Logo SINP - Système d'information sur la nature et les paysages

6210-21 - Pelouses calcicoles et marnicoles à tendance continentale

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étages planitiaire, collinéen et montagnard inférieur (jusque vers 1200 mètres).
Climat à tendance semi-continentale ou précontinental.
Situation topographique : pentes plus ou moins fortes, très rarement terrasses alluviales.
Expositions variées.
Roches mères : tous types de marnes, surtout d’âge jurassique, plus rarement calcaires marneux, craies marneuses ou argiles ; très rarement argiles alluviales riches en calcaire.
Sols plus ou moins épais, surtout de type brun calcaire.
Systèmes pastoraux extensifs liés au pâturage ovin (surtout au XIXe siècle) et bovin, également milieux secondaires résultant de la recolonisation de vignes (fréquent) ou de champs abandonnés.
Action autrefois importante des lapins (presque disparus) ; limitation fréquente des broussailles par les chevreuils.

Variabilité

L’habitat étant assez répandu dans le quart nord-est il s’ensuit une variabilité importante en liaison avec la géographie et les étages climatiques, ainsi qu’en fonction du substrat.

Variations de type géographique :
- Bourgogne (sauf Nièvre), Champagne-Ardenne (Haute-Marne, Marne, Aube), Haute-Saône, Ain (sud de la chaîne du Jura, vallée de l’Ain) : pelouse à Blackstonie perfoliée et Brome dressé (Chloro perfoliatae-Brometum erecti), avec : Peucédan cervaire (Peucedanum cervaria), Odontitès jaune (Odontites luteus), Séséli des montagnes (Seseli montanum), Lin à feuilles menues (Linum tenuifolium), Orobanche d’Alsace (Orobanche alsatica), Aster amelle (Aster amellus) ;
- Lorraine : idem, mais l’association est très appauvrie en espèces caractéristiques et se rapproche du groupement à Lotier maritime du plateau de Langres ;
- Jura, étages collinéen et montagnard : pelouse à Plantain serpentant et Lotier maritime (Plantagini serpentinae-Tetragonolobetum maritimi) avec : Plantain serpentant (Plantago maritima subsp. serpentina), Lotier maritime (Lotus maritimus), Trèfle des montagnes (Trifolium montanum), Laîche des montagnes (Carex montana).

Principales variations de type édaphique :
- sur marnes humides : sous-association molinietosum littoralis du Chloro perfoliatae-Brometum erecti, avec davantage de Molinie faux roseau, la Succise des prés (Succisa pratensis), le Cirse tubéreux (Cirsium tuberosum) et sous-association potentilletosum erectae du Plantagini serpentinae-Tetragolobetum maritimi avec diverses espèces des molinaies et la Parnassie des marais (Parnassia palustris) ;
- sur marnes très humides (surtout plateau de Langres) : groupement à Lotier maritime et Laîche tomenteuse (Carex tomentosa), avec outre ces deux espèces diverses espèces des moliniaies ;
- sur marnes ravinées très pentues (chaîne du Jura, étage montagnard) : pelouse à Calamagrostide bigarrée et Molinie faux roseau (Calamagrostio variae-Molinietum littoralis), avec : Seslérie bleuâtre (Sesleria caerulea), Calamagrostide bigarrée (Calamagrostis varia), Épervière vulgaire (Hieraceum vulgatum), Épipactis des marais (Epipactis palustris) ;
- sur argiles alluviales (vallée de l’Ain) : pelouse à Blackstonie perfoliée et Brome dressé (Chloro perfoliatae-Brometum erecti), sous-association à Euphorbe de Séguier (subass. euphorbietosum seguieranae), avec : Euphorbe de Séguier (Euphorbia seguierana), Digitaire glabre (Dichanthium ischaemum), etc.

Physionomie, structure

Pelouses rases à mi-rases, très rarement écorchées, souvent très recouvrantes, dominées par les hémicryptophytes, notamment les graminées (Bromus erectus, Brachypodium pinnatum, Molinia caerulea subsp. arundinacea), et souvent Peucedanum cervaria.
Parfois une strate arbustive constituée de genévriers épars accompagnés d’arbustes comme le Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea).
Diversité floristique importante avec deux pics de floraison (avril-juin et août-octobre).
Diversité maximale en Orchidées pour le quart nord-est de la France.

Confusions possibles

Avec des pelouses marnicoles vicariantes dans les régions de contact, notamment dans le Nivernais [Code UE : 6210].
Avec des pelouses mésoxérophiles développées en contact (notamment sur calcaire marneux) ou des pelouses mésophiles à Esparcette à feuille de vesce [Code UE : 6210].
Avec des moliniaies calcicoles peu humides, notamment pour les formes à Molinie faux roseau [Code UE : 6510].
Avec des pelouses-ourlets à Peucédan cervaire enrichies en Brachypode penné (Coronillo variae-Brachypodietum pinnati subass. peucedanetosum cervariae).

Dynamique

Pelouses secondaires résultant de la déforestation, constituant parfois des stades de colonisation de champs ou de vignes abandonnées.

