Leontodonto pyrenaici - Caricetum curvulae Braun‑Blanq. 1948

Prodrome des végétations de France décliné (PVF2)

Synécologie

Pelouse des replats, dépressions ou faibles pentes en exposition fraîche, à sol acide, assez profond, ne subissant pas de dessiccation excessive en période estivale, répartie sur l’ensemble de l’étage alpin (principalement entre 2400 et 2800 m, avec un optimum autour de 2600 m).

Nom cité du syntaxon

Leontodonto pyrenaici - Caricetum curvulae Braun‑Blanq. 1948 nom. invers. propos. [art. 10b, 42] (Mon. Est. Pir. Inst. Esp. Edafol. Fisiol. Veg. 9 : 216).

Synonymes

(inclus) Luzulo - Festucetum supinae Gruber 1975 (Ecol. Medit., Marseille 1 : 86) = Hieracio pumili - Festucetum supinae Braun‑Blanq. 1948 sensu Gruber 1978 (il s’agit des mêmes relevés).
Dans leur catalogue, Rivas‑Martínez et al. (2001 : 102) ont proposé d’inclure cette association au Hieracio pumili - Festucetum supinae Braun‑Blanq. 1948, ceci sans présenter d’analyse des relevés. Compte‑tenu de nos résultats nous préférons, comme Braun‑Blanquet (1948) et Illa et al. (2006), conserver les deux associations indépendantes. Plusieurs arguments plaident en ce sens :
- regrouper tous les relevés dans la même association reviendrait à appauvrir considérablement la caractérisation du Hieracio - Festucetum, qui dans son aire restreinte est floristiquement bien caractérisée par la combinaison Carex ericetorum (V), Thymus nervosus (V), Arenaria grandiflora (IV), Erigeron uniflorus subsp. aragonensis (IV), Silene ciliata (IV), Gentiana verna (IV), Lotus corniculatus subsp. alpinus (IV), Helictotrichon sedenense (III), Cerastium alpinum (III), taxons se retrouvant de façon plus isolée surtout dans la  sous‑association arenarietosum grandiflorae du Leontodonto - Caricetum qui fait la transition avec le Hieracio - Festucetum ;
- la richesse floristique du Hieracio - Festucetum est nettement supérieure à celle du Leontodonto - Caricetum (29 en moyenne pour la première contre 20 pour la seconde d’après nos résultats, ce que confirme également ceux de Illa et al. (2006) ;
- notre traitement montre que le Hieracio - Festucetum au sens strict ainsi délimité est circonscrit à la partie la plus orientale des Pyrénées soumise à un macroclimat de régime méditerranéen (sécheresse estivale accentuée), ne  dépassant pas la Cerdagne à l’ouest des Pyrénées françaises, alors que le Leontodonto - Caricetum a une répartition plus vaste ; il est probable que dans l’aire où les deux associations se rencontrent (partie la plus orientale des Pyrénées), jouent des compensations de facteurs, notamment une réserve en eau supérieure de certains sols excluant le Hieracio - Festucetum, ce que remarquait déjà Braun‑Blanquet (1948) ;
- notre classification ascendante hiérarchique discrimine très nettement le Hieracio - Festucetum.

Type nomenclatural

Désigné par Corriol & Mikolajczak (2017 : 75) : rel. 1 du tab. 24 (lectoypus nominis) in Braun‑Blanquet (1948).

Physionomie

Pelouse rase et drue, généralement dense à 70‑100 % de recouvrement, mais parfois plus écorchée et ouverte, dominée par les hémicryptophytes cespiteuses et les chaméphytes en coussinets, de couleur vert sombre, ternie des extrémités sèches des feuilles de Carex curvula, mais brillamment colorée du bleu intense des corolles de Gentiana alpina à floraison, accompagné des touches roses dues notamment à Androsace carnea, Pedicularis pyrenaica, Trifolium alpinum et aux Armeria, à richesse spécifique assez faible, mais variable selon les sous‑associations et variantes (principalement entre 14 et 27 taxons en tenant compte des 87 relevés réunis, avec une moyenne de 20, mais nettement plus faible dans la forme type), à optimum en juillet (début d’été).

