91F0-2 - Chênaies-ormaies rhénanes

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Variabilité

Formation alluviale à bois dur des grands fleuves alpins, dont les crues se produisent à la fonte des neiges (fin du printemps - début de l’été).
Le passage des stations à saulaies pionnières aux stations de chênaie-ormaie peut se réaliser dans les espaces où la violence des crues diminue, ainsi que leur force érosive (diminution de la dynamique du fleuve) ; éloignement du fleuve ou d’un bras latéral, topographie plus ou moins surélevée.
Inondations plus ou moins régulières : crues de quelques jours à trois mois, d’une hauteur maximale de 2,50 m.
Les matériaux alluviaux sont fréquemment carbonatés.

Physionomie, structure

Dans la plaine d’Alsace, deux secteurs se différencient en fonction de la nature des alluvions :
- les alluvions très carbonatées, en amont (grande richesse en espèces calcicoles) et espèces d’altitude fréquentes du fait de la position sur le profil en long ;
- les alluvions plus riches en argiles, en limons, voire en sables, en aval, avec raréfaction des espèces calcicoles et développement d’espèces recherchant les argiles.
Sur le profil transversal, intervient la situation topographique par rapport à la nappe, induisant des variations fortes dans la durée et la fréquence des crues :
- zones basses pouvant subir encore 20/30 jours par an d’inondation : « frênaie-ormaie » ;
- zones élevées avec moins de 20 jours de crues par an : « chênaie-ormaie ».
Des variations s’observent ensuite, pour chacune de ces zones, selon la nature des matériaux alluvionnaires :
- limons plus ou moins profonds (ex. chênaie-ormaie à Impatience) ;
- alluvions sablo-limoneuses, limono-sableuses (chênaie-ormaie à Ail des ours) ;
- sables, graviers…

Espèces "indicatrices"

Strate arborescente caractérisée par une exceptionnelle richesse en espèces ligneuses (du fait de la présence de calcaire dans les sols, de l’arrivée d’espèces d’altitude, dont les semences sont charriées par l’eau, de la mosaïque de phases dynamiques, de la juxtaposition de conditions hydriques variées) : Chêne pédonculé, Frêne commun, Orme champêtre, Orme lisse, Érable sycomore, Peuplier blanc, Tilleul…
On retrouve de nombreuses pionnières (Aulnes, Saule blanc). Strate arbustive diversifiée, avec des lianes (Lierre, Clématite et
Vigne sauvage).
Strate herbacée très recouvrante mais de composition très différente selon la variante.

Confusions possibles

Avec l’ormaie-frênaie à Cerisier à grappes de la dépression marginale ou des bords de l’Ill, installée dans des lits mineurs de largeur plus réduite.

Dynamique

Après destruction de la chênaie-ormaie par une très forte crue, une saulaie arbustive puis une saulaie-peupleraie noire arborescente se réinstalle, puis, par exondation en l’absence de grandes crues, des essences à bois dur (Frêne) se réimplantent et la chênaie-ormaie peut se reconstituer à partir des stocks de semences voisins.
En cas de raréfaction des crues, cas le plus fréquent à l’heure actuelle vu la régularisation des fleuves, la chênaie-ormaie se dégrade par assèchement vers une ormaie-charmaie (que l’on trouve parfois déjà à sa périphérie) puis évolue vers une chênaie pédonculée-charmaie à Primevère élevée et Cerisier à grappes zonale, beaucoup moins diversifiée en espèces.
La chênaie-ormaie des grands fleuves alpins représente la phase de maturité forestière la plus élevée pour une forêt alluviale.

Habitats associés ou en contact

Saulaie-peupleraie (à Peuplier noir) (UE : 91E0*).
Peupleraie blanche-frênaie (UE : 91E0*).
Chênaie pédonculée-frênaie, chênaie pédonculée-charmaie (UE : 9160).
Roselières, prairies à laîches des bords de bras morts.
Prairies inondables fauchées des zones anciennement déboisées (UE : 6510 ; 6440).
Prairies à hautes herbes de lisière ou de territoires où les actions anthropiques ont disparu (UE : 6430).
Groupements aquatiques des bras morts (UE : 3150).

Répartition géographique

Bande rhénane. Sites sur le cours du Rhône en amont de Lyon.
Exemples de sites avec l’habitat dans un bon état de conservation : réserves naturelles : Erstein ; réserves biologiques.

Valeur écologique et biologique

L’intérêt des massifs forestiers rhénans réside dans l’originalité de leur composition (richesse en espèces végétales et animales) et dans leur diversité écologique et dynamique (diversité topographique, phénomènes dynamiques, structure…).
La chênaie-ormaie rhénane constitue un ensemble exceptionnel à l’échelle de l’Europe par l’importance de sa surface résiduelle (environ 7 000 hectares). Elle tire sa singularité de la conjonction favorable des facteurs écologiques suivants :
- confinement du fossé rhénan, température privilégiée, douceur ;
- forte humidité atmosphérique ;
- alimentation en eau abondante en période de végétation, par le fleuve et la nappe ;
- apports d’alluvions et de fertilisation par les crues ;
- bonne aération du sol et sols carbonatés donnant des écosystèmes complexes et une végétation luxuriante.

États de conservation

États à privilégier :
Chênaies-ormaies-frênaies à l’état de futaie irrégulière ou régulière ou de taillis sous futaie.
Phase pionnière à bois tendre (Peuplier blanc, avec restes de Peuplier noir).

Autres états observables :
Plantations de Peupliers, de Noyers.
Peuplements avec Robinia pseudacacia.

Tendances et menaces

Atteintes portées à cet habitat :
- diminution passée de la surface forestière au profit d’activités agropastorales ;
- travaux d’aménagement hydraulique (digues, barrages) entraînant une baisse du toit de la nappe et une diminution des oscillations, modifiant et banalisant les écosystèmes ;
- installations portuaires, extraction de granulats ;
- surexploitation forestière, introduction d’espèces allochtones (ex. : populiculture intensive, Robinier).
Statut actuel : l’ensemble de ces forêts bénéficie actuellement du statut de forêt de protection avec un règlement d’exploitation. Cependant, le risque majeur (assèchement du fait de la baisse de la nappe) n’est pas résolu.

Potentialités intrinsèques de production

Potentialités moyennes à élevées, productivité assez exceptionnelle sur les meilleures stations ; grande richesse naturelle en essences feuillues nobles : Chêne pédonculé, Frêne commun, Érables, fruitiers.

Axes de recherche

Expérimentations à poursuivre sur le Robinier : dynamique, stratégies et capacité de colonisation d’espaces ouverts/boisés, contrôle de son expansion, méthodes d’exploitation des Robinier (« jardinage » des cépées/coupes rases)…
Suivi de l’évolution des conditions hydrodynamiques.
Mesure des impacts sur les sols d’une gestion par petites sur- faces (fréquence de pénétration des engins, etc.).
Études à mener pour caractériser les habitats du Rhône.

Bibliographie

Bensettiti F., Rameau J.-C. & Chevallier H. (coord.), 2001. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 1 - Habitats forestiers. Volume 1. MATE/MAP/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 339 p. + cédérom. (Source)