6210-24 - Pelouses calcicoles méso-xérophiles à tendance continentale

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étages planitiaire, collinéen et montagnard inférieur (jusque vers 1000 m).
Climat à tendance semi-continentale ou précontinental.
Situations topographiques variées : pentes plus ou moins fortes, rebords de plateaux, plateaux (sauf en montagne), très rarement terrasses alluviales.
Expositions variées, mais plus rarement au nord.
Roches mères : tous types de calcaires, y compris marneux, surtout d’âge jurassique, très rarement graviers et sables calcaires alluviaux.
Sols peu épais, surtout de type brun calcique et brun calcaire, plus rarement rendzines.
Systèmes pastoraux extensifs liés au pâturage ovin (surtout au XIXe siècle) et bovin, plus rarement milieux secondaires résultant de la recolonisation de champs cultivés.
Action autrefois importante des lapins (presque disparus) ; limitation fréquente des broussailles par les chevreuils.

Variabilité

L’habitat étant largement répandu dans le quart nord-est de la France, il en découle une variabilité importante, d’abord de type géographique, mais aussi en liaison avec les substrats assez variés et en liaison avec les étages climatiques.

Variations de type géographique :
- Bourgogne, Lorraine, Champagne-Ardenne, Haute-Saône et région de Dôle : pelouse à Fétuque de Léman et Brome dressé (Festuco lemanii-Brometum erecti), avec : Thésion couché (Thesium humifusum), Hélianthème nummulaire (Helianthemum nummularium subsp. nummularium) (remplacée vers le nord par Helianthemum grandiflorum subsp. grandiflorum), Pulsatille vulgaire (Pulsatilla vulgaris), Cytise rampant (Cytisus decumbens) abondant ;
- Yonne, en climat plus sec : pelouse à Fétuque de Léman et Brome dressé (Festuco lemanii-Brometum erecti) sous-association à Fétuque marginée (subass. festucetosum marginatae) avec en plus : Fétuque marginée (Festuca marginata), Fumana couché (Fumana procumbens), Laîche de Haller (Carex hallerana) ;
- Jura, étage collinéen : pelouse à Phalangère rameuse et Brome dressé (Antherico ramosi-Brometum erecti), avec : Thésion à feuilles de lin (Thesium linophyllon), Fétuque d’Hervier (Festuca marginata subsp. gallica), Fétuque de Patzke (Festuca longifolia subsp. pseudocostei), Polygale à toupet (Polygala comosa), Hélianthème sombre (Helianthemum grandiflorum subsp. grandiflorum) ;
- Jura, étage montagnard inférieur : pelouse à Laîche humble et Brome dressé (Carici humilis-Brometum erecti), avec Fétuque de Patzke (Festuca longifolia subsp. pseudocostei), Séséli annuel (Seseli annuum), Véronique en épi (Veronica spicata), Pulsatille vulgaire (Pulsatilla vulgaris), Polygale en toupet (Polygala comosa), Hélianthème sombre (Helianthemum grandiflorum subsp. grandiflorum).

Principales variations de type édaphique :
- sur sables calcaires alluviaux (vallées de l’Ain, du Rhône, du Doubs) : pelouse à Prêle rameuse et Brome dressé (Equiseto ramossissimi-Brometum erecti), avec : Prêle rameuse (Equisetum ramossissimum), Prêle de Moore (Equisetum x-moorei), Scabieuse blanchâtre (Scabiosa canescens);
- sur marnes ravinées (Yonne, Haute-Marne) : pelouse à Fétuque de Léman et Brome dressé (Festuco lemanii-Brometum erecti) sous-association à Lin de Léo (subass. linetosum leonii) avec : Lin de Léo (Linum leonii), Fumana couché (Fumana procumbens), Esparcette des sables (Onobrychis arenaria) ; type très particulier, à rapprocher des éboulis ; végétation très ouverte (recouvrement 20 %) ;
- sur calcaires durs affleurants (région de Metz) : groupement très ouvert à Lin de Léo (Linum leonii) et Mélique ciliée (Melica ciliata) de la pelouse à Fétuque de Léman et Brome dressé (Festuco lemanii-Brometum erecti) sous-association à Lin de Léo (subass. linetosum leonii);
- sur sols bruns calciques à tendance acidocline : sous-association à Genêt sagitté (subass. chamaespartietosum sagittalis), des différentes associations régionales avec : Genêt ailé (Genista sagittalis), Agrostide capillaire (Agrostis capillaris), Luzule des champs (Luzula campestris).

