6210-14 - Pelouses calcicoles acidiclines atlantiques

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étages planitiaire et collinéen.
Climat général atlantique variable (aquitain, armoricain ou ligérien) avec localement des nuances régionales de transition vers les climats à précipitations plus élevées du Massif central et du Massif armoricain.
Situations topographiques principales sur plateaux calcaires tabulaires et leurs rebords (pentes nulles à très faibles), rarement sur pentes faibles à moyennes (jusqu’à 30°).
Expositions non différenciées (plateaux calcaires) à chaudes.
Roches mères carbonatées : calcaires durs tabulaires (calcaires jurassiques, calcaires lacustres aquitaniens de Beauce), calcaires primaires est-armoricains.
Sols squelettiques de type brun calcique, rarement rendzines, généralement riches en argile de décalcification (terra fusca) et pH légèrement acide.
Systèmes pastoraux extensifs hérités des traditions de parcours ovin, parfois pelouses d’installation récente après abandon cultural ou suite à la recolonisation de talus artificiels, carrières, etc.
Action complémentaire des lapins importante, devenue déterminante avec la déprise pastorale, jusqu’à l’arrivée de la myxomatose.

Variabilité

Ensemble relativement hétérogène rassemblant des types de pelouses calcicoles semi-sèches atlantiques à caractère acidicline marqué ; diversité typologique principale selon les substrats et les climats :
- en climat aquitanien atlantique sur les plateaux caussenards du Quercy : pelouse à Cardoncelle sans épines et Renoncule graminée [Carduncello mitissimi-Ranunculetum graminei], à caractère xérophile et enrichie en espèces du Xerobromion erecti avec : Cardoncelle sans épines (Carduncellus mitissimus), Renoncule graminée (Ranunculus gramineus), Filipendule vulgaire (Filipendula vulgaris), Ail à tête ronde (Allium sphaerocephalon)... ;
- en climat ligérien berrichon sur plateaux calcaires jurassiques : pelouse à Hélianthème des Apennins et Brome dressé [Helianthemo apennini-Brometum erecti], enrichie en espèces du Xerobromion erecti avec : Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum), Coronille naine (Coronilla minima), Trinie glauque (Trinia glauca), Brunelle à grandes fleurs (Prunella grandiflora)... ; on peut placer à proximité une variante à Renoncule graminée [subass. ranunculetosum graminei], plus sèche et proche du type précédent, avec quelques différentielles : Pulsatille vulgaire (Pulsatilla vulgaris), Lin fausse soude (Linum suffruticosum subsp. appressum), Brunelle à grandes fleurs (Prunella grandiflora), Euphorbe de Séguier (Euphorbia seguieriana)... ;
- en climat ligérien sur calcaire de Beauce : pelouse à Orchis bouffon et Hélianthème des Apennins [Orchido morionis-Helianthemetum apennini], avec : Orchis bouffon (Orchis morio), Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum), Euphorbe faux cyprès (Euphorbia cyparissias)... ;
- en climat plus atlantique sur calcaires primaires est-armoricains : pelouse à Orobanche grêle et Brunelle laciniée [Festucenion timbalii est-armoricain], ensemble regroupant des pelouses en limite d’influence méditerranéenne et à cortège floristique appauvri, avec : Véronique germandrée (Veronica teucrium) Orobanche grêle (Orobanche gracilis), Brunelle laciniée (Prunella laciniata)... ; cet ensemble marque la transition à la fois avec les pelouses subatlantiques du Teucrio montani-Mesobromion erecti et les pelouses nord-atlantiques du Gentianello amarellae-Avenulion pratensis ;

Variabilité secondaire associée ponctuellement à des régimes de gestion (fauche) ou de piétinement, des niveaux de trophie plus élevés et des compositions floristiques appauvries (sites dégradés, situations pionnières artificielles)... ; pour chaque type, des variantes mésophiles postculturales bien distinctes et enrichies en espèces relictuelles de cultures : Luzerne en faux (Medicago falcata), Ail des vignes (Allium vineale), Gesse sans feuilles (Lathyrus aphaca)...

