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6210-13 - Pelouses calcicoles marnicoles atlantiques

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étages planitiaire et collinéen.
Climat général atlantique de type aquitain à ligérien avec des tendances thermo-atlantiques marquées.
Situations topographiques : pentes variables (0-30°).
Expositions variées, sans préférences globales marquées.
Roches mères carbonatées : calcaires compacts marneux horizontaux du Jurassique, parfois craies marneuses campaniennes ou marnes jurassiques.
Sols relativement profond : sols rendziniformes, évoluant facilement vers des sols bruns calciques.
Systèmes pastoraux extensifs hérités des traditions de parcours ovin, rarement d’installation récente après abandon cultural.
Action complémentaire des lapins importante, devenue déterminante avec la déprise pastorale, jusqu’à l’arrivée de la myxomatose.

Variabilité

Diversité typologique selon les climats et les substrats :

En climat aquitanien atlantique sur calcaires marneux compacts du Poitou au Quercy : pelouse à Ophrys scolopax et Laîche glauque [Ophryo scolopacis-Caricetum flaccae], avec : Ophrys bécasse (Ophrys scolopax), Aster linosyris (Aster linosyris), Polygala du calcaire (Polygala calcarea), Cirse tubéreuse (Cirsium tuberosum), Petit-cytise couché (Chamaecytisus hirsutus), Cupidone bleue (Catananche caerulea)... ; des variantes xéro-marnicoles à caractère plus méditerranéen annoncent la proximité des pelouses xérophiles marnicoles du Xerobromenion erecti ou des pelouses marnicoles méditerranéennes de l’Helianthemo italici-Aphyllanthion monspeliensis :
- variante à Koelérie du Valais (Koeleria vallesiana) sur craies marneuses campaniennes des Charentes ;
- variante à fortes affinités méditerranéennes des calcaires marneux du Quercy avec l’Argyrolobe de Zanon (Argyrolobium zanonii), Avoine faux brome (Aveula bromoides), Liondent crépu (Leontodon crispus)... ;

En climat berrichon à tendance continentale : pelouses mésohygrophiles à Canche intermédiaire et Laîche glauque [groupements à Deschampsia media du Berry]. Cet ensemble auquel la Canche intermédiaire (Deschampsia media) confère un aspect thermo-continental et une forte originalité, est en fait complexe et fait le passage aux prés oligotrophes humides du Molinion caeruleae. ; il réunit plusieurs types rarissimes de pelouses marnicoles, enrichies en mésohygrophytes et hygrophytes, comme le Silaüm silaüs (Silaum silaus), l’Ophioglosse vulgaire (Ophioglossum vulgatum)... ; deux types principaux peuvent être reconnus :
- sur marnes jurassiques (Kimméridgien, Séquanien) du Sancerrois : pelouse à Canche intermédiaire et Brunelle à grandes fleurs, avec : Brunelle à grandes fleurs (Prunella grandiflora), Liondent des rochers (Leontodon saxatilis), Odontitès jaune (Odontites lutea), Danthonie décombante (Danthonia decumbens)... ;
- sur calcaires marneux compacts des causses berrichons : pelouse à Violette naine et Canche intermédiaire, avec : Violette naine (Viola pumila), Laîche tomenteuse (Carex tomentosa), Euphorbe verruqueuse (Euphorbia flavicoma subsp. verrucosa)...

