niveau européen, d'affinité montagnarde et liée à la présence de corydales, qui fréquente les pelouses et les lisières forestières, surtout entre 1000 et 2000 mètres d’altitude, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable protégée au niveau européen, habitant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m, le Moiré piémontais (Erebia aethiopella), lépidoptère déterminant endémique franco italien cantonné aux Alpes occidentales, inféodé aux pelouses alpines sèches à Fétuque paniculée (Festuca paniculata), le Moiré des pierriers (Erebia scipio), espèce remarquable endémique franco italienne des Alpes occidentales, qui fréquente les éboulis calcaires où croît sa plante hôte, l’avoine des montagnes (Helictotrichon sedenense), et la Piéride de la roquette (Euchloe simplonia), espèce remarquable à aire disjointe des Alpes occidentales, Pyrénées et monts Cantabriques, inféodée aux pelouses subalpines où croissent ses plantes hôtes (Biscutella laevigata et Sisymbrium ssp.).
Quant aux orthoptères, ils comprennent en particulier le Criquet de la Bastide (Chorthippus binotatus daimei), sous espèce remarquable endémique de Haute Provence et des Alpes du sud, peuplant les landes claires et les pelouses des versants montagneux.
Concernant les odonates (libellules), notons le Cordulégastre bidenté (Cordulegaster bidentata), espèce remarquable de grande taille, inféodée par sa larve aquatique aux ruisseaux des versants pentus des montagnes sud européennes.
Notons également la présence du pentatome Carpocoris melanocerus, espèce déterminante et rare de punaise (hémiptères hétéroptères).

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF
Cette ZNIEFF de type 1 est incluse dans la ZNIEFF de type 2 «04_126_100   Massif du Grand Coyer   gorges de Saint Pierre   Forêt Domaniale du haut Verdon   le Courradour».

Commentaires sur la délimitation

Le site s’étend de part et d’autre des crêtes du Grand Coyer et englobe plusieurs vallons adjacents. Il inclut des habitats et populations d’espèces à forte valeur patrimoniale. Ses limites s’appuient sur les éléments topographiques, géographiques et paysagers les plus marqués : crêtes principales et secondaires, talwegs, ruptures de pente, sentiers et lisières. Sur sa bordure ouest, les zones récemment reboisées en partie inférieure de versant et d’intérêt biologique moindre ont été exclues.