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ZNIEFF 930020421
LE GRAND BUËCH ET LE PETIT BUËCH À L'AVAL DE VEYNES JUSQU'À LA CONFLUENCE AVEC LA DURANCE ET LEURS PRINCIPAUX AFFLUENTS : LE CÉANS, LA BLÈME ET LA BLAISANCE

(n° régional : 05130100)

Commentaires généraux

Description

Le site correspond à la partie haut alpine du cours du Grand Buech, jusqu’à sa confluence avec la Durance. Il comprend également ses principaux affluents : le Petit Buech à l'aval de Veynes, le Céans, la Blème et la Blaisance. Ce réseau de cours d’eau s’étend sur environ 120 km, en traversant du nord au sud la partie ouest du département des Hautes Alpes.

Sur le plan géologique, il est constitué de dépôts fluviatiles et fluvio-glaciaires. Ces derniers ont pour origine les apports des anciens glaciers du bassin de la Durance.

Il bénéficie d’un climat supra-méditerranéen, sec et ensoleillé, d’affinité provençale.

Les rivières qui la composent, ont formé d’importants lits, où se sont développés de multiples habitats liés à l’eau ou aux bordures de cours d’eau.

Situé dans la zone biogéographique des Préalpes delphino-provençales, à la rencontre des influences méditerranéennes et alpines, le site est compris dans les étages de végétation supra-méditerranéen et montagnard inférieur, entre 470 m et 980 m d’altitude.

Le site est caractérisé par une bonne représentativité de tous les stades de la dynamique de végétation, depuis les milieux initiaux composés de bancs de graviers nus, en passant par les formations pionnières de colonisation des alluvions et délaissées, les saulaies arbustives et les ripisylves bien constituées.

En conséquence de cette importante diversité de milieux, la flore et la faune sont également très variées. Par exemple, la flore associe à la fois des plantes d'origine montagnarde et méditerranéenne. Plusieurs espèces patrimoniales de mammifères, oiseaux et poissons sont de même représentées sur ce site.

Milieux remarquables

Les cladiaies (53.3) ou formations palustres dominées par le Marisque (Cladium mariscus), limitées à des taches de faibles surfaces, représentent le seul habitat déterminant du site.

Parmi les autres habitats remarquables ou typiques, le site possède un habitat représentatif des cours d’eau de bonne qualité, à savoir les milieux aquatiques d’eau douce des zones à truite (24.12) et à barbeau (24.14) qui présentent ici un bon état de conservation.

En dehors de ceux-ci, le lit de ces cours d’eau comprend à l’amont des formations végétales pionnières herbacées des alluvions torrentielles et bancs de graviers [all. phyto. Epilobion fleischeri (24.221)] et à l’aval, sous climat méditerranéen plus marqué, des formations végétales pionnières herbacées des alluvions torrentielles et bancs de graviers méditerranéens à Pavot cornu (Glaucium flavum) [all. phyto. Glaucion flavi (24.225)]. Ces groupements végétaux pionniers sont associés en mosaïque avec des bancs de graviers sans végétation (24.21), ainsi que des bancs de sable (24.3) et bancs de vase des cours d’eau (24.5). Localement, à l’occasion de mares et bras d’eau calme temporaires, se constituent des groupements amphibies méridionaux (22.34), milieux remarquables par leur flore qui se développent sur les vases exondées.

Les formations arborées et arbustives des rives sont composées essentiellement par les fourrés de saules pionniers des berges et alluvions torrentielles à Saule drapé (Salix elaeagnos) et Saule pourpre (Salix purpurea) [all. phyto. Salicion incanae (44.111 et 24.223)], les ripisylves-galeries de Saule blanc (Salix alba) [all. phyto. Salicion albae (44.141)], les boisements riverains en galeries d’Aulne blanc (Alnus incana) [all. phyto. Alnion incanae (44.21)] et les ripisylves méditerranéennes à peuplier, orme et frêne [all. phyto. Populion albae (44.61)].

Ces habitats sont de grand intérêt écologique, pour le fonctionnement de l’écosystème lié aux cours d’eau, car ils forment des corridors en contact avec les milieux adjacents : bocage et espaces boisés des bas de versant en particulier.

La partie sud du site comprend également quelques prairies humides oligotrophes [all. phyto. Molinion caeruleae (37.3)].

L’écocomplexe fluviatile qui associe, en une mosaïque mouvante d’une riche complexité, le cours d’eau actif, les bras morts d’eau lente, les stades pionniers de colonisation des alluvions, les fourrés arbustifs et les ripisylves mâtures, constitue l’essentiel de l’intérêt du site et permet le maintien d’une importante biodiversité.