Physionomie, structure

Pelouses rases à mi-hautes, d’aspect général marqué par la Laîche glauque et le Brome dressé (physionomie typique de bromaies-cariçaies marnicoles).
Tapis herbacé légèrement ouvert dans ces aspects typiques (recouvrement moyen de 90 %) ; structure biologique et architecturale relativement équilibrée avec une part minorée des hémicryptophytes (60 %), et une participation importante des géophytes (10-15 % en moyenne) ; mis à part le Brome dressé, les graminoïdes et notamment les fétuques sont discrets et peu représentés dans cet habitat.
Souvent associées à des formations hautes (pelouses-ourlets) à Brachypode penné (Brachypodium pinnatum) et diverses espèces des ourlets marnicoles comme le Peucédan des cerfs (Peucedanum cervaria), l’Inule à feuilles de saule (Inula salicina), la Succise des prés (Succisa pratensis), la Dorycnie à cinq folioles (Dorycnium pentaphyllum)... au sein de complexes structuraux mosaïqués.
Strate herbacée typiquement associée à un voile de Genévrier commun (Juniperus communis) dans les anciens parcours extensifs [« Formations de Juniperus communis sur landes ou pelouses calcaires », Code UE : 5130].
En cas de disparition des populations de lapin ou après abandon pastoral, piquetage arbustif progressif et avancée de lisières forestières aboutissant à des structures verticales complexes de « pré-bois ».
Floraison variée et très colorée de la fin du printemps au début de l’été (mai-juillet), avec un regain de floraison en fin d’étédébut d’automne.

Confusions possibles

Avec des pelouses xérophiles marnicoles atlantiques et thermophiles à caractère plus méditerranéen (Xerobromenion erecti), développées en contact [Code UE : 6210].
Avec des pelouses méso-xérophiles atlantiques sur calcaires tendres du Festucenion timbalii, développées en contact [Code UE : 6210].
Avec des pelouses marnicoles atlantiques vicariantes du Festucenion timbalii [Code UE : 6210].
Avec des ourlets calcicoles préforestiers mésophiles développés en lisière et des pelouses-ourlets résultant de l’abandon pastoral et de la dynamique de recolonisation préforestière, généralement dominés par le Brachypode penné (Brachypodium pinnatum), le Peucédan des cerfs (Peucedanum cervaria) et constituant les faciès typiques du Trifolion medii marnicole [Code UE : 6210].

Dynamique

Dynamique de la végétation

Spontanée :
Végétations secondaires issues de déforestations historiques anciennes, inscrites généralement dans des potentialités de forêts thermophiles à caractère méditerranéen du Quercion pubescenti-sessiliflorae [Code Corine : 41.711].
Phases dynamiques internes au niveau des pelouses elles-mêmes : phase pionnière souvent riche en chaméphytes bas, phase optimale à strate pelousaire horizontale suffisamment ouverte pour présenter une niche de régénération fonctionnelle des espèces à vie courte, phase de fermeture de la pelouse à Brome dressé dominant avec perte de la niche de régénération, phase de vieillissement avec élévation du tapis végétal et extension d’espèces d’ourlet (en particulier le Brachypode penné), le Peucédan des cerfs, la Dorycnie à cinq folioles.
Après abandon pastoral, reconstitution forestière de vitesse variable généralement lente et pouvant présenter des seuils dynamiques prolongés (comme les pelouses-ourlets à Brachypode penné et Peucédan des cerfs).
Principales étapes dynamiques : densification par colonisation et extension du Brachypode penné, piquetage arbustif et/ou arboré progressif aboutissant à la formation de fourrés coalescents ou de complexe préforestier de type « pré-bois » (mêlant pelouses, ourlets, pré-manteaux, fourrés et couvert arboré) puis à la constitution de jeunes chênaies pubescentes diversifiées en essences calcicoles.

Liée à la gestion :
Par intensification du pâturage, passage à des variantes appauvries mésophiles enrichies en espèces prairiales.
Suite aux brûlis, déstabilisation de la structure biologique par régression de la part des chaméphytes et du voile de Genévrier commun, avec en l’absence de reprise pastorale, et après un stade favorable aux géophytes (notamment les orchidées), accélération des processus dynamiques d’ourlification.

