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ZNIEFF 930020483
GRAND LUBERON

(n° régional : 84105100)

Commentaires généraux

Description de la zone


Troisième grand massif montagneux du Vaucluse (avec le mont Ventoux et les monts de Vaucluse), la chaîne du Luberon s’étend sur environ 60 km, de Cavaillon à l’ouest à Manosque à l’est, entre le bassin du Calavon au nord et la Durance au sud. C’est la frontière naturelle entre la Basse et la Haute Provence. Ce massif, principalement situé dans le département du Vaucluse, est composé de deux ensembles séparés par la combe de Lourmarin (il s’agit en fait d’une cluse) dans laquelle coule l’Aigue Brun, le grand Luberon à l’est qui culmine à 1 125 m (Mourre Nègre) et le petit Luberon (727 m dans ses parties les plus élevées) à l’ouest.
Le massif du Luberon est un anticlinal délimité par deux synclinaux. Son orientation est ouest résulte de sa formation pendant la phase tectonique pyrénéo provençale au cours de laquelle les Pyrénées ont été mises en place il y a environ 40 millions d’années. La phase alpine, beaucoup plus récente (8 millions d’années) a donné une deuxième jeunesse à ce relief déjà ancien.
Dans la partie orientale du massif, le grand Luberon est bien individualisé par son aspect géomorphologique, sa climatologie et par une végétation à fortes affinités tempérées ou montagnardes. À partir d’une assise géologique constituée principalement de calcaires marneux grisâtres qui datent de l’Hauterivien, structurés en gros bancs avec alternance de marnes, il a développé tout un ensemble de reliefs aux formes massives et arrondies, bien plus douces que celles du petit Luberon et surmontées d’une longue ligne de crêtes ondulées où alternent cols et sommets aux reliefs peu marqués.
Le contexte climatique est également très différent de celui du petit Luberon. Ici la localisation et l’altitude (plus de 1 100 m dans la partie la plus élevée) apportent au grand Luberon des températures plus basses, des précipitations plus élevées (parfois sous forme de neige sur les crêtes sommitales), une certaine nébulosité, mais toujours autant de mistral. En dehors du piémont méridional, les affinités tempérées apparaissent très vite, mais elles sont surtout bien présentes en versant nord.
C’est à la faveur de ce contexte géographique et climatique que l’on observe dans le grand Luberon un véritable étagement de la végétation, de l’étage mésoméditerranéen en piémont du versant sud à l’étage montagnard méditerranéen en versant nord (entre 700 et 1 100 m de Sivergues à Saint Martin de Castillon), en passant par un étage supraméditerranéen remarquablement bien représenté en surface (à partir de 500 600 m en versant sud dans les fonds de vallons et en versant nord). Plus raides au sud qu’au nord, les versants s’ouvrent en larges combes colonisées par un manteau forestier quasiment continu de chêne pubescent au nord (interrompu par le hêtre), de pin d’Alep, de chêne vert dominant et de chêne pubescent subordonnés au sud (avec un faciès à houx très localisé). Si les milieux ouverts sont, comme dans le petit Luberon, très bien représentés sur toutes les crêtes sommitales, ailleurs, ils en sont réduits à des lambeaux. De même, les formations édaphiques y sont loin de marquer le paysage comme dans le petit Luberon. Si les formations d’éboulis existent, principalement en versant nord, les groupements saxicoles y sont partout presque inexistants à l’exception notoire de la combe de Lourmarin et des hauteurs du cours supérieur de l’Aigue Brun.