Flore

Le site comprend huit espèces végétales déterminantes dont une est protégée au niveau national avec l'Euphorbe à feuilles de graminée (Euphorbia graminifolia). Quatre autres espèces végétales déterminantes sont protégées en Provence-Alpes-Côte d’Azur : l'Ophioglosse commun (Ophioglossum vulgatum), la Polygale grêle (Polygala exilis), le Cytise de Sauze (Cytisus sauzeanus), endémique locale occupant les rocailles, lisières et sous-bois clairs sur substrats calcaires, et le Gaillet fausse garance (Galium rubioides). Les autres espèces végétales déterminantes du site sont : le Potamot des tourbières alcalines (Potamogeton coloratus), le Jonc à fruits globuleux (Juncus sphaerocarpus) et la Clématite droite (Clematis recta), rare renonculacée d’affinité orientale liée aux lisières et bois clairs des plaines alluviales.

Il abrite également quatre espèces végétales remarquables : la Petite massette (Typha minima), protégée au niveau national, la Zannichellie palustre (Zannichellia palustris) et la Violette de Jordan (Viola jordanii), protégées en Provence-Alpes-Côte d’Azur, et la Laîche espacée (Carex remota).

Faune

Le site possède un cortège faunistique d’un intérêt assez marqué puisqu’il comprend dix neuf espèces animales patrimoniales, dont quatre sont déterminantes.

L’intérêt faunistique du site est multiple. Pour les Mammifères il repose sur la présence depuis 2001 du Castor d’Europe (Castor fiber) et de huit espèces de chauve-souris dont quatre sont déterminantes, le Minioptère de Schreiber (Miniopterus schreibersii), le Grand Rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum), le Grand Murin (Myotis myotis), le Petit Murin (Myotis blythii) et quatre sont remarquables, le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), la Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri), la Vespère de Savi (Hypsugo savii) et le Murin de Brandt (Myotis brandtii). Pour les Oiseaux, il faut remarquer celles du Petit Gravelot (Charadrius dubius) et du Chevalier guignette (Actitis hypoleucos), deux espèces inféodées aux cours d’eau dynamiques en tresses, du Cincle plongeur (Cinclus cinclus), du Faucon hobereau (Falco subbuteo), de la Rousserole turdoïde (Acrocephalus arundinaceus), du Guêpier d’Europe (Marops apiaster), de l’Alouette lulu (Lullula arborea), du Cochevis huppé (Galerida cristata), espèce méditerranéenne des milieux steppiques non revue récemment, du Grand duc d’Europe (Bubo bubo), du Petit duc scops (Otus scops), de la Huppe fasciée (Upupa epops), du Torcol fourmilier (Jynx torquilla), de la Pie grièche écorcheur (Lanius collurio), du Bruant ortolan (Emberiza hortulana) et du Bruant proyer (Miliaria calandra).

Les Batraciens sont représentés par le Sonneur à ventre jaune (Bombina variegata), espèce déterminante à effectifs faibles et vulnérable, en déclin, d’affinité médio européenne et montagnarde, affectionnant les petits points d’eau peu profonds, dans les endroits restant frais et humides en été.

Pour les Poissons d’eau douce d’intérêt patrimonial, il faut remarquer la présence de l’Apron (Zingel asper), espèce déterminante devenue très rare et menacée d’extinction en France, propre aux cours d’eau clairs, assez rapides, peu profonds, du Toxostome (Chondrostoma toxostoma), espèce remarquable localement représentée ici, du Barbeau méridional (Barbus meridionalis), espèce remarquable d’affinité méridionale, rare dans les Hautes Alpes mais semble t il en extension, liée aux cours d’eau clairs et bien oxygénés à débit rapide sur substrat de gravier.

