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ZNIEFF 930020390
VALLON DU GLACIER NOIR - PRÉ DE MADAME CARLE - RÉSERVE NATURELLE DU TORRENT DE SAINT-PIERRE

(n° régional : 05104112)

Commentaires généraux

Description

Etabli dans la partie nord du département des Hautes-Alpes, le site est encadré par les plus hauts sommets du massif des Ecrins : La Barre des Ecrins (4102 m) à l’ouest, et le Mont Pelvoux (3946 m) au sud. Il comprend la branche nord du vallon du Glacier Noir et sa confluence avec le Glacier Blanc, le replat du Pré de Madame Carle et la Réserve Naturelle du Torrent de Saint-Pierre qu’il englobe totalement. Hormis la partie correspondant à cette réserve, la totalité du site est incluse dans la zone centrale du Parc National des Ecrins.

Le substrat géologique est relativement homogène et formé exclusivement de roches siliceuses, dures et massives : granites et gneiss migmatisés, amphibolites et gneiss amphiboliques. Difficilement travaillées par l’érosion, ces roches ont engendré des reliefs vigoureux, aux pentes rocheuses escarpées parcourues de nombreuses failles tectoniques issues de l’orogenèse alpine.

Les phénomènes d’érosion glaciaire ou cryoclastique (action du gel et du dégel), très marqués et encore actifs, sont nettement perceptibles et occupent une place importante dans le paysage. Charriage du Glacier Noir, moraines frontales et latérales, plaine de lavage d’alluvions glaciaires ou « sandur » du Pré de Madame Carle, roches fragmentées par le gel et le dégel… Les cônes d’éboulis et d’avalanches tapissent en nombre le pied des parois et la base des couloirs.

Situé dans la zone biogéographique intra-alpine dauphinoise, le site, d’altitude particulièrement élevée, se trouve compris dans les étages de végétation subalpin, alpin et nival, entre 1850 m et 4102 m.

Si les composantes minérales (glaciers, névés, cônes d’avalanches, moraines, éboulis, charriages torrentiels et hautes parois d’altitude) sont très largement prédominantes sur ce site, aux caractéristiques glaciaires très marquées, les formations végétales n’en sont pas moins présentes en particulier sur sa partie aval, au niveau de la Réserve Naturelle du Torrent de Saint-Pierre et des abords du Pré de Madame Carle. Mélèzins, boisements pionniers de Tremble (Populus tremula), landes à Airelles (Vaccinium pl. sp.), Rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) et Genévrier nain (Juniperus nana), aulnaies vertes des cônes d’avalanches et saulaies arbustives des bords de torrents, pelouses alpines, formations pionnières des alluvions torrentielles à Epilobe de Fleischer (Epilobium fleischeri) ou des moraines et des éboulis, en constituent les unités végétales plus caractéristiques.

Milieux naturels

Un habitat déterminant est présent sur le site de façon ponctuelle. Il s’agit des bas-marais cryophiles d’altitude des bords de sources et suintements à Laîche des frimas (Carex frigida) [assoc. phyto. Caricetum frigidae (54.28)].

De nombreux autres habitats remarquables sont également à remarquer sur ce site. Ce sont en particulier la végétation des rochers et falaises siliceux [all. phyto. Androsacion vandellii et Asplenion septentrionalis (62.2)], les éboulis siliceux alpins [all. phyto. Androsacion alpinae (61.11)], la végétation pionnière des alluvions torrentielles d’altitude [all. phyto. Epilobion fleischeri (24.221)], qui occupe des surfaces conséquentes au niveau du Pré de Madame Carle, les fourrés d’Aulne vert (Alnus alnobetula) [all. phyto. Alnion viridis (31.611)], les saulaies arctico-alpines des pentes rocheuses froides et humides à Saule soyeux (Salix glaucosericea) [all. phyto. Salicion helveticae (31.6211)], les landes à Rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) et Airelles (Vaccinium myrtillus, Vaccinium uliginosum, Vaccinium vitis-idaea) [all. phyto. Rhododendro-Vaccinion et du Loiseleurio procumbentis-Vaccinion microphylli (31.4)], les landes xérophiles d’adret à Genévrier nain (Juniperus nana) [all. phyto. Juniperion nanae (31.43)], et de quelques mélèzins (42.3) dont l’extension se limite à la partie inférieure du site, de part et d’autre du torrent de Saint-Pierre. Aux altitudes supérieures, la couverture végétale est essentiellement constituée de pelouses alpines silicicoles, avec en particulier sur les expositions chaudes des pelouses en gradins des vires rocheuses à Fétuque bigarrée (Festuca acuminata) [all. phyto. Festucion variae (36.333)], des pelouses à Nard raide (Nardus stricta) [all. phyto. Nardion strictae (36.31)] et des pelouses rupicoles à haute altitude sont à Fétuque de Haller (Festuca Halleri) et Laîche toujours verte (Carex sempervirens) appartenant à l’association phytosociologique du Festucetum halleri (36.342)].

Parmi les autres habitats a mentionner, figurent et très ponctuellement les bas-marais acides à Laîche brune (Carex fusca) [all. phyto. Caricion fuscae (54.4)].

