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91E0-4 - Aulnaies blanches

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Les aulnaies blanches représentent les premières forêts alluviales (arborescentes) à l’amont des torrents et rivières des Alpes (et du Jura), entre 1 400-1 100 m et 400 m.
Au centre de leur aire (Alpes du nord), elles sont installées sur des matériaux alluviaux à texture grossière (sableuse, sablo-limoneuse, graveleuse). Dans les Alpes du sud, elles recherchent des substrats plus fins, procurant un bilan hydrique favorable en climat régional plus sec.
Les cours d’eau à eaux vives peuvent présenter des crues perturbatrices détruisant en partie le linéaire forestier riverain.
Les sols sont de type alluvial, peu évolué.

Variabilité

Variations avec l’altitude à l’origine de deux types d’habitats élémentaires.

Aulnaie blanche montagnarde à Calamagrostide varié, se rencontrant entre 1 400 m et 800 m, disparaissant souvent entre 1 200 et 1 100 m ; en amont, l’aulnaie cède la place à des saulaies où l’Aulne blanc persiste en transition à l’état dispersé (saulaie à Saule à cinq étamines : Salix pentandra ou à Saule drapé : Salix elaeagnos). Sur graviers et sables grossiers, donnant des sols aérés, squelettiques, avec un humus caractérisé par une forte activité biologique.

Aulnaie blanche submontagnarde à Prêle d’hiver se rencontrant de 800 m à 400 m ; installée sur matériaux alluviaux sablo-limoneux ou humo-sableux. L’activité biologique est aussi très forte au niveau de l’humus.
En dehors des crues, le niveau moyen de la nappe est assez pro- fond (80-100 cm) et plus profond encore pour les aulnaies dynamiques succédant aux saulaies sur les îles du Rhône.

Physionomie, structure

Peuplements dominés surtout par l’Aulne blanc auquel se mêlent l’Érable sycomore, l’Épicéa, dans la partie amont des cours d’eau, et le Frêne commun, le Chêne pédonculé, le Cerisier à grappes, dans la partie aval.
La strate arbustive, en plus des jeunes arbres, comprend quelques saules.
La strate herbacée est souvent recouvrante : avec le Calamagrostide variable ou la Prêle d’hiver.

Confusions possibles

Avec l’érablaie-frênaie riveraine dans le massif jurassien, ou dans les Alpes du nord entrant en contact avec l’aulnaie blanche submontagnarde.

Dynamique

Les aulnaies blanches succèdent généralement aux saulaies arbustives : à Saule drapé, à Saule pourpre.
Elles représentent un climax stationnel encore dominé par une espèce pionnière, accompagnée d’essences à bois durs. Dans la partie aval des rivières, elles s’enrichissent en essences à bois durs (érablaies-frênaies, chênaies-ormaies…).
Après destruction partielle lors de crues catastrophiques, leur retour est généralement précédé par un habitat à saules arbustifs.

Habitats associés ou en contact

Végétation herbacée des grèves alluviales (UE : 3270).
Végétation à Myricaire germanique (UE : 3240).
Végétation à Saule drapé, Saule pourpre (UE : 3230).
Pessières (UE : 9410).
Bois de Pin à crochets (UE : 9430).
Bois de Pin sylvestre.
Sapinières-hêtraies (UE : 9130).
Mégaphorbiaies (UE : 6430).

Répartition géographique

Étages montagnard et submontagnard des Alpes. Jura où l’aire exacte reste à préciser.
Nota : l’Aulne blanc peut se retrouver naturellement dans la chênaie-ormaie des grands fleuves (avalaison). Il est également utilisé en plantation (restauration de carrières, terrils ou en « forêt » : Champagne crayeuse…).

Valeur écologique et biologique

Habitat peu étendu qui souvent a été détruit ou fortement perturbé.
Habitat pouvant héberger des espèces rares (surtout au niveau des complexes d’habitats riverains).
Intérêt des écocomplexes riverains avec leur mosaïque d’habitats variés (milieux aquatiques, prairies inondables, mégaphorbiaies, végétation herbacée des alluvions).
Valeur paysagère et rôle important dans la fixation des bords de torrents.

États de conservation

États à privilégier :
Aulnaie blanche en taillis ou en futaie, isolée ou en mosaïque avec d’autres habitats de l’annexe I (prairies, milieux aquatiques).
Linéaire résiduel le long d’un torrent, exempt de pestes végétales.

Autres états observables :
Présence de pestes végétales qu’il conviendrait d’éliminer pour restaurer l’état de conservation et la biodiversité.

Tendances et menaces

Présence, dans un certain nombre de sites, de pestes végétales (espèces introduites depuis plus ou moins longtemps et prenant un développement considérable aux dépens des espèces indigènes : Renouées (Reynoutria japonica, R. sachalinensis), Solidage du Canada (Solidago canadensis), Buddleya (Buddleja davidii) éliminant les espèces herbacées et compromettant la régénération des essences ligneuses.
Menaces sérieuses sur la pérennité de l’habitat lors de certains travaux d’aménagement des cours d’eau.

Potentialités intrinsèques de production

À l’exception des rares situations plus étendues où quelques individus isolés (Érable sycomore ou Frêne commun) peuvent avoir une valeur marchande, aucune valorisation économique n’est envisageable (problèmes d’exploitation par rapport aux surfaces concernées et à leur disposition : liserés, mosaïque).

Axes de recherche

Connaissance du cycle des espèces envahissantes (Renouée du Japon, Verge d’Or…) pour déterminer le ou les stades phénologiques les plus sensibles vis-à-vis des méthodes de lutte.
Expérimentations avec pâturage extensif (Verge d’Or).
Renouée du japon : recherche d’une efficacité à long terme de la lutte : intérêt de mettre en place un programme de recherche sur la lutte biologique.
Délimiter l’aire exacte de ce type d’habitat.

Bibliographie

Bensettiti F., Rameau J.-C. & Chevallier H. (coord.), 2001. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 1 - Habitats forestiers. Volume 1. MATE/MAP/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 339 p. + cédérom. (Source)