Physionomie, structure

Pelouses rases à mi-rases, parfois écorchées, souvent très recouvrantes, dominées par les hémicryptophytes, notamment les graminées, surtout le Brome dressé.
Parfois une strate arbustive constituée souvent de genévriers épars accompagnés d’autres arbustes : Rosiers (Rosa) divers, Prunier de Sainte-Lucie (Prunus mahaleb), etc. ; diversité floristique importante avec deux pics de floraison (avril-juin et août-octobre).

Confusions possibles

Avec des pelouses méso-xérophiles vicariantes dans les régions de contact [Code UE : 6210].
Avec des pelouses xérophiles du Xerobromion erecti, qu’elles côtoient dans l’Yonne, la Côte-d’Or, la Saône-et-Loire, le Jura, l’Ain [Code UE : 6210] ; dans ces secteurs le Xerobromion erecti s’installe surtout sur les pentes bien exposées et nos pelouses sur les plateaux et les versants exposés au nord. Mais les mosaïques restent possibles dans un même site si la profondeur du sol y est variable.
Avec des pelouses marnicoles développées en contact ou des pelouses mésophiles à Esparcette à feuilles de vesce [Code UE : 6210].
Avec des prairies calcicoles méso-xérophiles pâturées ou fauchées [Code UE : 6510].
Avec des pelouses-ourlets enrichies en Brachypode penné (Coronillo variae-Brachypodietum pinnati).

Dynamique

Pelouses secondaires résultant de la déforestation, ou parfois plus récemment de la colonisation de champs abandonnés.

Spontanée :
Après abandon pastoral, densification plus ou moins rapide du tapis graminéen (Brachypodium pinnatum, Bromus erectus), formation d’une litière sèche et dense, réduction de la diversité floristique, passage à la pelouse-ourlet (Coronillo variae-Brachypodietum pinnati). Ce phénomène est plus rapide dans les régions pluvieuses (Jura, Haute-Marne) qu’ailleurs, notamment sur les sols les plus épais. Il peut être très lent dans les ravins d’érosion et sur les sols peu épais en exposition sud (Yonne, Saône-et-Loire).
Parallèlement, implantation de fruticées par noyaux à partir des genévriers et des arbustes isolés (ou par front lorsque la pelouse côtoie une forêt). Les pins sylvestres (souvent en premier) et de nombreux feuillus s’installent par la suite.
À moyen terme, un complexe préforestier mosaïqué est obtenu ; il devient une accrue forestière diversifiée en espèces calcicoles en quelques décennies. Cette dernière dérive généralement vers une chênaie sessiliflore-(hêtraie)-(charmaie) calcicole.

Liée à la gestion :
Passage à des prairies calcicoles pâturées plus fertiles par intensification du pâturage, généralement accompagnée d’amendements accrus.
Passage à la pelouse calcicole mésophile à Esparcette à feuilles de vesce puis à la prairie mésophile à Fromental élevé par la fauchaison et la fertilisation accrue.

Habitats associés ou en contact

Communautés pionnières de l’Alysso-Sedion à Céraiste nain (Cerastium pumilum), Orpin âcre (Sedum acre), Orpin doux (Sedum sexangulare) et groupements bryolichéniques terricoles thermophiles.
Pelouses-ourlets à Sécurigère bigarrée (Securigera varia) et Brachypode penné (Brachypodium pinnatum) ; ourlets mésoxérophiles à Sécurigère bigarrée (Securigera varia), Vesce à feuilles menues (Vicia tenuifolia), Trèfle pourpre (Trifolium rubens).
Manteaux arbustifs préforestiers à Prunier de Sainte-Lucie (Prunus mahaleb), Genévrier commun (Juniperus communis), Cornouiller mâle (Cornus mas) (plusieurs variantes) ; hêtraieschênaies-charmaies calcicoles à Scille à deux feuilles (très nombreux types).