Les insectes d’intérêt patrimonial sont quant à eux représentés par deux coléoptères, la Cicindèle des rivières (Cylindera arenaria), espèce déterminante de coléoptère Carabidés, rare et en régression, strictement liée aux plages humides de gravier, limon ou sable dans le lit mineur des rivières en tresse, et la Rosalie des Alpes (Rosalia alpina), espèce remarquable de coléoptère longicorne (Cerambycidés), protégée à l'échelle européenne, inféodée au bois sénescent de vieux arbres feuillus, surtout des hêtres, six lépidoptères, le Moiré de Provence (Erebia epistygne), espèce déterminante de lépidoptère d’affinité méditerranéo-montagnarde dont l’aire de répartition ibéro-provençale est morcelée et restreinte, inféodée aux pelouses sèches à fétuques (surtout Festuca cinerea), l’Hermite (Chazara briseis), espèce remarquable de Satyrinés en forte régression, liée aux milieux très ouverts et secs où croissent ses plantes-hôtes, plusieurs graminées (fétuques et brachypodes), l’Hespérie des cirses (Pyrgus cirsii), espèce remarquable d’Hespéridés en régression, inféodée aux milieux ouverts et secs, l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce remarquable et protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti, jusqu’à 2400 m d’altitude, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable d'affinité montagnarde, protégée au niveau européen, peuplant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m d’altitude, et la Laineuse du prunellier (Eriogaster catax), espèce européenne remarquable, de la famille des bombyx (Lasiocampidés), protégée au niveau européen, rare, sensible aux pesticides, inféodée à divers habitats pré-forestiers tels que les lisières forestières, bocages et friches, trois odonates (libellules et demoiselles), l’Agrion bleuissant (Coenagrion caerulescens), espèce méditerranéenne déterminante liée aux eaux courantes claires et ensoleillées, globalement rare, localisée et menacée en France, l'Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), espèce remarquable et protégée qui affectionne les écoulements modestes à eaux courantes claires, ensoleillées et peuplées d'hydrophytes, et le Sympétrum du Piémont (Sympetrum pedemontanum), espèce remarquable de Libellulidés des canaux et cours d'eau intermittents, peu commune en France et dont le bassin de la Durance représente un bastion, et de deux orthoptères strictement liés en région PACA aux bordures et lits des cours d’eau en tresses, le Tridactyle panaché (Xya variegata), espèce déterminante et le Tétrix des grèves (Tetrix tuerki), espèce remarquable.

Mentionnons enfin la présence de l’Ecrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes), espèce remarquable de Crustacés Décapodes en régression et devenue assez rare et localisée aujourd’hui.

Fonctionnalité/Liens éventuels avec d’autres ZNIEFF

Cette ZNIEFF de type 2 englobe les cinq ZNIEFF de type 1 suivantes : «05_130_196 - Le Grand Buëch, ses ripisylves et ses iscles entre Saint-Julien-en-Beauchêne et La Faurie» ; «05_130_210 - Le Grand Buëch, ses ripisylves et ses iscles d'Aspres-sur-Buëch à la confluence du Petit Buëch» ; «05_130_211 - Le Petit Buëch, ses ripisylves et ses iscles du serre de la Vigne à sa confluence avec le Grand Buëch» ; «05_130_231 - Le Grand Buëch, ses iscles et ses ripisylves de l'aval du barrage de Saint-Sauveur à Eyguians» & «05_130_246 - Le Grand Buëch, ses iscles et ses ripisylves de Laragne à Sisteron».

Elle jouxte par ailleurs la ZNIEFF de type 2 «04_144_100 - Le Grand Buëch jusqu'à la confluence avec la Durance» qui englobe la ZNIEFF de type 1 «04_144_149 - Le Grand Buëch, ses iscles et ses ripisylves de Laragne à Sisteron» établie dans le département limitrophe des Alpes-de-Haute-Provence.

De part son orientation nord-sud et par sa position biogéographique en bordure intérieure des Préalpes, succédant ou anticipant la dépression du sillon alpin (Trièves, Grésivaudan et Combe de Savoie), le site est une voie importante de pénétration à l’intérieur des Alpes et concentre un flux migratoire majeur pour l’avifaune. Il permet également le transit des espèces végétales, ce qui se traduit par la remontée de plantes méditerranéennes ou la descente de plantes montagnardes.

L’écocomplexe fluviatile du Buech présente un important niveau d’organisation étroitement dépendant de la dynamique hydraulique torrentielle et du charriage des alluvions, conditions strictement dépendantes du bon fonctionnement de l’ensemble de son bassin versant. Ainsi par exemple, sur le site il existe d’anciens bras morts qui représentent des refuges indispensables pour la flore et la faune. Localement, la ripisylve est relativement large et le Buech dispose d'un lit en tresses où se maintiennent de nombreux îlots végétalisés, présentant à la fois les premiers stades de la dynamique de végétation indispensable au maintien des espèces pionnières, ainsi que des stades de ripisylves plus évolués, habitat d’espèces spécialisées strictement inféodées aux forêts riveraines humides.

Commentaires sur la délimitation

Les limites du site englobent l’écocomplexe fonctionnel du cours du Buëch, depuis son entrée dans le département des Hautes-Alpes, avec ses principaux affluents : le petit Buëch à l’aval de Veynes, le Céans, la Blème et la Blaisance. Elles incluent les cours d’eau cités, leurs ripisylves et zones connexes proches. La délimitation est assez nette et exclut l’essentiel des secteurs fortement anthropisés (cultures, zones urbaines et semi-urbaines) situés en bordure. Ces derniers justifient la délimitation par les fortes discontinuités écologiques et paysagères occasionnées.