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ZNIEFF 930020415
DÉVÈS DE RABOU - ADRET ET CRÊTES DE LA MONTAGNE DE CHARANCE - DOMAINE DE CHARANCE - VERSANTS SUD-EST DES CRÊTES DE CHARANCE AU PIC DE GLEIZE

(n° régional : 05123177)

Commentaires généraux

Description

Etabli dans la partie centre-ouest du département des Hautes-Alpes, à l’ouest de la ville de Gap, ce très grand site de 2001 hectares constitue le contrefort sud-est du massif du Dévoluy. Il se compose d’un splendide versant escarpé orienté à l’est, surplombant le bassin du gapençais et formant un superbe balcon sur le paysage des Alpes du sud, ainsi que d’un revers remontant en direction du village de Rabou et comprenant la très belle hêtraie-sapinière du Bois du Devès.

Du nord au sud apparaissent le Pic et le Col de Gleize, respectivement à 2161m et 1691m, la Tête de la Guizière (1814m), la Brèche de Charance (1649m) et la Montagne de Charance avec le sommet du Cuchon (1903m). Ce site est très apprécié par les Gapençais qui en ont fait un de leurs lieux de promenade favoris, plus particulièrement autour du domaine de Charance.

Le substrat géologique est composé en bas de versant par les Terres noires (Oxfordien à Bathonien), surmontées par les calcaires du Tithonique. Au sud du site apparaissent les niveaux marneux, marno-calcaires et calcaires lithographiques du Néocomien. L’ensemble est en grande partie recouvert par des éboulis stabilisés ou encore mobiles et, en partie basse, par des épandages glaciaires récents, à morphologies morainiques.

Il ressent les dernières influences climatiques de la zone biogéographique intra-alpine et du domaine méditerranéen.

Réparti entre 950m et 2161m d’altitude, le site est compris dans les étages de végétation supaméditerranéen, montagnard et subalpin.

La végétation est variée avec de grands versants boisés composés de chênaies à Chêne pubescent (Quercus humilis), de pinèdes à Pin sylvestre (Pinus sylvestris) et Pin noir (Pinus nigra), de hêtraies (Fagus sylvatica) et hêtraies-sapinières, de plantations de Mélèze (Larix decidua). Cet ensemble est entrecoupé par des grands éboulis calcaires et des affleurements rocheux. Les crêtes sommitales présentent de vastes ensemble de pelouses calcicoles.

Milieux remarquables

Le site recèle de nombreux habitats remarquables comprenant des formations végétales très variées, qui composent une mosaique particulièrement intéressante pour l’épanouissement d’une faune et d’une flore d’une très grande richesse spécifique.

Si les zones humides, milieux vulnérables, sont rares et occupent des surfaces ponctuelles sur le site, elles comprennent cependant une importante diversité d’habitats remarquables tels que des bas-marais alcalins à Laîche de Davall (Carex davalliana) [all. phyto. Caricion davallianae (54.23)], des prairies humides eutrophes et oligotrophes [all. phyto. Molinion caeruleae (37.2 et 37.3)], riches en orchidées, et parmi les habitats liés aux plans d’eaux mésotrophes, notamment dans le secteur du Domaine de Charance, la végétation aquatique flottante ou submergée (22.4).

Parmi les milieux ouverts et semi-ouverts d’intérêt patrimonial élevé, il faut remarquer en particulier les pelouses calcicoles alpines et subalpines à Séslérie bleutée (Sesleria caerulea) et Laîche toujours verte (Carex sempervirens) [all. phyto. Seslerion caeruleae (36.43)] installées sur sols superficiels ; les pelouses écorchées à Avoine toujours verte (Helictotrichon sempervirens) des Alpes du Sud [sous-all. phyto. Ononido cristatae-Helictotrichenion sempervirentis (36-432)], qui colonisent les fortes pentes caillouteuses calcaires sèches, les prairies sèches méso-xérophiles à Brome dressé (Bromus erectus) [all. phyto. Mesobromion erecti (34.3265)].