Flore

Le site comprend six espèces végétales déterminantes. Quatre sont protégées au niveau national : le Panicaut des Alpes (Eryngium alpinum), le Trèfle des rochers (Trifolium saxatile), plante endémique ouest-alpine, inscrite au Livre Rouge National et désignée à l’annexe 2 de la Directive Habitats, qui croit dans les alluvions torrentielles remaniées et les moraines actives, le Saule à feuilles de myrte (Salix breviserrata) et la Laîche bicolore (Carex bicolor), rare cypéracée des marécages arctico-alpins froids d’altitude. Deux sont protégées en région Provence-Alpes-Côte d’Azur : le Trèfle des rochers (Trifolium saxatile), plante endémique ouest-alpine, inscrite au Livre Rouge National et désignée à l’annexe 2 de la Directive Habitats, qui croit dans les alluvions torrentielles remaniées et les moraines actives et la Laîche fimbriée (Carex fimbriata). Une espèce n’a pas de statut de protection : la Violette de Thomas (Viola thomasiana).

Par ailleurs, le site comprend une espèce végétale remarquable protégée en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur : le Saule pubescent (Salix laggeri), arbuste endémique des Alpes qui pousse dans les alluvions humides et sur les berges de torrents, où il forme des fourrés ripicoles denses.

Faune

Ce site possède un peuplement faunistique d’un intérêt patrimonial relativement élevé. On y a dénombré la présence de dix-neuf espèces animales patrimoniales, dont une espèce d'invertébré déterminante.

Les mammifères locaux d’intérêt patrimonial sont représentés par le Lièvre variable (Lepus timidus), espèce remarquable, relicte de l’époque glaciaire, fréquentant des milieux assez variés (alpages, éboulis, landes, forêts, pelouses, champs, cultures, friches) entre 1200 à 3100 m. Plusieurs espèces remarquables d’oiseaux nicheurs fréquentent ce secteur : l'Aigle royal (Aquila chrysaetos), la Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), espèce méridionale de montagne recherchant les versants montagneux ouverts et ensoleillés avec des barres rocheuses, le Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, le Lagopède alpin (Lagopus mutus), espèce remarquable menacée, d’origine arctique, relique de l’époque glaciaire dans les Alpes, où elle occupe les reliefs de croupes et de crêtes, fréquemment enneigées et balayées par le vent, le Cincle plongeur (Cinclus cinclus), la Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris), le Tichodrome échelette (Tichodroma muraria), espèce paléomontagnarde remarquable et relativement rare, recherchant les gorges et escarpements rocheux, le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), nicheur remarquable peu fréquent, inféodé aux alpages où il vient s’alimenter situés à proximité de falaises où il niche, le Tarin des aulnes (Carduelis spinus), nicheur occasionnel dans le massif, le Venturon montagnard (Carduelis citrinella) et le Sizerin flammé (Carduelis flammea), nicheurs localisés des forêts d'altitude, le Bruant fou (Emberiza cia) et la Niverolle alpine (Montifringilla nivalis), espèce paléomontagnarde remarquable, caractéristique des pelouses avec escarpements rocheux des étages alpin et subnival des massifs montagneux les plus élevés. Le Milan royal (Milvus milvus) et le Gypaète barbu (Gyapeus barbatus) ne fréquentent qu'occasionnellement le site et ne n'y se reproduisent pas.

Les arthropodes d’intérêt patrimonial sont représentés par six espèces déterminantes et remarquables. Il s’agit d’un diplopode (« mille-pattes ») , l’Iule des sables (Ommatoiulus sabulosus), espèce déterminante de grande taille, fréquente en montagne où elle peut dépasser 2000 m d’altitude dans les Alpes, mais globalement localisée en région Provence Alpes Côte d’Azur et d’un cortège de papillons de jour d’affinité montagnarde ou alpine bien caractérisé avec le Semi-apollon (Parnassius mnemosyne), espèce déterminante et protégée au niveau européen, d'affinité montagnarde et liée à la présence de corydales, qui fréquente les pelouses et les lisières forestières, surtout entre 1000 et 2000 mètres d’altitude, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable d'affinité montagnarde, protégée au niveau européen, peuplant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m d’altitude, l'Hespérie des frimas (Pyrgus andromedae), espèce boréo-alpine remarquable de la famille des Hespéridés, localisée et peu abondante dans les Alpes fréquentant les prairies et pelouses d'altitude, entre 1000 et 3000 m. , la Piéride de la roquette (Euchloe simplonia), espèce remarquable à aire disjointe des Alpes occidentales, Pyrénées et monts Cantabriques, inféodée aux pelouses subalpines où croissent ses plantes hôtes des Brassicacées et l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce remarquable et protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti, jusqu’à 2400 m d’altitude.

Fonctionnalité / liens éventuels avec autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 est incluse dans la ZNIEFF de type 2 «05_104_100 - Partie nord-est du massif et du Parc National des Écrins - massif du Combeynot - massif de la Meije Orientale - Grande Ruine - montagne des Agneaux - haute vallée de la Romanche – barre des Ecrins – Mont Pelvoux».

Commentaires sur la délimitation

Les limites du site sont fondées sur la topographie très marquée de haute vallée glaciaire, définie par des crêtes d’altitude élevée. Elles englobent un système fonctionnel correspondant à une plaine de lavage glaciaire importante recelant des espèce à forte valeur patrimoniale.