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ZNIEFF 930020395
VALLON DU COL AGNEL - ADRET DU GRAND QUEYRAS ET UBAC DU PIC DE CARAMANTRAN

(n° régional : 05108136)

Commentaires généraux

Description

Localisée dans la partie est du département des Hautes-Alpes et au sud-est du Parc Naturel Régional du Queyras, le site correspond au vallon du col Agnel et à ses versants proches.

Il se situe dans la partie orientale schisteuse (schistes lustrés de la zone piémontaise) du massif en limite frontalière avec l'Italie que l'on atteint par le célèbre col Agnel.

Localisé dans la zone biogéographique intra-alpine du Briançonnais-Queyras, il est soumis à un climat montagnard de type continental sec, teinté d'influences adriatiques plus humides en provenance de la plaine du Pô.

Débutant à environ 2070 m d'altitude, le site qui culmine à 3150 m près du Pain de Sucre, est inclus essentiellement dans les étages de végétation alpin et nival.

Entouré de crêtes ébouleuses et de barres rocheuses, il est caractérisé par de grandes étendues herbeuses de pâturages et pelouses alpines et par quelques forêts de mélèzes et des étendues de landes extrasylvatiques sur les ubacs.

Milieux remarquables

Les deux habitats déterminants que compte le site sont des milieux humides : les bas-marais cryophiles d’altitude des bords de sources et suintements à Laîche des frimas (Carex frigida) [assoc. phyto. Caricetum frigidae (54.28)] associés en mosaïque avec les bas-marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)] (habitat remarquable) et les ceintures péri-lacustres des lacs froids et mares d’altitude à Linaigrette de Scheuchzer (Eriophorum scheuchzeri) [assoc. phyto. Eriophoretum scheuchzeri (54.41)].

Sept autres habitats remarquables sont également présents : les bas-marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)], les bas-marais acides [all. phyto. Caricion fuscae (54.4)], les éboulis siliceux alpins [all. phyto. Androsacion alpinae et Dryopteridion abbreviatae (61.1)], les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae-Cystopteridion fragilis (62.15)], les mélèzins-cembraies ou forêts de Mélèze (Larix decidua) et de Pin cembrot (Pinus cembra) (42.3), les landes épineuses oro-méditerranéennes à Astragale toujours verte (Astragalus sempervirens) [all. phyto. Ononidion cenisiae (31.7E)], les saulaies arctico-alpines des bas-marais et bords de ruisseaux à Saule arbrisseau (Salix foetida) [all. phyto. Salicion lapponi-glaucosericeae (31.6212)] et des saulaies arctico-alpines des pentes rocheuses froides et humides à Saule soyeux (Salix glaucosericea) [all. phyto. Salicion helveticae (31.6211)],

Flore

La flore du site est d’une grande valeur patrimoniale et recèle de nombreuses espèces végétales. Dix-huit espèces végétales déterminantes sont présentes, dont huit sont protégées au niveau national : la Primevère de Haller (Primula halleri), belle renonculacée à floraison printanière typique des pelouses et rocailles ventées, connue en France de cette unique localité, l'Androsace pubescente (Androsace pubescens), l'Androsace de Vandelli (Androsace vandellii), plante en coussins denses et aux feuilles argentées, affectionnant les rochers culminants sur silice, l'Astragale queue de renard des Alpes (Astragalus alopecurus), fabacée atteignant 1 m de hauteur, à floraison spectaculaire, affectionnant les pelouses et landes d’affinités steppiques, le Saule à feuilles de myrte (Salix breviserrata), le Saule de Suisse (Salix helvetica), la Laîche brun-noirâtre (Carex atrofusca), rare cypéracée des marécages arctico-alpins froids d’altitude et la Laîche bicolore (Carex bicolor), rare cypéracée des marécages arctico-alpins froids d’altitude. Six autre espèces sont protégées en Provence-Alpes-Côte-d’Azur : l'Orchis nain des Alpes (Chamorchis alpina), la Sabline de Clemente (Minuartia rupestris subsp. clementei), le Jonc arctique (Juncus arcticus), plante arctico-alpine rare des marécages et bords de ruisselets, le Pâturin vert glauque (Poa glauca), le Trisète en épi à panicule ovale (Trisetum spicatum subsp. ovatipaniculatum) et le Saxifrage à deux fleurs (Saxifraga biflora). Les autres espèces déterminantes du site sont : le Sainfoin de Briançon (Hedysarum brigantiacum), légumineuse récemment décrite, le Scirpe de Hudson (Trichophorum alpinum), rare cypéracée des bas-marais arctico-alpins, le Pied-d'alouette douteux (Delphinium dubium), spectaculaire renonculacée des mégaphorbiaies subalpines, des aulnaies vertes et des prairies fraîches et le Saxifrage à tige dressée (Saxifraga adscendens).

