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ZNIEFF 930020400
PLATEAU ET LAC DE SIGURET ET PARTIE INFÉRIEURE DE LA FORÊT DE SALUCES

(n° régional : 05109157)

Commentaires généraux

Description

Localisé dans la partie est du département des Hautes-Alpes, dans la région de l’Embrunais, dans la vallée de la Haute Durance (en rive gauche), en bordure est du massif des Ecrins, le site englobe le plateau et le lac de Siguret ainsi que la partie inférieure de la forêt de Saluces.

Il s'étend sur un substrat d'anciennes alluvions glaciaires et de flyschs.

Localisé dans la zone biogéographique intra-alpine dauphinoise, il est soumis à un climat montagnard de type continental marqué.

Etendu entre 930 m de 1817 m d'altitude, il est compris dans les étages de végétation montagnard et subalpin inférieur.

Longé par la Durance dans sa partie basse et bordée par des alpages dans sa partie haute, il est caractérisé par des espaces herbeux ouverts (prairies de fauche) et semi-ouverts (parcours ovins sur pelouses sèches et fourrés) et par quelques forêts (pinèdes sylvestres, mélèzins). Des zones humides comprenant quelques mares et un petit lac ajoutent une note de diversité importante au site.

Milieux remarquables

Deux habitats déterminants sont présents : les herbiers aquatiques à feuilles flottantes de Nénuphar blanc (Nymphaea alba) [all. phyto. Nymphaeion albae (22.431)], dont il s’agit de la seule localité du département des Hautes-Alpes et l’une des rares de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et les pelouses steppiques sub-continentales [all. phyto. Stipo capillatae-Poion carniolicae (34.31)]. Ces dernières constituent un milieu semi-ouvert thermoxérophile d'une grande valeur patrimoniale, qui apparaît ponctuellement, avec l’ensemble de son cortège floristique, enrichi d'espèces végétales d'origine méditerranéenne.

Cinq autres habitats remarquables sont présents : les mélèzins-cembraies ou forêts de Mélèze (Larix decidua) et de Pin cembrot (Pinus cembra) (42.3), les pinèdes de Pin sylvestre (Pinus sylvestris) [all. phyto. Ononido rotundifolii-Pinion sylvestris (42.53) et Deschampsio flexuosae-Pinion sylvestris (42.55)], les prairies de fauche d’altitude [all. phyto. Triseto flavescentis-Polygonion bistortae (38.3)], les bas-marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)], les prairies humides eutrophes et oligotrophes [all. phyto. Molinion caeruleae (37.2 et 37.3)], et les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae-Cystopteridion fragilis (62.15)].

Par ailleurs plusieurs autres habitats présentant un intérêt écologique important sont présents : les prairies sèches méso-xérophiles à Brome dressé (Bromus erectus) [all. phyto. Mesobromion erecti (34.3265)], et un complexe de zones humides associant de petites mares et un lac et comprenant divers habitats : les sources d'eaux douces (54.1), les eaux douces stagnantes (22.1), et les roselières [all. phyto. Phragmition communis (53.1)]. Un petit réseau bocager est maintenu dans ce secteur.

Flore

La flore du site est d’une grande valeur patrimoniale et recèle de nombreuses plantes rares ou remarquables. Douze espèces végétales déterminantes sont présentes, dont trois sont protégées au niveau national : le Liparis de Loesel (Liparis loeselii), l'Astragale queue de renard des Alpes (Astragalus alopecurus), fabacée atteignant 1 m de hauteur, à floraison spectaculaire, affectionnant les pelouses et landes d’affinités steppiques et la Salicaire à feuilles de thym (Lythrum thymifolium). Trois autres espèces déterminantes sont protégées en Provence-Alpes-Côte-d’Azur : l'Ophioglosse commun (Ophioglossum vulgatum), l'Orchis des marais (Anacamptis palustris) et le Cotonéaster du Dauphiné (Cotoneaster delphinensis). Les autres espèces déterminantes du site sont : l'Orchis musc (Herminium monorchis), l'Astragale d'Autriche (Astragalus austriacus), petite fabacée plus largement répartie en Europe centrale, très rare en France, où elle est localisée aux pelouses d'affinités steppiques des vallées de la Durance et de l'Ubaye, le Jonc à fruits globuleux (Juncus sphaerocarpus), la Pulsatille des montagnes (Pulsatilla montana), belle renonculacée à floraison printanière liée aux pelouses sèches à répartition très restreinte en France, le Pigamon simple (Thalictrum simplex) et le Cotonéaster de l'Atlas (Cotoneaster atlanticus).

Il abrite également deux espèces remarquables protégées au niveau national : la Gagée des champs (Gagea villosa), petite liliacée rudérale aux fleurs jaunes et l'Ancolie des Alpes (Aquilegia alpina).