Les formations arbustives et sous-arbustives, généralement associées à la dynamique succédant aux pelouses sèches, comprennent un certain nombre d’habitats remarquables parmi lesquels : les garrigues supra-méditerranéennes à Thym (Thymus vulgaris) [all. phyto. Helianthemo italici-Aphyllanthion monspeliensis (32.63)], qui se trouvent ici en limite nord de répartition, les landes supra-méditerranéennes et oro-méditerranéennes à Genêt cendré (Genista cinerea) et Lavande à feuilles étroites (Lavandula angustifolia) [all. phyto. Lavandulo angustifoliae-Genistion cinereae (32.61 et 32.62)], les landes sèches d’adret à Genévrier sabine (Juniperus sabina) [sous-all. phyto. Berberido vulgaris-Juniperenion sabinae (31.43)], habitat ponctuel sur le site, et les landes épineuses oro-méditerranéennes à Astragale toujours verte (Astragalus sempervirens) [all. phyto. Ononidion cenisiae (31.7E)] et les fruticées d’arbustes divers [all. phyto. Berberidion vulgaris (31.81)].

Il en est de même avec un certain nombre de milieux forestiers tels que les boisements thermophiles et supra-méditerranéens de Chêne pubescent (Quercus humilis) [all. phyto. Quercion pubescenti-sessiliflorae (41.711)], les hêtraies et hêtraies-pinèdes sèches sur calcaire [all. phyto. Cephalanthero rubrae-Fagion sylvaticae (41.16)] et les pinèdes sylvestres sèches supra-méditerranéennes [all. phyto. Cephalanthero rubrae-Pinion sylvestris (42.59)].

Les milieux rocheux comprennent eux-aussi des habitats remarquables, à forte valeur patrimoniale, comme les éboulis thermophiles à Calamagrostis argenté (Achnatherum calamagrostis) [all. phyto. Stipion calamagrostis (61.3)], les éboulis calcaires alpins [all. phyto. Thlaspion rotundifolii (61.2)] et les formations végétales des rochers et falaises calcaires [all. phyto. Potentillion caulescentis et Violo biflorae-Cystopteridion fragilis (62.15)].

Mentionnons également l’existence de formations végétales de sources (54.1), groupements végétaux ponctuels à forte valeur patrimoniale.

Le réseau bocager encore bien préservé en périphérie du site joue par ailleurs un rôle essentiel de corridor écologique.