Répartition géographique

Plateaux jurassiques du nord-est de la France depuis les Ardennes et la Moselle jusqu’à la Nièvre et la Saône-et-Loire.
Chaîne du Jura : étages collinéen et montagnard inférieur.
Présence probable : Rhône (mont-d’or), collines sous-vosgiennes d’Alsace, Préalpes aux étages collinéen et montagnard.

Valeur écologique et biologique

Habitat rare et en régression spatiale ; un type est aujourd’hui très localisé et quasi disparu : Equiseto ramossissimi-Brometum erecti des vallées de l’Ain, du Rhône et du Doubs.
Diversité floristique très élevée avec beaucoup d’Orchidées, certaines peu communes, comme Ophrys apifera var. bicolor, Ophrys apifera var. friburgensis.
Nombreuses espèces en limite d’aire : Hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum), Laîche de Haller (Carex halleriana), Thésion intermédaire (Thesium linophyllon), Thésion couché (Thesium humifusum), etc. ; présence d’espèces protégées régionalement comme le Lin de Léo (Linum leonii) (Champagne, Bourgogne) ; microtaxons : Petit-cytise hérissé (Chamaecytisus hirsutus subsp. hirsutus).
Diversité entomologique très forte (grande variété des Orthoptères, des Rhopalocères, plusieurs espèces d’Ascalaphe, Mante religieuse, Petite Cigale des montagnes).
Habitat de plusieurs Reptiles : Lézard des souches (Lacerta agi-lis), Lézard vert (Lacerta viridis), en limite d’aire, Vipère aspic (Vipera aspis).

États de conservation

États à privilégier :
Pelouse rase à mi-rase, ouverte ou non ouverte ; cette structure est obtenue par un pâturage extensif ovin, bovin ou mixte (plus rarement chèvres, ânes ou chevaux, à l’exclusion des chevaux lourds), sans fertilisation ni amendement complémentaires.
Pelouse rase à mi-rase mosaïquée avec des fruticées à Genévrier commun et Prunier de Sainte-Lucie (Prunus mahaleb) et des pelouses-ourlets à Brachypode penné, non pâturée, autrefois maintenue par les lapins.
Autres états observables :
Pelouse rase surpâturée et piétinée, enrichie en annuelles.
Pelouse fauchée avec fauche printanière ou automnale.
Pelouse secondaire reconstituée suite à l’abattage de pins sylvestres.

Tendances et menaces

Habitat autrefois très répandu dans le Nord-Est, en réduction spatiale continue depuis le milieu du siècle avec une très forte accélération vers 1965 : surtout mises en culture (souvent en liaison avec les remembrements), enrésinements, reforestation naturelle après abandon, plus rarement ouverture de carrières ou utilisation intensifiée avec des fertilisants.
Habitat actuellement très morcelé et relictuel.
Utilisation pour les loisirs : pique-nique avec feux, moto verte, véhicules tout terrain.

Potentialités intrinsèques de production

Systèmes pastoraux extensifs liés au pâturage bovin (génisses), ovin ou caprin.
Pelouses intéressantes pour les animaux de plein air comme les chevaux qu’il est possible de laisser pâturer en hiver, le foin est alors laissé sur pied, non fauché.

Axes de recherche

Effet des fauches sur le Brachypode.
Examiner les différences d’impact sur l’habitat, selon les espèces qui pâturent. Étudier la période optimale de la fauche par rapport au maintien de la biodiversité. Réfléchir à des indicateurs botaniques permettant de fixer des repères pour la période de fauche, fixer des dates dans un cahier des charges étant trop aléatoire d’une année à l’autre. Impact des travaux de débroussaillage sur l’entomofaune. Impact des reposoirs sur l’habitat.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 2. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 487 p. + cédérom. (Source)