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91D0-3 - Pineraies tourbeuses de Pin à crochets

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Type d’habitat installé généralement au-dessus de 800 m, dans des vallées à fond plat et imperméable, occupées par des tourbières bombées.
Présent dans des régions à climat plutôt froid et humide pendant une bonne partie de l’année.
Le sol est constitué par la tourbière bombée, à nappe phréatique proche de la surface.
Alimentation hydrique par eaux de pluie uniquement (tourbière ombrotrophe).
La tourbe acide gorgée d’eau, est d’une épaisseur variable (35 cm à quelques mètres).
Tourbe pouvant se dessécher en surface pendant l’été, (sur 10-15 cm).
Tourbe très acide (pH de 5,5 à 3,5) et oligotrophe voire dystrophe.
Racines vivantes concentrées dans les 20-30 cm supérieurs.

Variabilité

Variations géographiques :
- race vosgienne où ce type d’habitat est rare ;
- race jurassienne avec des formations ; plus fréquentes et développées spatialement ;
- race des Alpes du nord ;
- race d’Auvergne, rare ;
- race pyrénéenne, très rare (une station).

Variations selon la position sur la tourbière :
- variante au centre de la tourbière bombée, avec Callune et un grand nombre d’espèces de tourbières ouvertes (Linaigrette engainante : Eriophorum vaginatum, Andromède : Andromeda polifolia…), parfois proche des tremblants (ex. Luitel, 38) ;
- variante de bordure de tourbière, à proximité de la pessière tourbeuse, plus riche en espèces forestières (en particulier Myrtille : Vaccinium myrtillus).

Physionomie, structure

Peuplement arborescent uniforme dominé par le Pin à crochets auquel se mêlent le Bouleau, le Sorbier des oiseleurs. La hauteur des arbres diminue vers le centre de la tourbière (plus humide, sol plus pauvre).
La strate arbustive est très clairsemée avec parfois le Camerisier bleu et très rarement le Bouleau nain (Jura).
Dans la strate basse dominent souvent les Éricacées : Myrtille des marais, Airelle rouge, Myrtille commune, Callune avec la Camarine.
Le tapis muscinal est omniprésent avec diverses Sphaignes, Polytrichum strictum, Hylocomium splendens, Ptilium crista-castrensis…

Confusions possibles

Il est impossible de confondre avec un autre type d’habitat.

Dynamique

Spontanée :
- Centre de la tourbière bombée --> Implantation directe, disséminée du Pin à crochets --> Pineraie plus ou moins ouverte.
- Vers le bord de la tourbière --> Phase pionnère à Bouleau --> Implantation du Pin à crochets --> Pineraie plus ou moins ouverte.
- Vers le bord de la tourbière --> Phase pionnère à Bouleau --> Boulaie pubescente en l’absence du Pin à crochets (91D0-1.2 pro parte).

Liée à la gestion :
Essai infructueux de plantation d’Épicéa.
Un drainage important, naturel ou non, peut faire passer à la pessière tourbeuse.
Le pin régénère quand des individus ont été coupés.

Habitats associés ou en contact

Différents types d’habitats de la tourbière bombée (UE : 7110).
Bas marais acide.
Pessière tourbeuse (UE : 91D0).

Répartition géographique

Vosges (très rare).
Jura (ex. Lac des Rousses, Bois de Frasne). Alpes du nord (Luitel, Haute-Savoie).
Auvergne (Margeride, La Barthe), sans doute après introduction. Pyrénées (Pinet à la limite Aude - Ariège, Néouvielle).

Valeur écologique et biologique

Type d’habitat dont l’aire de répartition est réduite ; et dont les individus sont généralement de faible étendue.
Peuplements actuels résiduels : avant l’exploitation des tourbières, ces forêts de Pin et de Bouleau recouvraient de nombreuses tourbières (Jura, Alpes).
Présence de populations particulières de Pin à crochets (Pinus uncinata subsp. rotundata) ; le Pin à crochets des tourbières constitue une sous-espèce du pin de montagne.
Situation marginale de grand intérêt occupée par le Pin. Présence possible du Bouleau nain (Betula nana) (Jura, Margeride).
Intérêt cynégétique de ces milieux (zone de refuge pour la faune sauvage…).
Nota : pas d’évolution vers la pessière tourbeuse (sauf drainage important).

États de conservation

États à privilégier :
Peuplements denses de Pin à crochets.
Peuplements clairs en cours d’installation, y compris sur trem- blants.
Phase pionnière à Bouleau nain -

Tendances et menaces

Il n’y a plus d’exploitation de tourbe ou de tentatives de plantations.
L’habitat peut souffrir des modifications apportées au fonctionnement hydrique de la tourbière (captage, drainage…).
Tout boisement de Pin sylvestre ou de Pin à crochets à proximité va permettre une hybridation avec les pins de tourbière, au statut taxonomique original. Le « Pin de tourbière » peut s’hybrider avec la sous-espèce nominale du pin à crochets.
Risque possible d’eutrophisation, mais cas rare (proximité d’une route, ex. Luitel).
Sensibles aux attaques de scolytes.

Potentialités intrinsèques de production

Milieux marginaux : habitat concernant des zones où aucun produit n’est commercialisable et peu ou pas d’interventions connues sur ces pinèdes.

Axes de recherche

Suivi de la dynamique d’envahissement par l’Épicéa, étude sur les modalités de concurrence et d’alternance entre Pin à crochets et Épicéa.
Suivi de la régénération du Pin à crochets.
Affiner le statut taxonomique de ces « Pin de tourbière », évaluer les risques d’hybridation existants.
Recherche sur la gestion passée de ces complexes tourbeux. Pédagogie à l’environnement : le rôle économique et écologique des zones humides ; cycles biologiques et chaînes alimentaires…

Bibliographie

Bensettiti F., Rameau J.-C. & Chevallier H. (coord.), 2001. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 1 - Habitats forestiers. Volume 1. MATE/MAP/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 339 p. + cédérom. (Source)