Flore

Le site comprend trente-cinq espèces végétales déterminantes dont neuf sont protégées au niveau national : le Panicaut blanc des Alpes (Eryngium spinalba), ombellifère épineuse des éboulis thermophiles et des pelouses sèches, endémique des Alpes sud-occidentales, l'Inule variable (Inula bifrons), composée à fleurs jaunes des lisières et broussailles sèches, l'Armoise insipide (Artemisia insipida), armoise endémique française connue de deux uniques localités où elle occupe à chaque fois quelques mètres carrés, la Corbeille d'argent du mont Aurouse (Iberis aurosica), le Dracocéphale de ruysch (Dracocephalum ruyschiana), la Rhapontique à feuilles d'Aunée (Rhaponticum heleniifolium subsp. heleniifolium), le Choin ferrugineux (Schoenus ferrugineus), la Laîche de Buxbaum (Carex buxbaumii) et la Laîche à épis d'orge (Carex hordeistichos), à rechercher. Dix autres espèces végétales déterminantes sont protégées en Provence-Alpes-Côte d’Azur : l'Ophioglosse commun (Ophioglossum vulgatum), la Laitue à feuilles de chêne (Lactuca quercina), rarissime laitue sauvage inféodée aux lisières forestières, dont les observations récentes en France ne concernent que les deux localités des Hautes-Alpes, la Vesce des Pyrénées (Vicia pyrenaica), l'Aspérule des teinturiers (Asperula tinctoria), rubiacée très discrète et très rare affectionnant les pelouses acidiclines, localisée à quelques rares stations dans les Alpes du Sud, la Pédiculaire des marais (Pedicularis palustris), la Laîche mucronée (Carex mucronata), historiquement signalée et qui serait à rechercher, la Danthonie des Alpes (Danthonia alpina), la Dauphinelle fendue (Delphinium fissum), rare renonculacée des rocailles et éboulis xériques, la Potentille blanche (Potentilla alba) et le Cotonéaster du Dauphiné (Cotoneaster delphinensis). Les seize autres espèces végétales déterminantes du site sont : la Campanule à larges feuilles (Campanula latifolia), belle campanule à grosses fleurs, essentiellement cantonnée dans les Alpes du Sud au massif du Dévoluy où elle occupe des érablaies de ravin, le Cynoglosse de Dioscoride (Cynoglossum dioscoridis), la Passerage de Villars (Lepidium villarsii), l'Oeillet de Séguier (Dianthus seguieri subsp. seguieri), la Gentiane des marais (Gentiana pneumonanthe), le Gaillet grêle (Galium aparine subsp. tenerum), le Gaillet des rochers (Galium saxosum), la Scrophulaire printanière (Scrophularia vernalis), dont la donnée historique serait à actualiser, le Saule à feuilles étroites (Salix repens), le Jonc à fruits globuleux (Juncus sphaerocarpus), l'Avoine des Abruzzes (Avenula versicolor subsp. praetutiana), graminée franco-italienne des pelouses calcaires d’altitude, distribuée dans les montagnes du sud de l’Italie et dans les Alpes du Sud, récemment découverte en France, l'Hellébore vert (Helleborus viridis), la Pulsatille des montagnes (Pulsatilla montana), belle renonculacée à floraison printanière liée aux pelouses sèches à répartition très restreinte en France, la Renoncule flammette (Ranunculus flammula), le Cotonéaster de Rabou (Cotoneaster raboutensis), petit arbustive endémique local, localisé à quelques stations du pourtour de Gap, et le Cotonéaster intermédiaire (Cotoneaster x intermedius).

Il abrite également six espèces végétales remarquables dont trois sont protégées au niveau national : la Bérardie laineuse (Berardia subacaulis), composée archaïque endémique des Alpes sud-occidentales typique des éboulis calcaires à éléments fins, la Gagée jaune (Gagea lutea), petite liliacée aux fleurs jaunes affectionnant les haies ombragées humides, et la Gagée des champs (Gagea villosa), petite liliacée rudérale aux fleurs jaunes. La Minuartie des rochers (Minuartia rupestris subsp. rupestris) est protégée en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les autres espèces remarquables du site sont : le Sélin à feuilles de silaus (Katapsuxis silaifolia) et l'Anémone de Haller (Pulsatilla halleri), belle renonculacée à floraison printanière typique des pelouses et rocailles ventées.

Faune

Le site possède un patrimoine faunistique d’un intérêt élevé. Il recèle trente neuf espèces animales patrimoniales, dont neuf sont déterminantes.

Cinq espèces de mammifères patrimoniales, des chauves-souris, sont présentes sur le site dont trois espèces déterminantes, le Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), la Barbastelle (Barbastella barbastellus) ainsi que le Grand Murin (Myotis myotis), et deux espèces remarquables, le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), en régression marquée, plutôt thermophile et anthropophile et assez rare en montagne et la Vespère de Savi (Hypsugo savii). Elles sont accompagnées chez les reptiles par le Lézard des souches (Lacerta agilis), espèce remarquable d’affinité médio-européenne nordique, des landes, lisières de forêts et prairies herbeuses jusqu’à 2000 m d’altitude, et chez les Amphibiens par le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), espèce déterminante à effectifs faibles et vulnérable, en déclin, d’affinité médio-européenne et montagnarde, affectionnant les petits points d’eau peu profonds, dans les endroits restant frais et humides en été. Un cortège avien intéressant complète l’intérêt faunistique du site avec les espèces déterminantes et remarquables suivantes : Faucon pèlerin (Falco peregrinus), espèce déterminante, et de nombreuses espèces remarquables, Aigle royal (Aquila chrysaetos), Circaète Jean le blanc (Circaetus gallicus), Bondrée apivore (Pernis apivorus), Autour des palombes (Accipiter gentilis), Perdrix bartavelle (Alectoris graeca), Caille des blés (Coturnix coturnix), Oedicnème criard (Burhinus oedicnemus), Tétras lyre (Tetrao tetrix), espèce remarquable fragile, emblématique des Alpes, Chevêche d’Athéna (Athene noctua), Torcol fourmilier (Jynx torquilla), Pic épeichette (Dendrocopos minor), Pic noir (Dryocopus martius), Monticole de roche (Monticola saxatilis), Tichodrome échelette (Tichodroma muraria), Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), Crave à bec rouge (Pyrrhocorax pyrrhocorax), Venturon montagnard (Serinus citrinella), espèce paléomontagnarde remarquable, typique des boisements de conifères semi ouverts, Bruant fou (Emberiza cia), Bruant ortolan (Emberiza hortulana), Pipit rousseline (Anthus campestris), Huppe fasciée (Upupa epops).