Le site abrite également six espèces remarquables dont deux sont protégées au niveau national : la Primevère marginée (Primula marginata), spectaculaire plante des parois calcaires et le Scirpe alpin (Trichophorum pumilum), rare cypéracée circumboréale des bas-marais froids d’altitude. La Minuartie des rochers (Minuartia rupestris subsp. rupestris) est, quant à elle, protégée en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Le Genépi noir (Artemisia genipi), la Primevère marginée (Primula marginata), spectaculaire plante des parois calcaires et l'Anémone de Haller (Pulsatilla halleri), belle renonculacée à floraison printanière typique des pelouses et rocailles ventées sont les autres espèces remarquables de ce site.

Faune

Dix huit espèces animales patrimoniales, dont deux sont déterminantes, ont été recensées sur ce site.

Les mammifères sont représentés par une espèce de chauve-souris remarquable, la Vespère de Savi (Hypsugo savii).

En ce qui concerne les oiseaux cinq espèces remarquables ont été recensées, il s’agit du Lagopède alpin (Lagopus mutus), espèce menacée et en régression, d’origine arctique, relique de l’époque glaciaire dans les Alpes, où elle occupe les reliefs de croupes et de crêtes, fréquemment enneigées et balayées par le vent, de l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), du Tichodrome échelette (Tichodroma muraria), espèce inféodée aux milieux rupestres, du Bruant ortolan (Emberiza hortulana) et de la Niverolle alpine (Montifringilla nivalis) .

Les reptiles sont représentés par le Lézard vivipare (Zootoca vivipara).

Pour les insectes, l’Hespérie rhétique (Pyrgus warrenensis), espèce déterminante très rare et localisée, endémique des Alpes, occupant certaines pelouses subalpines et alpines, l’Hespérie du pas-d’âne (Pyrgus cacaliae), espèce remarquable de la famille des Hespéridés, dont la répartition est limitée aux Alpes avec deux isolats en Bulgarie et Roumanie, liée à des potentilles dans les pelouses subalpines, surtout en bordure de zones humides, le Moiré piémontais (Erebia aethiopellus), lépidoptère déterminant endémique franco-italien cantonné aux Alpes occidentales, inféodé aux pelouses alpines sèches à Fétuque paniculée (Festuca paniculata), l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce remarquable et protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti, jusqu’à 2400 m d’altitude, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable d'affinité montagnarde, protégée au niveau européen, peuplant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m d’altitude, le Petit Apollon (Parnassius corybas sacerdos), espèce remarquable et protégée en France, des bords des torrents et autres zones humides des étages subalpin et alpin, dont la chenille est inféodée au Saxifrage faux-aïzoon (Saxifraga aizoides), la Piéride de la roquette (Euchloe simplonia), espèce remarquable à aire disjointe des Alpes occidentales, Pyrénées et monts Cantabriques, inféodée aux pelouses subalpines où croissent ses plantes hôtes des Brassicacées, la Miramelle piémontaise (Epipodisma pedemontana), espèce remarquable des prés landes des étages alpin et subalpin, entre 1800 et 2900 m d’altitude, endémique des Alpes franco italiennes, la Miramelle des frimas (Melanoplus frigidus frigidus), criquet remarquable d'affinité boréo-alpine qui s'observe surtout au dessus de 2000 m et jusqu'à la limite des névés, le Criquet ensanglanté (Stethophyma grossum), espèce remarquable d'orthoptère d'affinité eurosibérienne, en forte régression en dehors des Alpes, strictement liée aux prairies très humides et surfaces marécageuses et le Sténobothre cottien (Stenobothrus cotticus), espèce remarquable de criquet endémique de l'arc alpin, inféodée aux éboulis, rochers à végétation maigre et pelouses écorchées entre 2000 et 2800 m d’altitude.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 est incluse dans la ZNIEFF de type 2 «05_108_100 - Vallées et Parc Naturel Régional du Queyras - val d'Escreins».

Les seules connexions avec les vallons voisins français et italiens que connaît le site sont limitées essentiellement à l'entrée de ce vallon et aux cols Vieux et Agnel, ce qui a favorisé le développement d'endémisme floristique et le maintien d'un certain nombre de taxons rarissimes.

La fréquentation touristique, très importante du fait de la présence de hauts cols accessibles à pied et en voiture (le col Agnel est l’un des plus haut cols de France qui peut être franchis en automobile), de paysages grandioses, peut avoir des conséquences directes sur la flore et ses habitats (création de drailles, cueillette, piétinement du sol et des plantes, pollution visuelle et sonore liée aux nombreux passages et aux détritus abandonnés sur place).

A cela s'ajoute l'attrait du Genépi noir (Artemisia genipi) et du Genépi des glaciers (Artemisia glacialis) sur les éboulis de calcschistes à des fins de récoltes commerciales. Cela peut aboutir ponctuellement à des arrachages excessifs de ces plantes et à une érosion accélérée du sol par les déplacements répétitifs des cueilleurs.

Commentaires sur la délimitation

Le site est délimité par sa topographie très marquée de crêtes aux altitudes élevées, qui constituent le vallon du Col Agnel. Celui-ci englobe de nombreux milieux et populations d’espèces à forte valeur patrimoniale.