Spontanée :
Après abandon pastoral, densification assez rapide du tapis graminéen (Brachypodium pinnatum, Bromus erectus), formation d’une litière sèche et dense, réduction de la diversité floristique, passage à la pelouse-ourlet (Coronillo variae-Brachypodietum pinnati subass. peucedanetosum cervariae). Ce phénomène est plus rapide dans les régions pluvieuses (Jura, plateau de Langres, Chatillonnais) qu’ailleurs. Il est plus lent sur les sols peu épais en exposition sud.
Parallèlement, implantation de fruticées par noyaux à partir des genévriers et des arbustes isolés (ou par front lorsque la pelouse côtoie une forêt). Les arbres s’installent rapidement par la suite.
À moyen terme, un complexe préforestier mosaïqué est obtenu ; il devient une accrue forestière diversifiée en espèces calcicoles en quelques décennies. Cette dernière évolue généralement vers une chênaie sessiliflore-(hêtraie)-(charmaie) calcicole.

Liée à la gestion :
Passage à des prairies calcicoles pâturées plus fertiles par intensification du pâturage, généralement accompagnée d’amendements accrus.
Passage à la pelouse calcicole mésophile à Esparcette à feuille de vesce puis à la prairie mésophile à Fromental élevé par la fauche et la fertilisation accrue.

Habitats associés ou en contact

Pelouses-ourlets à Sécurigère bigarrée (Securigera varia), Peucédan cervaire (Peucedanum cervaria) et Brachypode penné (Brachypodium pinnatum).
Ourlets méso-xérophiles à Sécurigère bigarrée, Vesce à feuilles menues (Vicia tenuifolia), Aster amelle (Aster amellus), Peucédan cervaire, Trèfle pourpre (Trifolium rubens).
Ravins érodés à Lin de Léo (Linum leonii) ou à Plantain serpentant (Plantago maritima subsp. serpentina) ; manteaux arbustifs préforestiers à Prunier de Sainte-Lucie (Prunus mahaleb), Genévrier commun (Juniperus communis), Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea).
Hêtraies-chênaies-charmaies calcicoles à Scille à deux feuilles (plusieurs types).

Répartition géographique

Plateaux jurassiques du nord-est de la France depuis la Lorraine jusqu’à la Nièvre et la Saône-et-Loire.
Champagne crayeuse : côte marneuse de Champagne depuis le sud des Ardennes jusqu’à l’Yonne.
Chaîne du Jura : étages collinéen et montagnard.
Vallée de l’Ain.
Présence possible : marais tourbeux de Champagne (notamment Saint-Gond), sur les points hauts crayeux.
À rechercher en Alsace.

Valeur écologique et biologique

Habitat rare et en régression spatiale.
Diversité floristique très élevée avec la richesse maximale en orchidées pour le nord-est de la France, certaines espèces étant peu communes, comme l’Ophrys de Mangin (Ophrys apifera var. bicolor), l’Ophrys du Jura (Ophrys apifera var. friburgensis), la Gymnadénie odorante (Gymnadenia odoratissima).
Présence d’espèces protégées régionales comme la Gymnadénie odorante et l’Orobanche d’Alsace (Orobanche alsatica) (Champagne, Bourgogne).
Quelques espèces sont en limite d’aire, notamment l’Orobanche d’Alsace.
Diversité entomologique très forte (grande variété des Orthoptères, des Rhopalocères, plusieurs espèces d’Ascalaphe, Mante religieuse, Petite Cigale des montagnes).
Habitat de plusieurs Reptiles : Lézard des souches (Lacerta agi-lis), Lézars vert (Lacerta viridis), en limite d’aire, Couleuvre verte-et-jaune (Zamenis viridiflavus), Vipère aspic (Vipera aspis).

États de conservation

États à privilégier :
Pelouse rase à mi-rase, ouverte ou non ouverte ; cette structure est obtenue par un pâturage extensif ovin, bovin ou mixte (plus rarement chèvres, ânes ou chevaux, excepté les chevaux lourds), sans fertilisation ni amendement complémentaires.
Pelouse rase à mi-rase mosaïquée avec des fruticées à Genévrier commun et Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) et des pelouses-ourlets à Brachypode penné, non pâturée, autrefois maintenue par les lapins.
Autres états observables :
Pinède clairiérée à Pin sylvestre avec en sous-bois et dans les clairières maintien de la plupart des espèces du groupement.

Tendances et menaces

Habitat autrefois très répandu dans le Nord-Est, en réduction spatiale continue depuis le milieu du siècle avec une très forte accélération vers 1965 : mises en culture (souvent suite aux remembrements), installation de vignobles, reforestation naturelle après abandon, plus rarement enrésinements ou utilisation intensifiée avec des fertilisants.
Habitat actuellement très morcelé et relictuel.
Utilisation pour les loisirs : pique-nique avec feux, moto verte, véhicules tout terrain.

Potentialités intrinsèques de production

Systèmes pastoraux extensifs liés au pâturage bovin, ovin ou caprin.
Dans le Jura, ces espaces d’altitude ont de moins en moins d’intérêt au sein de l’exploitation, les éleveurs moins nombreux qu’autrefois pouvant trouver un espace suffisant à des altitudes inférieures, d’où un risque de déprise pastorale.

Axes de recherche

Effet des fauches sur le Brachypode.
Examiner les différences d’impact sur l’habitat, selon les espèces qui pâturent.
Étudier la période optimale de la fauche par rapport au maintien de la biodiversité.
Réfléchir à des indicateurs botaniques permettant de fixer des repères pour la période de fauche, fixer des dates dans un cahier des charges étant trop aléatoire d’une année à l’autre.
Effets d’un pâturage fort et de courte durée en début de saison de végétation.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 2. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 487 p. + cédérom. (Source)