Le peuplement entomologique local comprend plusieurs espèces intéressantes : l'Azuré de la sanguisorbe (Maculinea teleius), espèce déterminante, rare et en régression, protégée au niveau européen, strictement inféodée aux prairies humides et bordures marécageuses peuplées par sa plante hôte la Sanguisorbe officinale et ses fourmis hôtes du genre Myrmica (notamment Myrmica scabrinodis), l’Azuré de la croisette (Maculinea alcon rebeli), espèce remarquable et protégée en France, liée aux pelouses et prairies des étages montagnards et subalpins où croît sa plante hôte (Gentiane croisette Gentiana cruciata) et vit sa fourmi hôte (surtout Myrmica schencki), l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce remarquable et protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti, jusqu’à 2400 m d’altitude, le Moiré de Provence (Erebia epistygne), espèce déterminante de lépidoptère d’affinité méditerranéo-montagnarde dont l’aire de répartition ibéro-provençale est morcelée et restreinte, inféodée aux pelouses sèches à fétuques (surtout Festuca cinerea), l’Hermite (Chazara briseis), lépidoptère Nymphalidés Satyrinés en forte régression, lié aux milieux très ouverts et secs où croissent ses plantes-hôtes, plusieurs graminées (fétuques et brachypodes), l'Échiquier de Russie (Melanargia russiae), espèce remarquable de lépidoptère d'affinité steppique, localisée et dont la sous-espèce cleanthe est endémique des montagnes du nord de l'Espagne et des Alpes du sud et le Semi-apollon (Parnassius mnemosyne), espèce déterminante et protégée au niveau européen, d'affinité montagnarde et liée à la présence de corydales, qui fréquente les pelouses et les lisières forestières, surtout entre 1000 et 2000 mètres d’altitude.. Mentionnons enfin la présence de l’Ecrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes), espèce remarquable de Crustacés Décapodes, aujourd’hui en régression.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 1 est incluse dans la ZNIEFF de type 2 «05_123_100 - Dévoluy méridional : massif de Bure - Gleize - vallée de Chaudun - Charance».

Un des principaux enjeux pour ce site consiste en la conservation voire la restauration des habitats d’espèces végétales liées aux pelouses sèches et aux zones humides. De plus il faut veiller à conserver la fonction de corridors biologique de l’ensemble du réseau de haies présent sur le site.

Commentaires sur la délimitation

Le site correspond, pour l’essentiel, aux versants en adret de la Montagne de Charance et du Pic de Gleize. Il englobe nombre d’habitats et de populations d’espèces remarquables et/ou à forte valeur patrimoniale. Ses limites supérieures coïncident avec la ligne des plus hautes crêtes. Celles qui le caractérisent à l’aval, englobent les secteurs à enjeux biologiques les plus remarquables et excluent les espaces les plus fortement anthropisés, tout en essayant de s’appuyer sur des limites géographiques et paysagères les plus lisibles : routes, dessertes, lisières ; lorsqu’il en existe.