Faune

Ce site est doté d’un patrimoine faunistique qui revêt un intérêt assez élevé sur le plan biologique. Vingt six espèces animales patrimoniales, dont six déterminantes, y ont été recensées.

Chez les mammifères notons la présence du Lièvre variable (Lepus timidus), espèce boréo-alpine relique des périodes glaciaires.

L’avifaune nicheuse locale recèle maintes espèces présentant un intérêt sur le plan patrimonial. Quatre espèces sont déterminantes : Chevêchette d’Europe (Glaucidium passerinum) et Chouette de Tengmalm (Aegolius funereus), espèces boréo alpines forestières, des hêtraies, pessières, cembraies et mélézins, Faucon pèlerin (Falco peregrinus) et Busard cendré (Circus pygargus), rapace remarquable d’affinité steppique méditerranéenne, des milieux ouverts à végétation herbacée plutôt dense et recouvrante. Douze espèces sont remarquables : Aigle royal (Aquila chrysaetos), Autour des palombes (Accipiter gentilis), Circaète Jean le blanc (Circaetus gallicus), Bondrée apivore (Pernis apivorus), Faucon hobereau (Falco subbuteo), Caille des blés (Coturnix coturnix), Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, Petit duc scops (Otus scops), Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), Bruant ortolan (Emberiza hortulana), Alouette lulu (Lullula arborea), Venturon montagnard (Carduelis citrinella) et Pic noir (Dryocopus martius).

Les amphibiens sont représentés par le Triton alpestre (Ichthyosaura alpestris), espèce déterminante comptant très peu de populations en rive gauche de la Durance et dont la présence actuelle serait à confirmer.

Les insectes d’intérêt patrimonial sont représentés parle bourdon Bombus gerstaeckeri, l’Hermite (Chazara briseis), lépidoptère Nymphalidés Satyrinés en forte régression, lié aux milieux très ouverts et secs où croissent ses plantes-hôtes, plusieurs graminées (fétuques et brachypodes), l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable d'affinité montagnarde, protégée au niveau européen, peuplant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m d’altitude, l'Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), espèce remarquable et protégée qui affectionne les écoulements modestes à eaux courantes claires, ensoleillées et peuplées d'hydrophytes, l'Agrion joli (Coenagrion pulchellum), espèce remarquable d'odonate Zygoptères (demoiselles), inféodée à divers milieux stagnants , en régression marquée en région PACA, le Leste des bois (Lestes dryas), espèce remarquable d'odonate Zygoptères (demoiselles), en limite d'aire méridionale dans les Alpes du sud, localisée et inféodée aux pièces d'eau temporaires et le Sympétrum vulgaire (Sympetrum vulgatum), espèce rare et en régression en région PACA, où elle se trouve en limite méridionale de son aire de répartition.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 est incluse dans la ZNIEFF de type 2 «05_109_100 - Forêts et crêtes de Risoul et de Saluces - pic du Clocher - adret de Crévoux».

De part sa position le long de la Durance, large vallée glaciaire, qui est une voie importante de pénétration à l’intérieur des Alpes, le site se trouve sur un flux migratoire nord-sud.

Cette position géographique privilégiée se traduit dans les cortèges floristiques aux influences orientales et montagnardes marquées, auxquels s’ajoutent des remontées d’espèces méditerranéennes.

L'abandon des cultures ou de l’irrigation et de la fauche, sur les anciennes terrasses agraires, a conduit à l'installation de pelouses sèches propices à l’établissement de zones de parcours ovins. La pression pastorale tendant actuellement à se réduire, la dynamique de végétation se poursuit par la colonisation par une végétation ligneuse comprenant des landes et des fourrés, prémices du reboisement par des Pin sylvestre (Pinus sylvestris). Ce stade ultime de végétation qui accroît les risques d'incendies et banalise le paysage tend à se généraliser sur ce site.

La fréquentation touristique, liée au cadre paysager remarquable et à la pratique de la pêche, très importante aux abords du lac de Siguret, peut avoir des conséquences directes sur la flore et ses habitats, (piétinement des prairies adjacentes et de la roselière, pollution visuelle et sonore liée aux nombreux passages et aux détritus abandonnés sur place).

Commentaires sur la délimitation

Le site associe un petit plateau composé d’espaces ouverts (cultures, prairies sèches) et semi-ouvert (bocage, fruticées) et la partie inférieure forestière d’un versant principalement en ubac, qui englobe les populations d’espèces à valeur patrimoniale marquée, comme la Pivoine officinale (Paeonia officinalis subsp. officinalis), plante spectaculaire des bois clairs, lisières et landes. Ses limites se calent à l’aval au niveau du réseau routier local et à l’amont sur les repères géographiques, tels que lignes de talweg et de crêtes secondaires et dessertes forestières.