8210-11 - Falaises calcaires ensoleillées de la Bourgogne, du Jura et des Préalpes

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étages collinéen et montagnard (en général inférieur à 1 600 m). Falaises calcaires présentant des conditions mésophiles à xérophiles.
Situation généralement héliophile, induisant des périodes d’intense sécheresse et d’importantes variations de température.
Végétation installée au niveau des fentes (diaclases) contenant quelques éléments fins provenant de l’altération de la roche et un peu de matières organiques issues des premiers lichens et mousses colonisateurs (lithosol à humus brut).

Variabilité

On peut distinguer à ce jour trois communautés, en fonction de leur chorologie :
- dans le Jura, les Préalpes du Nord, présence d’une première communauté à Potentille à tiges courtes (Potentilla caulescens) et Épervière humble (Hieracium humilis) [Potentillo caulescentis-Hieracietum humilis], avec des formes collinéenne et montagnarde ;
- en Bourgogne, communauté à Drave faux aïzoon (Draba aizoides) et Daphné des Alpes (Daphne alpina) [Drabo aizoidis-Daphnetum alpinae] sur les grandes falaises aérées d’ubac, dégagées de peuplements arborescents (mésoclimats froids, très ventés, caractérisés par une luminosité importante) ;
- au sud de la Bourgogne et du Jura et dans les Préalpes calcaires, existence d’une communauté à Asplénium des fontaines (Asplenium fontanum) et Asplénium cétérach (Asplenium ceterach) [Asplenietum fontani-ceterach]. Les espèces de cette communauté peuvent se retrouver sur les murs de la même région qui présentent, entre les pierres accumulées des conditions assez identiques aux falaises rocheuses naturelles.

Physionomie, structure

Le recouvrement est très faible (1 à 10 %) et les individus s’implantent en lignes, se superposant aux diaclases verticales, laissant apparaître de grandes surfaces de roche à nu, colonisées par des associations lichéniques.
La végétation est plus visible en mai et juin, époque de floraison des espèces en touffes [Daphné des Alpes, Athamanthe de Crète (Athamantha cretensis)].
Le peuplement végétal peut devenir plus important lorsque la fente s’élargit ; dans ce cas, les espèces de pelouses s’installent aux dépens des chasmophytes.

Confusions possibles

À la même altitude, et sur les mêmes substrats, confusion possible avec les végétations de falaises ombragées du Cystopteridion fragilis [Code UE : 8210], abritant des espèces sciaphiles, absentes de l’habitat décrit dans cette fiche.

Dynamique

Cet habitat est le plus souvent permanent, la dynamique végétale y est généralement limitée. Une végétation herbacée pionnière, très spécialisée, s’installe peu à peu dans les fentes des calcaires plus ou moins compacts, et est à l’origine des premiers apports de matière organique.
Ce léger enrichissement en matières fines favorise l’arrivée de quelques plantes herbacées de pelouses puis de quelques arbustes comme le Nerprun des Alpes.
Les espèces pionnières rupicoles restent toutefois majoritaires. L’évolution se déroulant à des vitesses variables, une même falaise peut présenter longtemps tous les stades d’évolution.$

Habitats associés ou en contact

Pelouses du Seslerion colonisant les vires rocheuses [Code Corine : 36.4312].
Pelouses de corniche surplombant la roche des falaises et fournissant des semences pour la dynamique de l’habitat [Code UE : 6210].
Fruticées xérophiles de ces corniches à Amélanchier à feuilles ovales (Amelanchier ovalis), Cotoneaster, Nerprun des Alpes [Code Corine : 31.8123].
Chênaies pubescentes [Code Corine : 41.71].
Hêtraies à Aspérule [Code UE : 9130], hêtraies sèches calcicoles [Code UE : 9150] (parfois dominées par le Sapin, Abies alba), tillaie à Seslérie bleuâtre (Sesleria caerulea), érablaies à Scolopendre (Asplenium scolopendrium) [Code UE : 9180*].
Pineraie de Pin sylvestre (Pinus sylvestris) xérophile [Code Corine : 42.5].

Répartition géographique

La communauté à Drave faux aïzoon et Daphné des Alpes est inféodée à la côte et à l’arrière côte dijonnaise (au nord de Dijon l’association est fragmentaire).
La communauté à Potentille à tiges courtes et Épervière peu élevée est propre au Jura et aux Préalpes du Nord où son aire reste à préciser.
La communauté à Asplénium des fontaines et Asplénium cétérach se répartit du sud de la Bourgogne et du Jura jusqu’aux Préalpes calcaires.

Valeur écologique et biologique

Cet habitat possède une aire de répartition limitée où la surface occupée par les individus est très réduite.
Présence d’espèces endémiques comme la Biscutelle de Dijon ou d’espèces rares (Daphné des Alpes…).
Les falaises constituent des sites de nidification de plusieurs oiseaux rupestres qui jouent sans doute un rôle important pour la dissémination des espèces pionnières. Certains sont protégés au niveau national : le Tichodrome échelette (Tichodrome muraria), le Pouillot de Bonelli (Phylloscopus bonelli), le Bruant fou (Emberiza cia).
Elles constituent également des sites de repos diurnes ou d’hivernage de certains chiroptères.
Cet habitat, au travers de l’abondance des orpins (Sedum sp.), abrite notamment un lépidoptère : l’Apollon (Parnassius apollo) protégé au niveau national.

États de conservation

États à privilégier :
Falaises, rochers colonisés par l’une des trois communautés.

Autres états observables :
Murs (pour la végétation à Asplénium des fontaines et Asplénium cétérach).

Tendances et menaces

Ce type d’habitat est peu menacé compte tenu de son caractère souvent permanent. Cependant, certains types de menaces peuvent potentiellement agir sur lui :
- ouverture de carrières ;
- création de parcours d’escalade et nettoyage des voies ;
- surfréquentation du Chamois…

Axes de recherche

Préciser l’aire de distribution de ce type d’habitat et préciser ses variations d’ordre écologique et d’ordre dynamique.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Herard-Logereau K., Van Es J. & Balmain C. (coord.), 2004. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 5 - Habitats rocheux. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 381 p. + cédérom. (Source)