Flore et habitats naturels


Dans le grand Luberon, la biodiversité s’exprime beaucoup moins dans les formations boisées (sauf dans les fonds de combes) que dans les formations des milieux ouverts. Parmi ces dernières, celles des crêtes ventées offrent un éventail très large dont certaines restent rares au niveau national. Tel est le cas de la formation méditerranéo montagnarde à Genista pulchella subsp. villarsiana (genêt de Villars). Tel est le cas également de la formation à Crepis suffreniana (crépis de Suffren) et des pelouses rases à Gagea pratensis (gagée des prés) et à Gagea bohemica (gagée de Bohême). Cette dernière formation est bien représentée sur les crêtes sommitales en raison d’un contexte climatique à fortes affinités montagnardes du fait de l’altitude. D’ailleurs on y observe également Brassica repanda subsp. saxatilis (chou étalé, des rochers), autre espèce méditerranéo montagnarde, endémique du sud est de la France et qui est ici en limite de son aire de répartition.
Dans la partie centrale de son versant nord, le grand Luberon offre une hêtraie localisée dans des vallons et des versants exposés aux courants humides (entre le vallon des Fayards à l’ouest et le Plan des Agasses à l’est). Si l’on y rencontre tout le cortège floristique des hêtraies sèches situées en région méditerranéenne, quelques éléments y apportent un caractère davantage montagnard comme certaines espèces rares en région méditerranéenne. C’est encore dans cette hêtraie que l’on peut observer Viola jordanii (violette de Jordan) aux Fayards. De plus, dans les vallons les plus encaissés, et sur de gros blocs, s’est installée la formation à tilleul et à érables (Tilio Acerion) que l’on ne retrouvera qu’au fond des gorges de la Nesque dans le Vaucluse. Toujours en versant nord, mais en piémont, une espèce rare, longtemps méconnue, Noccaea praecox (tabouret précoce) existe à Sivergues et à Saint Martin de Castillon. En revanche, Anthemis cretica subsp. gerardiana (anthémis de Gérard) se maintient toujours bien et particulièrement près du Mourre Nègre.
En versant sud, alors que certaines combes hébergent Poa flaccidula (pâturin mou), que l’on retrouve également dans le versant nord, le secteur du vallon de Massel abrite toujours Delphinium fissum (pied d’alouette fendu), et Asplenium scolopendrium (scolopendre) à la Roche d’Espeil (celle dernière espèce s’observe également à la Bastide du Bois à Peypin d’Aigues), alors que d’autres espèces n’y ont jamais été confirmées comme Phalaris paradoxa (alpiste paradoxal). À l’extrémité orientale du grand Luberon, tout près de la limite interdépartementale, Arceuthobium gambyi (gui du genévrier) prolonge dans le Vaucluse (près du château de Veyron), une station qui est très importante dans le département des Alpes de Haute Provence. Dans les sites les plus xérothermophiles de ce versant, (piémont en particulier), les rares pelouses ou clairières des bois clairs abritent encore Gagea lacaitae (gagée de Lacaita) à l’entrée de la combe de Lourmarin (près de la combe de Chaux) et Ophrys provincialis (ophrys de Provence). C’est dans un site proche (la Roche) et dans des milieux similaires que l’on rencontre encore Picris pauciflora (picride pauciflore). Dans des sites qui furent sans doute jadis plus ou moins anthropisés, on pourrait encore rencontrer Satureja hortensis (sarriette des jardins), mais ses anciennes localités de Cabrières d’Aigues et de Cucuron n’ont pas été retrouvées.