Variations

- typicum, groupement central, sans les différentielles des sous‑associations identifiées, différencié surtout négativement,
à richesse spécifique réduite (principalement entre 13 et 20 taxons pour une moyenne de 16) ; deux variantes identifiées,
une typique, à Luzula lutea, Phyteuma globulariifolium subsp. pedemontanum, Erigeron uniflorus subsp. aragonensis, Sedum alpestre, et une appauvrie, à Minuartia sedoides ;
- arenarietosum grandiflorae Corriol in Corriol & Mikolajczak 2017, typus nominis rel. 11 du tab. p. 3 in Baudière & Serve 1975 (Colloq. Phytosoc. 9‑14 : 3) ; différenciée par Arenaria grandiflora, Helictotrichon sedenense et, en commun avec la variante typique du typicum, Phyteuma globulariifolium subsp. pedemontanum ; topographies plus exposées aux influences  oro‑méditerranéennes, à recouvrement plus important en chaméphytes, fait la transition vers le Hieracio pumili – Festucetum supinae ; deux variantes identifiées, une modale, à Juncus trifidus, Luzula lutea, Euphrasia minima, assez riche en espèces (22‑29), correspondant à la var. à Juncus trifidus de Braun‑Blanquet (1948), et une autre plus intensément soumise aux phénomènes périglaciaires, plus ouverte (parfois jusque 20 % de recouvrement seulement) et fortement appauvrie en espèces (10‑22), correspondant au faciès dégradé du « groupement à Carex curvula » du tab. II de Baudière & Serve (1980) ;
- oreochloetosum blankae (Gruber 1975) Corriol in Corriol & Mikolajczak 2017. (basionyme : Luzulo - Festucetum supinae Gruber in Ecol. Medit., Marseille 1 : 86), lectotypus nominis rel. 8 du tab. 3 in Gruber 1975 (Ecol. Medit., Marseille 1 : 87) ; différenciée positivement par Oreochloa disticha subsp. blanka, Armeria alpina, Helictochloa versicolor, Sempervivum montanum, Trifolium alpinum, Sedum alpestre, cette sous‑association est la plus riche en espèces avec 22‑38 taxons pour une moyenne de 29 ; influences oro‑méditerranéennes plus atténuées, alors que les influences des Pyrénées centrales prennent le relais (position plus occidentale, en Ariège, ou topographie plus nivale dans les Pyrénées catalanes), altitudes un peu plus élevées en moyenne (2 500‑2 900 pour une moyenne de 2 670 m) ; fait la transition avec le Gentiano alpinae - Caricetum curvulae ;
- vaccinietosum microphylli (Carrillo & Ninot 1992) Corriol in Corriol & Mikolajczak 2017 (basionyme : Hieracio - Festucetum airoidis vaccinietosum microphylli in Flora I vegetació de les Valls d’Espot I de Boí, I : 83), différenciée positivement par Antennaria dioica, Vaccinium uliginosum subsp. microphyllum, Daphne cneorum, Plantago monosperma, Gentiana nivalis, à richesse spécifique plus élevée que le type (17‑26 taxons pour une moyenne de 22), l’altitude est dans la frange inférieure de l’association (2 100‑2 670, centrée autour de 2400 m), enrichie en chaméphytes, notamment Ericacées, fait la transition avec des communautés chaméphytiques de crêtes ventées ; deux variantes identifiées, une à Calluna vulgaris, Festuca nigrescens, Helictochloa versicolor, Carex sempervirens subsp. pseudotristis, faisant la transition vers des landines du Loiseleurio - Vaccinion microphylli, l’autre à Carex myosuroides, Oxytropis campestris, Dryas octopetala, Thalictrum alpinum, Bistorta vivipara, Helictotrichon sedenense sur roche mère à influences alcalines, faisant la transition vers des pelouses du Kobresion myosuroidis [cette dernière variante correspond au Hieracio - Festucetum airoidis kobresietosum myosuroidis Carrillo & Vigo in Carrillo & Ninot (1992 : 83) et inclut probablement aussi le Hieracio - Festucetum airoidis dryadetosum octopetalae Carrillo & Font in Carrillo et al. (2000 : 114) des Sierras pré‑pyrénéennes].

Synchorologie

Pyrénées orientales, limité côté français au Vicdessos (Ariège) à l’ouest, sauf pour la sous‑association oreochloetosum, qui atteint le massif du Vallier (Gruber, 1978).

Bibliographie

 Corriol G. & Mikolajczak A. 2017. Contribution au prodrome des végétations de France : les Caricetea curvulae Braun-Blanq. 1948 nom. conserv. propos. J. Bot. Soc. Bot. France, 77 : 57‑86. (Source)

Baudière A. & Serve L. 1975. Les groupements à Carex curvula All. subsp. curvula des Pyrénées orientales et leur interprétation phytogéographique. Colloq. Phytosoc. 9‑14 : 1‑8.

Baudière A. & Serve L. 1980. Les groupements à Carex curvula All. du Touzal‑Colomé (Massif du Carlitt, Pyrénées‑Orientales) et leur intérêt biogéographique. Misc. Papers 19 : 37‑56.

Braun‑Blanquet J. 1948. La végétation alpine des Pyrénées‑Orientales. Mon. Est. Pir. Inst. Esp. Edafol. Fisiol. Veg. 9 : 1‑306.

Carrillo E. & Ninot J.M. 1992. Flora I vegetació de les Valls d’Espot I de Boí, I. Ed. Institut d’Estudis Catalans, Barcelona, 474 p.

Carrillo E., Carreras J., Font X., Ninot J.M., Soriano I. & Vigo J. 2000. La vegetació de les serres prepirininenques compreses entre els rius Segre i Llobregat 4‑Pastures alpines i subalpines. Bull. Soc. Linn. Provence 51 : 95‑120.

Gruber M. 1975. Les pelouses du Festucion eskiae et du Festucion supinae des Pyrénées ariégeoises et catalanes. Ecol. Medit., Marseille 1 : 79‑91.

Gruber M. 1978. La végétation des Pyrénées ariègeoises et catalanes occidentales. Thèse, Université Aix‑Marseille, 1 vol. 305 p. + 1 vol. fig. & tabl.

Vigo J., Ferré A., Illa E. & Font X. 2008. Session de phytosociologie de la Société botanique du Centre‑Ouest, juin 2007, Sant Joan de les Abadesses. Bull. Soc. Bot. Centre‑Ouest, NS, 39 : 301‑406.