ZNIEFF 930020407
LACS ET ZONES HUMIDES DU VALLON DE CHICHIN

(n° régional : 05112169)

Commentaires généraux

Description

Localisé dans la partie est du département des Hautes Alpes, à l’est du hameau de Dormillouse, le site est établi dans la partie supérieure de la vallée de Freissinières, située en rive droite de la vallée de la Durance. Ce site de 213 hectares s’étend tout en longueur, d’est en ouest, sur les replats du fond de cette haute vallée glaciaire entre 1880m et 2310 m d’altitude. Plusieurs lieux dits identifient différents secteurs du site, ainsi d’est en ouest on peut trouver La Jalague, le Clot de Chichin, Les Sagnasses avec le Lac du Lauzeron.
Entouré de versants escarpés et dénudés et de hauts sommets rocheux, ce site à l’ambiance pastorale marquée contraste avec l’austérité des montagnes environnantes. Les principaux sommets culminent souvent à plus de 3000 m, domaine des rochers nus et des neiges éternelles : Tête de Bertrand ou de La Jaline (3191m) et Tête du Plumel (3065m) au nord ; Grand Pinier ou Pic Brun (3117m) et Tête du Serre Eyraut (2744,8 m) au sud. L’ensemble du site est inclus dans la zone centrale du Parc National des Ecrins.
Le substrat géologique est composé de formations quaternaires, comprenant des moraines glaciaires, des produits d’altération superficielle et des éboulis qui recouvrent partiellement des formations sédimentaires associant des bancs de Grès du Champsaur, quelques zones de calcaires à nummulites et des marnes à globirégines du Priabonien. Au sein de ce complexe apparaissent localement  les Gneiss de Dormillouse issus du socle ancien sous-jacent.
Situé sur la face orientale du massif des Ecrins, le site se localise dans la zone biogéographique intra alpine aux influences continentales marquées. Répartit entre 1880 m et 2310 m d’altitude, il se développe aux étages de végétation subalpin et alpin.
Le site comprend un remarquable complexe de milieux humides, bien développé et étendu associant divers bas marais et un lac d’altitude (le lac du Lauzeron, 2258m), des formations végétales de sources, ainsi que des formations de pelouses typiques de l’étage de végétation alpin nival.

Milieux remarquables

C’est l’importance et la diversité des zones humides qui caractérisent avant tout ce site. Celui ci compte deux habitats déterminants : les bas marais cryophiles d’altitude des bords de sources et suintements à Laîche des frimas (Carex frigida) [assoc. phyto. Caricetum frigidae (54.28)] et les ceintures péri lacustres des lacs froids et mares d’altitude à Linaigrette de Scheuchzer (Eriophorum scheuchzeri) [assoc. phyto. Eriophoretum scheuchzeri (54.41)].
Deux autres habitats remarquables sont également présents : les bas marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)], riches en orchidées, généralement associés aux bas marais acides [all. phyto. Caricion fuscae (54.4)], également abondants.
Cette coexistence de bas marais alcalins ou acides, et de bas marais froids d’altitude, dans un espace relativement réduit, contribue à l’intérêt du site. Ceux ci sont imbriqués de formations végétales liées aux sources oligotrophes [all. phyto. Cardamino amarae Montion fontanae et Dermatocarpion rivulorum (54.1)], groupements végétaux ponctuels à valeur patrimoniale élevée.
Enfin, parmi les autres habitats que recèle le site, il convient de mentionner certaines des formations végétales herbacées typiques du massif alpin comme les pelouses des combes à neige acidiphiles [all. phyto. Salicion herbaceae (36.1)] et les pelouses acidiphiles à Nard raide (Nardus stricta) [all. phyto. Nardion strictae (36.31)].

