4030-9 - Landes nord-atlantiques sèches à subsèches

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étages planitiaire à collinéen (jusqu’à 400 m).
Climat atlantique atténué (nord-atlantique) à influences océaniques modérées.
Situations topographiques variées sur plateaux ou pentes faibles à moyennes, parfois au niveau de chaos gréseux.
Roches-mères siliceuses diverses : sables acides (surtout wéaldiens, thanétiens, stampiens, plus rarement bartoniens ou yprésiens), grès armoricains, poudingues cambriens, argiles à silex bien drainés, parfois cailloutis de silex pléistocènes (Artois) ou alluvions fluviatiles anciennes décalcifiées (vallée de la Seine).
Rankers, sols podzoliques oligotrophes, acides (pH ≤ 5), à réserve en eau faible à moyenne ; aspects typiques sur podzols humo-ferrugineux secs.
Systèmes landicoles hérités de traditions pastorales extensives (ovins, bovins) souvent étayées par des pratiques d’incendie et d’étrépage ; également clairières et lisières forestières (naturelles ou anthropiques : laies, lignes électriques) ou milieux de substitution (sablières, talus, remblais…).

Variabilité

Diversité typologique principale selon les climats et les régions géographiques.
Dans une ambiance climatique plus océanique (marges armoricaines, proximité du littoral plus au nord) : lande à Ajonc d’Europe et Bruyère cendrée [Ulici europaei-Ericetum cinereae] avec : Ajonc d’Europe (Ulex europaeus), Bruyère cendrée (Erica cinerea)… ; ensemble relativement hétérogène, variant en fonction du climat et des sols. On peut extraire de cette variabilité les landes altitudinales sans Bruyère cendrée des crêtes du Bray et de l’Orne qui représentent des formes montagnardes originales à Myrtille (Vaccinium myrtillus), jadis répandues, mais qui n’existent plus aujourd’hui qu’à l’état fragmentaire.

En climat nord-atlantique atténué de l’intérieur des terres, faisant la transition avec les landes subcontinentales : lande à Bruyère cendrée et Callune vulgaire [Erico cinereae-Callunetum vulgaris], avec : Bruyère cendrée, Genêt poilu (Genista pilosa), Genêt d’Allemagne (Genista germanica)…

Variabilité secondaire de type édaphique : variante type des crêtes, platières et chaos gréseux ; variante à Genêt poilu et Genêt d’Angleterre (Genista anglica) des vallonnements sableux. Les situations les plus thermophiles au sud de Paris, possèdent l’Hélianthème en ombelle (Halimium umbellatum) et annoncent les landes thermophiles ligériennes.

Plusieurs variantes édaphiques ou dynamiques communes aux deux types de landes :
- à Molinie bleue (Molinia caerulea), sur substrats moins bien drainés, notamment par enrichissement en argile (tendances à l’engorgement) ou après incendie ;
- à Polypode vulgaire (Polypodium vulgare agg.) à proximité d’affleurements rocheux ;
- pionnière à Fétuque filiforme (Festuca filiformis), Gaillet des rochers (Galium saxatile)… ;
- à Fougère aigle (Pteridium aquilinum) sur sols podzoliques plus profonds ou sols bruns lessivés ;
- à Brachypode penné (Brachypodium pinnatum agg.) sur sols enrichis en calcaire, à complexe absorbant saturé en bases, notamment au niveau de colluvions sablo-argileuses sur calcaires.