Faune


Le grand Luberon renferme un patrimoine faunistique d’un intérêt élevé. Ce sont ici 38 espèces animales patrimoniales qui ont été recensées (dont 13 déterminantes).
Le peuplement d’oiseaux nicheurs est doté de nombreuses espèces d’intérêt patrimonial. Il comprend à la fois des espèces forestières, plutôt d’affinité médio européenne, et des espèces de milieux ouverts, plutôt d’affinité méditerranéenne : Bondrée apivore, Circaète Jean le blanc (une quinzaine de couples reproducteurs), Autour des palombes, Faucon hobereau, Grand-duc d’Europe, Guêpier d’Europe, Cochevis huppé, Fauvette orphée, Pie grièche écorcheur, Pie grièche méridionale, Huppe fasciée, Pipit rousseline, Alouette lulu, Bruant fou, Bruant ortolan, Bruant proyer, Monticole bleu, Pigeon colombien, Chevêche d’Athena, Cincle plongeur, . Les mammifères sont représentés par diverses chauves-souris (Grand Murin, Noctule de Leisler, Vespère de Savi) et l’herpétofaune par le Lézard ocellé et le Pélodyte ponctué. Le site est compris dans le domaine vital de l’Aigle de Bonelli qui niche à proximité.
Les arthropodes patrimoniaux correspondent localement aux espèces suivantes : le Charançon Pleurodirus aequisextanus, espèce déterminante rare et localisée de coléoptères Curculionidés, endémique du Bas Languedoc, des Bouches du Rhône, du Var et du Vaucluse, l’Alexanor (Papilio alexanor), espèce déterminante de lépidoptère, protégée au niveau européen, rare et dont l’aire de répartition est morcelée, inféodée aux éboulis et pentes rocailleuses jusqu’à 1700 m d’altitude où croît sa plante hôte locale Ptychotis saxifraga, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable d'affinité montagnarde, protégée au niveau européen, peuplant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m d’altitude, le Marbré de Lusitanie (Euchloe tagis bellezina), lépidoptère très localisé représenté par la sous espèce bellezina, endémique du sud de la France et de l’extrême nord ouest de l’Italie, inféodé aux milieux ouverts où croît sa plante nourricière Iberis pinnata, l’Azuré du baguenaudier (Iolana iolas), espèce méditerranéenne très localisée, strictement inféodée à la présence de son unique plante hôte (Colutea arborescens), l'Échiquier de Russie (Melanargia russiae), espèce remarquable de lépidoptère d'affinité steppique, localisée et dont la sous espèce cleanthe est endémique des montagnes du nord de l'Espagne et des Alpes du sud, la Vanesse des pariétaires (Polygonia egea), espèce déterminante de papillon de jour en forte régression, ne subsistant en France plus que dans les Alpes-Maritimes à l’est du fleuve Var, le Sablé de la luzerne (Polyommatus dolus dolus), espèce déterminante de rhopalocères ("papillons de jour"), dont la sous-espèce dolus est endémique de Provence et peuple les chênaies claires, lisières et pelouses où croissent ses plante hôtes des sainfoins (Onobrychis ssp), le Sténobothre cliqueteur (Stenobothrus grammicus), espèce déterminante ibéro provençale typique des milieux sec, arides et pierreux de l'étage montagnard méditerranéen, le Grillon testacé (Eugryllodes pipiens), espèce ouest méditerranéenne dont la sous espèce provincialis est endémique du sud de la France, qui peuple les pentes rocailleuses et pelouses sèches sur les reliefs exposés. Citons également le Scorpion languedocien (Buthus occitanus), espèce remarquable xéro thermophile d’affinité ouest méditerranéenne,  peu commune et affectionnant les sols meubles voire sablonneux et la Scolopendre ceinturée (Scolopendra cingulata), imposant chilopode (« mille pattes ») limité en France à la bordure méditerranéenne.
Chez les hémiptères, notons la présence de trois punaises : Acalypta hellenica et Lasiacantha histricula, espèces déterminantes de la famille des Tingidés, et la punaise Anoplocerus elevatus, espèce déterminante de la famille des Coréidés, rare en France et d'affinité méditerranéenne.
Chez les mollusques gastéropodes, signalons notamment l’existence de la Clausilie de Provence (Clausilia rugosa provincialis), espèce endémique du département du Vaucluse.

Commentaires sur la délimitation

La partie vauclusienne du massif du grand Luberon constitue une entité géographique fonctionnelle très bien individualisée. La ZNIEFF correspond à la totalité de cette entité à l’exclusion des agrosystèmes situés à la base même du massif. La grande diversité des habitats, la climatologie, ainsi que les contraintes du milieu physique et plus particulièrement l’analyse géomorphologique confortent la définition du contour de la zone.