Flore

Les zones humide de ce site abritent trois espèces végétales déterminantes, avec le Jonc arctique (Juncus arcticus), plante arctico-alpine rare des marécages et bords de ruisselets protégée en Provence Alpes Côte d’Azur, la Laîche très noire (Carex atrata var. aterrima) et le Scirpe de Hudson (Trichophorum alpinum), autre cypéracée des bas-marais arctico-alpins.
Il abrite également trois espèces végétales remarquables : l'Ancolie des Alpes (Aquilegia alpina), belle renonculacée aux grandes fleurs d'un bleu vif, protégée au niveau national, le Saule pubescent (Salix laggeri), arbuste endémique des Alpes qui pousse dans les alluvions humides et sur les berges de torrents, où il forme des fourrés ripicoles denses protégé en Provence Alpes Côte d’Azur, et le Genépi noir (Artemisia genipi).

Faune

Les zones humides du site sont dotées d’un peuplement faunistique d’un intérêt élevé. Dix huit espèces animales patrimoniales, dont deux sont déterminantes ont été inventoriées.
Cinq mammifères d’intérêt patrimonial figurent parmi les espèces animales locales à prendre en compte : le Bouquetin des Alpes (Capra ibex), ongulé déterminant d’intérêt communautaire, dont les populations locales sont issues de réintroductions, le Loup (Canis lupus), espèce déterminante, dont le site est inclus dans une zone de présence permanente de l'espèce (ZPP), le Lièvre variable (Lepus timidus), espèce emblématique du massif alpin, la Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri), chauve-souris forestière remarquable relativement fréquente et le Vespère de Savi (Hypsugo savii), chauve-souris rupicole et montagnarde remarquable d’affinité méridionale, qui exploite les milieux forestiers surtout riverains de l’eau pour la chasse et les milieux rocheux (falaises) pour les gîtes.
L’avifaune nicheuse comprend les espèces patrimoniales suivantes : l'Aigle royal (Aquila chrysaetos), la Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), galliforme méridional de montagne recherchant les versants montagneux ouverts et ensoleillés avec des barres rocheuses, le Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, le Lagopède alpin (Lagopus mutus), espèce remarquable menacée et en régression, d’origine arctique, relique de l’époque glaciaire dans les Alpes, où elle occupe les reliefs de croupes et de crêtes, fréquemment enneigées et balayées par le vent, le Cincle plongeur (Cinclus cinclus), le Circaète Jean le blanc (Circaetus gallicus), le Pic noir (Dryocopus martius), le Monticole de roche (Monticola saxatilis), le Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), nicheur remarquable peu fréquent, inféodé aux alpages où il vient s’alimenter situés à proximité de falaises où il niche et la Niverolle alpine (Montifringilla nivalis), passereau paléo montagnard remarquable, caractéristique des pelouses avec escarpements rocheux des étages alpin et subnival des massifs montagneux les plus élevés.
Les insectes d’intérêt patrimonial sont représentés par quatre espèces remarquables : l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti, jusqu’à 2400 m d’altitude, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce d'affinité montagnarde, protégée au niveau européen, peuplant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m d’altitude, le Petit Apollon (Parnassius corybas sacerdos), espèce protégée en France, des bords des torrents et autres zones humides des étages subalpin et alpin, dont la chenille est inféodée au Saxifrage faux aizoon (Saxifraga aizoides) et le Criquet ensanglanté (Stethophyma grossum), orthoptère d'affinité eurosibérienne, en forte régression en dehors des Alpes, strictement liée aux prairies très humides et surfaces marécageuses.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 est incluse dans la ZNIEFF de type 2 «05_112_100   Partie sud est du massif et du Parc National des Écrins   massif du mourre Froid   Grand Pinier   haut vallon de Chichin – face est des Bans – vallée du Fournel
Un des principaux enjeux pour ce site consiste en la conservation voire la restauration des habitats d’espèces végétales.

Commentaires sur la délimitation

Les limites qui définissent ce site, de taille modeste, sont dictées par la répartition des milieux humides associés à leur espace fonctionnel et interstitiel, et des cortèges d’espèces qui y sont associées, alors qu’il n’existe pas de repères topographiques très nets pour les caler dans ce secteur.