Physionomie, structure

Landes mi-hautes à hautes [(20-) 30-60 (-100) cm], constituées dans leurs aspects typiques par des Éricacées sociales (Callune vulgaire, Bruyère cendrée) en vastes peuplements denses, et plus ou moins fermées. La Callune imprime généralement la physionomie générale (« callunaies »), mais dans les formes pionnières ou dans les secteurs armoricains, la Bruyère cendrée peut former faciès.
L’Ajonc d’Europe, habituellement réduit à des taches arbustives épaisses, peut lorsqu’il participe en abondance à la lande former une strate nanophanérophytique haute, à floraison prévernale à vernale.
Communautés secondaires dominées par des chaméphytes sous-frutescents sempervirents bryophylles ou leptophylles, de structure verticale variable en fonction du stade d’évolution dynamique et du degré de stabilisation du tapis végétal. On peut ainsi distinguer des « landes stabilisées » par des pratiques répétées (fauche, incendie, pâturage extensif) et des « landes fugaces » inscrites dans un processus dynamique orienté soit vers les forêts acidiphiles (voie progressive), soit vers les pelouses acidiphiles (voie régressive).
L’ouverture du tapis de chaméphytes, dans les stades régressifs ou progressifs de la lande, permet la structuration d’une mosaïque complexe hébergeant des hémicryptophytes ou des plantes à vie courte héritées des pelouses acidiphiles en contact spatial ou temporel.
Dans les ouvertures de la lande laissant apparaître le sol, s’installent diverses communautés de cryptogames landicoles pionniers rassemblant des bryophytes acrocarpes (Dicranum, Polytrichum) et des lichens (Cladonia sp. pl.) ; les lapins peuvent avoir un rôle important dans leur genèse et leur maintien.
Dans les stades de vieillissement des landes, la strate bryolichénique enregistre généralement un développement important des muscinées pleurocarpiques, et notamment de la Pleurozie de Schreber (Pleurozia schreberi) ; le tapis muscinal alors très épais et dense empêche les germinations des phanérogames.
Fréquemment au sein de la lande, le Bouleau verruqueux (Betula pendula), parfois accompagné du Bouleau pubescent (Betula alba), réalise un piquetage arbustif progressif qui peut aboutir à des structures verticales complexes de « pré-bois landicoles » offrant des paysages très pittoresques de « landes à Bouleaux ».
Strate herbacée parfois associée à un voile de Genévrier commun (Juniperus communis) dans les anciens parcours extensifs [« Formations de Juniperus communis sur landes ou pelouses calcaires », code UE : 5130].
Faible diversité floristique.
Physionomie très colorée et spectaculaire en été avec la floraison rose massive de la Callune vulgaire et de la Bruyère cendrée, très morne le reste de l’année.

Confusions possibles

Avec des landes atlantiques subsèches vicariantes à Ajonc nain (Ulex minor), notamment dans les régions de contact (Normandie, Bray) [Ulici minoris-Ericenion cinereae, code UE : 4030].
Avec des pelouses acidiphiles nord-atlantiques en contact topographique ou en liaison dynamique [Galio saxatilis-Festucion filiformis, code UE : 6230*].
Avec des manteaux acidiphiles pionniers à Genêt à balais (Cytisus scoparius), Ajonc d’Europe (Ulex europaeus) [Cytisetea scopario-striati, code Corine : 31.84 ; et pour les communautés à Genévrier commun, code UE : 5130].

Dynamique

Spontanée :
Végétations secondaires issues généralement de déforestations historiques anciennes, inscrites dans des potentialités de forêts acidiphiles du Quercion roboris, soit des chênaies sessiliflores du Quercenion robori-petraeae, soit des hêtraies-chênaies de l’Ilici aquifolii-Quercenion petraeae.
L’existence de seuils de blocage de la dynamique de recolonisation forestière, tenant essentiellement aux fortes contraintes édaphiques, peut cependant ralentir plus ou moins longtemps les processus évolutifs (certaines de ces landes ont été qualifiées pour ces raisons de paraclimaciques). Ces seuils restent néanmoins fort précaires et particulièrement sensibles aux perturbations édaphiques violentes (incendies violents, remaniements du sol…).
Phases dynamiques internes au niveau des landes elles-mêmes : phase pionnière à strate chaméphytique ligneuse ouverte, associée à une strate herbacée basse de plantes des pelouses acidiphiles vivaces (Fétuque filiforme, Danthonie décombante, Patience petite oseille…) ou annuelles (Aïra précoce, Aira praecox) phase mâture à structure chaméphytique haute semi-ouverte associée à une strate bryolichénique de Cladonies et de bryophytes acrocarpes ; phase de vieillissement avec fermeture et élévation du tapis végétal et extension au sol de bryophytes pleurocarpes (Pleurozie de Schreber) qui finit par constituer une strate muscinale dense et continue.
Principales étapes dynamiques : piquetage arbustif et/ou arboré progressif par le Bouleau verruqueux, la Bourdaine (Frangula alnus), les Pins (quand existent des porte-graines à proximité), surtout le Pin sylvestre (Pinus sylvestris) et parfois le Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), aboutissant à la formation de fourrés coalescents ou de complexes préforestiers de type « pré-bois » (mêlant landes, fourrés et couvert arboré). De là se constitueront progressivement de jeunes forêts acidiphiles à Chêne sessile (Quercus petraea) et hybrides associés, Bouleau verruqueux et, en fonction de la pluviosité, Hêtre commun (Fagus sylvatica).
Action souvent intense des lapins, jadis déterminante avant l’arrivée de la myxomatose.