Physionomie, structure

Pelouses rases à mi-hautes, d’aspect général marqué par le Brome dressé (physionomie typique de bromaies sèches).
Tapis herbacé peu ouvert à fermé dans ces aspects typiques (recouvrement moyen de 90 %) ; structure biologique dominée par les hémicryptophytes (75 %), avec une participation modeste des chaméphytes (10-15 %) ; thérophytes généralement bien représentés ; géophytes (notamment orchidées) bien représentées ; différentes espèces peuvent prendre un développement important : Hippocrépide à toupet (Hippocrepis comosa), Fétuque de Léman (Festuca lemanii), Fétuque marginée (Festuca marginata subsp. marginata)...
Souvent associées à des tonsures à thérophytes (communautés de thérophytes pionnières des écorchures de la pelouse : classe des Stipo capensis-Brachypodietea distachyae) et des végétations de dalles calcaires (communautés de thérophytes et de chaméphytes crassulescents des dalles affleurantes ou faiblement recouvertes par une mince couche de terre fine : classe des Sedo albi-Scleranthetea perennis) au sein de complexes structuraux mosaïqués à trois communautés (pelouse/tonsure/dalle).
Variantes mésophiles postculturales de hauteur plus élevée, à participation plus forte des hémicryptophytes et des géophytes (Ails, Muscaris, Orchidées diverses...), et présentant un aspect prairial de « bromaies mésophiles » riches en légumineuses élevées (Luzerne) ou lianeuses (Vesces).
Souvent associées à des formations hautes à Brachypode penné (pelouses-ourlets) au sein de complexes structuraux mosaïqués.
Strate herbacée typiquement associée à un voile de Genévrier commun (Juniperus communis) dans les anciens parcours extensifs [« Formations de Juniperus communis sur landes ou pelouses calcaires », Code UE : 5130].
En cas de disparition des populations de lapin ou après abandon pastoral, piquetage arbustif progressif et avancée de lisières forestières aboutissant à des structures verticales complexes de « pré-bois ».
Floraison principale au printemps (avril-juin), diversement coloriée, avec un prolongement estival et automne plus terne et peu diversifié.

Confusions possibles

Avec des pelouses xérophiles atlantiques et thermophiles à caractère plus méditerranéen (Xerobromenion erecti), développées en contact [Code UE : 6210].
Avec des pelouses méso-xérophiles atlantiques sur calcaires durs appartenant au Festucenion timbalii [Code UE : 6210].
Avec des pelouses pionnières à thérophytes du Thero-Brachypodion dystachyae [Code UE : 6220].
Avec des végétations de dalles calcaires (Alysso alyssoidis-Sedion albi) [Code UE : 6110] ;
Avec des ourlets calcicoles préforestiers mésophiles développés en lisière et des pelouses-ourlets résultant de l’abandon pastoral et de la dynamique de recolonisation préforestière, généralement dominés par le Brachypode penné (Brachypodium pinnatum) et constituant les faciès typiques à Brachypode penné du Geranion sanguinei ou du Trifolion medii [Code UE : 6210].

Dynamique

Spontanée :
Végétations secondaires issues de déforestations historiques anciennes, inscrites généralement dans des potentialités de forêts thermophiles à caractère méditerranéen du Quercion pubescenti-sessiliflorae [Code Corine : 41.711].
Installation possible après abandon de cultures (principalement de vignobles) et stabilisation par entretien pastoral.
Phases dynamiques internes au niveau des pelouses elles-mêmes : phase pionnière souvent riche en thérophytes et chaméphytes bas, phase optimale à strate pelousaire horizontale suffisamment ouverte pour présenter une niche de régénération fonctionnelle des espèces à vie courte, phase de fermeture de la pelouse à Brome dressé dominant avec perte de la niche de régénération, phase de vieillissement avec élévation du tapis végétal et extension d’espèces d’ourlet (en particulier le Brachypode penné).
Après abandon pastoral, reconstitution forestière de vitesse variable généralement lente et pouvant présenter des seuils dynamiques prolongés (comme les pelouses-ourlets à Brachypode penné).
Principales étapes dynamiques : densification par colonisation et extension du Brachypode penné, piquetage arbustif et/ou arboré progressif aboutissant à la formation de fourrés coalescents ou de complexe préforestier de type « pré-bois » (mêlant pelouses, ourlets, pré-manteaux, fourrés et couvert arboré) puis à la constitution de jeunes chênaies pubescentes diversifiées en essences calcicoles.

Liée à la gestion :
Par intensification du pâturage, passage à des variantes appauvries mésophiles.
Suite aux brûlis, déstabilisation de la structure biologique par régression de la part des chaméphytes et du voile de Genévrier commun, avec en l’absence de reprise pastorale, et après un stade favorable aux géophytes (notamment les orchidées), accélération des processus dynamiques d’ourlification.

