7110 - Tourbières hautes actives

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractères généraux

Cet habitat complexe regroupe une grande diversité de formations végétales, toutes liées aux tourbières acidiphiles, que l’on peut rencontrer dans deux situations bien distinctes.
D’une part, dans leurs formes les plus caractéristiques, ces formations se trouvent au sein des hauts-marais - tourbières ombrotrophes (alimentées par les seules eaux météoriques), toujours oligotrophes et très acides - où elles s’associent en une mosaïque complexe d’habitats pour constituer le fond de la végétation assurant la croissance globale de la tourbière. Ces formes, que l’on peut qualifier de typiques, occupent généralement de grandes superficies, de l’ordre de plusieurs hectares, mais leurs formes maintenues dans un bon état de conservation sont assez rares sous nos latitudes.
D’autre part, il est possible d’opposer à ces formes caractéristiques, des formes que nous qualifierons de fragmentaires où l’habitat de tourbière haute active se limite à quelques petites taches au sein de systèmes tourbeux non obligatoirement ombrotrophes. Il peut s’agir de bas-marais acidiphiles, de tourbières de transition, voire de bas-marais neutro-alcalins dans lesquels s’individualisent, ici ou là et selon des processus dynamiques complexes, des buttes - dites d’ombrotrophisation - constituées de Sphaignes et tendant à s’affranchir de l’alimenta- tion minérotrophique du site. Ces formes peuvent n’occuper que quelques mètres carrés au sein du système tourbeux.
Dans le cas des formes typiques, c’est l’ensemble du site
- le haut-marais ombrotrophe - qui supporte une végétation de tourbière haute active. Dans le second cas, seules quelques portions du site, plus ou moins localisées, supportent ce type de végétation qui se trouve alors en mosaïque et/ou en interconnexion avec d’autres habitats de tourbières désignés par d’autres codes. Il est bien évident que tous les stades intermédiaires existent et que les tourbières peuvent être pour tout ou partie de leur superficie occupées par ces communautés de hauts-marais. Les plus typiques sont celles qui forment les buttes de Sphaignes (Cor. 51.11, Classe des Oxycocco-Sphagnetea), ombrotrophes. Ce sont les seules vraies caractéristiques de cet habitat des tourbières hautes actives et leur présence est impérative pour sa désignation. En effet, les autres communautés qu’englobe cet habitat relèvent de classes phytosociologiques différentes, que l’on peut également rencontrer au sein d’autres types de tourbières (bas-marais, tourbières de transition, tourbières boisées).
Cet habitat a connu une dramatique régression au cours des dernières décennies, victime du drainage, de l’enrésinement, de l’exploitation industrielle de tourbe, du creusement de plans d’eau, parfois du surpâturage ou de son abandon, notamment dans ses formes fragmentaires. Il est encore bien représenté dans les régions de moyenne montagne et dans certaines régions de plaine au climat propice à son développement, mais ses formes typiques maintenues dans un bon état de conservation sont devenues rares.
La gestion de la végétation des tourbières hautes actives consiste le plus souvent en une gestion passive - au fil de l’eau - de ses formes typiques (hauts-marais ombrotrophes) et en l’intégration de ses formes fragmentaires dans la gestion globale des tourbières les abritant (bas-marais, tourbières de transition) tout en portant une attention particulière à la grande sensibilité de ces végétations, à celle des buttes de Sphaignes notamment. Le bilan hydrique, fondamental sur ces milieux, doit être maintenu et la gestion s’effectuer à l’échelle des bassins versants. Des travaux de restauration par décapage ponctuel et broyage peuvent être entrepris sur les sites ayant atteint un stade terminal et des travaux d’ouverture sont parfois nécessaires sur les sites en cours de colonisation par les ligneux.

Déclinaison en habitats élémentaires

L’habitat a été décliné en un seul habitat élémentaire car, en dépit de sa variabilité, les recommandations pour sa gestion restent, pour l’essentiel, les mêmes.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
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