Liée à la gestion :
Le piétinement (de l’homme ou des troupeaux) destructure la strate bryolichénique et favorise l’installation et le développement des hémicryptophytes et des annuelles au détriment de la strate chaméphytique sous-frutescente.
Le pâturage irrégulier ou très extensif entretient des mosaïques complexes et fortement intriquées de pelouses acidiphiles et de landes, donnant à l’ensemble un aspect de landes basses, plus ou moins herbeuses.

Habitats associés ou en contact

Communautés bryolichéniques landicoles associées.
Voile de Genévrier commun (Juniperus communis) sur landes sèches [code UE : 5130].
Pelouses acidiphiles pionnières atlantiques à thérophytes [Thero-Airion, code Corine : 35.21].
Pelouses acidiphiles nord-atlantiques [Galio saxatilis-Festucion filiformis, code UE : 6230*].
Ourlets acidiphiles nord-atlantiques [Conopodio majoris-Teucrion scorodoniae].
Landes humides atlantiques [Ulici minoris-Ericenion ciliaris, code UE : 4020*].
Landes tourbeuses atlantiques [Ericion tetralicis, code UE : 4020*].
Manteaux pionniers à Ajonc d’Europe, Genêt à balais, Bourdaine… [Cytisetea scopario-striati].
Forêts acidiphiles collinéennes nord-atlantiques [Quercion roboris, codes Corine : 41.52 et 41.12].

Répartition géographique

Lande à Ajonc d’Europe et Bruyère cendrée : nord-ouest de la Mayenne au Boulonnais et à l’Audomarois, mais devenant très rare au nord de la Seine.
Lande à Bruyère cendrée et Callune vulgaire : relaie la lande précédente vers l’est, depuis le massif de Fontainebleau jusqu’au Hainaut.

Valeur écologique et biologique

Biotopes originaux et marginaux, relictuels au sein de régions d’agriculture intensive, fortement urbanisées, excellents bio-indicateurs édaphiques et climatiques.
Diversité floristique réduite mais présence de nombreuses plantes rares dans le nord-ouest de la France, certaines disparues aujourd’hui ; forte représentation du genre Genista : Genêt poilu, Genêt d’Allemagne, Genêt d’Angleterre…
Diversité et originalité des invertébrés très élevées, incluant de nombreuses espèces inféodées aux biotopes de landes.
Paysages variés de landes, depuis les landes monostrates jusqu’aux landes à Genévrier (indicatrices d’usages anciens), landes à chaos gréseux et landes à Bouleaux.
Plusieurs espèces protégées régionalement.

États de conservation

États à privilégier :
Landes à structure chaméphytique mi-haute à haute semi-ouverte, associée à une strate bryolichénique de Cladonies et de bryophytes acrocarpes.
Autres états observables :
Landes rases en mosaïques pastorales avec des pelouses acidiphiles vivaces.
Landes vieillies à Callune vulgaire et Pleurozie de Schreber.

Tendances et menaces

Depuis plus d’un demi-siècle, l’enrésinement systématique de ces landes sèches est l’une des causes majeures de leur disparition. Aujourd’hui, les deux types de landes, dans leurs aspects stabilisés et diversifiés, sont relictuels et en voie de disparition ; ils sont plus fréquents à l’état fragmentaire en contexte forestier.
La lande à Ajonc d’Europe et Bruyère cendrée, au nord de la Seine, et la lande à Bruyère cendrée et Callune vulgaire, dans sa globalité, sont en voie de disparition. Récemment, plusieurs aménagements (infrastructures routières, plantations de résineux) ont considérablement amenuisé les espaces subsistants de ces landes. En dehors des massifs forestiers domaniaux de Fontainebleau et d’Ermenonville, le maintien de la lande à Bruyère cendrée et Callune vulgaire est devenu critique dans les espaces forestiers privés, où l’on observe sa destruction accélérée à la suite de plantations volontaires (généralement de résineux) et de boisements naturels progressifs.

Potentialités intrinsèques de production

Ces landes sont le plus souvent insérées dans des systèmes pastoraux plus vastes, allant des landes humides aux pelouses sèches siliceuses. Elles sont utilisables en parcours pour le bétail (ovin, bovin) qui y trouve une partie de son alimentation mais leur intérêt est très variable selon leur composition.
Cet habitat peut participer à des paysages naturels très prisés par le public, d’où une valorisation touristique indirecte.

Axes de recherche

Suivi de l’impact du pâturage par différents herbivores (lapins, bovins, ovins) afin d’optimiser à terme sa pression pour la conservation de l’habitat.
Suivi de la présence de la faune sauvage (insectes, araignées, reptiles…) en fonction du stade de développement de la lande et du type de gestion pratiqué.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 1. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 445 p. + cédérom. (Source)