Habitats associés ou en contact

Voile de Genévrier commun (Juniperus communis) sur pelouses calcicoles [Code UE : 5130].
Pelouses xérophiles marnicoles atlantiques et thermophiles à caractère plus méditerranéen (Xerobromenion erecti) développées en contact en situation plus xérique [Code UE : 6210].
Pelouses calcicoles méso-xérophiles atlantiques thermophiles, plus sèches, du Festucenion timbalii [Code UE : 6210].
Prés mésohygrophiles oligotrophes basophiles du Deschampsio mediae-Molinienon caeruleae [Code UE : 6410] en contact topographique inférieur.
Pelouses-ourlets et ourlets marnicoles atlantiques à Brachypode penné (Brachypodium pinnatum) et mésohygrophytes marnicoles [Code UE : 6210] ; plusieurs types dont les moins mésophiles sont à la charnière des ourlets xérophiles du Geranion sanguinei et des ourlets mésophiles du Trifolion medii ; un type méso-xérophile très distinct dans les Charentes : ourlet marnicole à Peucédan des cerfs et Dorycnie à cinq folioles [Peucedano cervariae-Dorycnietum pentaphylli], présent également sous des formes voisines dans le Périgord et le Quercy.
Manteaux arbustifs préforestiers calcicoles atlantiques, épars ou en situation de lisière, à Viorne lantane (Viburnum lantana), Tamier commun (Tamus communis), Prunier de Sainte-Lucie (Prunus mahaleb)... [Berberidion vulgaris ; Code Corine : 31.812].
Dans les régions aquitaniennes, chênaies pubescentes à Garance voyageuse... [Quercion pubescenti-sessiliflorae ; Code Corine : 41.711].

Répartition géographique

Pelouse à Ophrys scolopax et Laîche glauque : bordure orientale du Bassin aquitain, du Poitou au Quercy.
Pelouses mésohygrophiles à Canche intermédiaire et Laîche glauque : Berry (Sancerrois, causses berrichons).
Présence possible de pelouses marnicoles dans d’autres secteurs du Centre-Ouest à étudier.

Valeur écologique et biologique

La pelouse à Ophrys scolopax et Laîche glauque est un type de distribution assez large, mais en régression spatiale importante et présentant aujourd’hui un caractère relictuel général ; il est probable que des variantes soient dans certaines régions réduites à un petit nombre de sites de surface restreinte et en voie de forte régression.
Rareté extrême des pelouses mésohygrophiles du Berry à Canche intermédiaire et Laîche glauque.
Bonne diversité floristique, comportant plusieurs endémiques françaises : Biscutelle de Guillon (Biscutella guillonii), Ophrys de Saintonge (Ophrys santonica), ainsi que des orchidées méridionales très rares en France ou en limite d’aire vers le nord : Ophrys cilié (Ophrys ciliata), Ophrys jaune (Ophrys lutea), Ophrys brun (Ophrys fusca) ; diversité entomologique encore peu étudiée, mais probablement très élevée, notamment dans les complexes structuraux mélangeant pelouses et pré-manteaux.
Diversité orchidologique exceptionnelle, notamment du genre Ophrys.
Paysages de pelouses à Genévrier commun et richesse de la faune associée.
Plusieurs plantes protégées régionalement.

États de conservation

États à privilégier :
Pelouse rase à mi-haute entrouverte, c’est-à-dire présentant un tapis végétal avec de micro-ouvertures constituant la niche de régénération ; cette structure est obtenue par la pérennité du pâturage extensif sans amendement, associé ou non à l’action des lapins.
Superposition à la pelouse d’un voile de Genévrier, associé aux pratiques pastorales.
Autres états observables :
Pelouse fermée à Brome dressé.
Phases densifiées à Brachypode penné, Peucédan des cerfs, etc., typiques des pelouses vieillies ou incendiées.

Tendances et menaces

Disparition spatiale continue depuis le début du XXe siècle avec accélération très forte depuis 1960 ayant pour causes principales l’abandon pastoral et la reconstitution de boisements, ou inversement l’intensification des pratiques agricoles, et, en Saintonge, l’extension du vignoble de cognac...
Menaces progressives d’extinction pour tous la pelouse à Ophrys bécasse et Laîche glauque.
Urgences d’intervention conservatoire avant disparition totale pour les pelouses mésohygrophiles à Canche intermédiaire et Laîche glauque du Berry.

Potentialités intrinsèques de production

Pâturage extensif ovin.

Axes de recherche

À rechercher.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 2. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 487 p. + cédérom. (Source)