Habitats associés ou en contact

Groupements bryolichéniques terricoles thermophiles.
Communautés pionnières à thérophytes des tonsures (écorchures des pelouses) du Thero-Brachypodion dystachyae [Code UE : 6220] ; un type bien distinct sur les marges orientales du bassin aquitain à Sabline controversée (Arenaria controversa), Lin des collines (Linum austriacum subsp. collinum), Micrope dressé (Bombycilaena erecta), Buplèvre du Mont Baldo (Bupleurum baldense)... [Lino collini-Arenarietum controversae].
Communautés pionnières de dalles de l’Alysso alyssoidis-Sedion albi [Code UE : 6110].
Voile de Genévrier commun (Juniperus communis) sur pelouses calcicoles [Code UE : 5130].
Pelouses xérophiles atlantiques et thermophiles à caractère plus méditerranéen (Xerobromenion erecti) développées en contact en situation plus xérique [Code UE : 6210].
Pelouses méso-xérophiles atlantiques du Festucenion timbalii [Code UE : 6210] sur calcaires durs.
Pelouses-ourlets et ourlets mésophiles atlantiques à la charnière des ourlets xérophiles du Geranion sanguinei et des ourlets mésophiles du Trifolion medii à Brachypode penné (Brachypodium pinnatum), Mélampyre à crêtes (Melampyrum cristatum)... [Code UE : 6210] ; plusieurs types non ou peu étudiés.
Manteaux arbustifs préforestiers calcicoles atlantiques, épars ou en situation de lisière, à Prunier de Sainte-Lucie (Prunus mahaleb), Buis sempervirent (Buxus sempervirens), Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea), Viorne lantane (Viburnum lantana)... [Berberidion vulgaris ; Code Corine : 31.812].
Chênaies pubescentes à Buis (Buxus sempervirens)... apparentées aux chênaies pubescentes du Quercion pubescenti-sessiliflorae [Code Corine : 41.711], mais de position systématique incertaine.

Répartition géographique

Pelouse à Cardoncelle sans épines et Renoncule graminée : bordure orientale du Bassin aquitain, décrit et surtout connu du Quercy ; aire et distribution précise à établir.
Pelouse à Orchis bouffon et Hélianthème des Apennins : calcaires de Beauce sud-parisiens, atteignant au nord la vallée de l’Essonne.
Pelouse à Hélianthème des Apennins et Brome dressé : causses du Berry (surtout connue du causse de Dun-sur-Auron).
Pelouse à Orobanche grêle et Brunelle laciniée : calcaires primaires est-armoricains du Bassin de Laval.
Autres pelouses du Festucenion timbalii acidicline dispersées en secteur aquitain, depuis le Poitou jusqu’au Quercy.

Valeur écologique et biologique

Types de distribution assez large, mais en forte régression spatiale et présentant aujourd’hui un caractère relictuel général, moins accentué cependant dans le Quercy ; les types berrichon et est-armoricain sont réduits à un très petit nombre de sites et des surfaces restreintes.
Bonne diversité floristique d’ensemble, sans cependant posséder de grandes originalités floristiques ; diversité orchidologique importante ; diversité entomologique encore peu étudiée, mais probablement très élevée, notamment dans les complexes structuraux mélangeant pelouses et pré-manteaux.
Paysages de pelouses à Genévrier commun et richesse de la faune associée.
Plusieurs plantes protégées régionalement.

États de conservation

États à privilégier :
Pelouse rase à mi-rase entrouverte, c’est-à-dire présentant un tapis végétal avec de micro-ouvertures constituant la niche de régénération ; cette structure est obtenue par la pérennité du pâturage extensif sans amendement, associé ou non à l’action des lapins.
Superposition à la pelouse d’un voile de Genévrier, associé aux pratiques pastorales.
Autres états observables :
Pelouse mésophile postculturale riche en légumineuses et espèces prairiales.
Pelouse fermée à Brome dressé.
Phases densifiées à Brachypode penné, typiques des pelouses vieillies ou incendiées.

Tendances et menaces

Régression continue depuis le début du XXe siècle avec accélération très forte depuis 1960 ayant pour causes principales l’abandon pastoral et la reconstitution de boisements, ou inversement l’intensification des pratiques agricoles...
Menaces progressives d’extinction pour tous les types de pelouses.

Potentialités intrinsèques de production

Depuis très longtemps, cet habitat est entretenu par les activités humaines (pâturage extensif) qui ont contribué à la mise en place et à la diversification de ces pelouses.
La biomasse végétale produite annuellement par le tapis herbacé développé sur des sols pauvres en éléments minéraux nutritifs et subissant une période de sécheresse estivale prononcée est très limitée : la gestion sera donc adaptée en conséquence (fauchage une fois par an, dans certains cas).

Axes de recherche

À rechercher

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 2. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 487 p. + cédérom. (Source)