Logo SINP - Système d'information sur la nature et les paysages

6230-3 - Pelouses acidiclines subatlantiques sèches du Nord

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étages planitiaire à collinéen.
Climat atlantique atténué (nord-atlantique à subatlantique) à influences océaniques modérées.
Situations topographiques variées sur plateaux ou pentes faibles à moyennes, parfois au niveau de hautes terrasses des grandes vallées.
Roches mères siliceuses diverses enrichies en bases ; il s’agit soit de substrats en place (sables silico-calcaires, schistes, psammites, rarement alluvions anciennes, argiles à silex peu épaisses sur craie…), soit d’apports colluvionnaires calcaires sur substrat acide (ou l’inverse).
Sols oligotrophes à oligo-mésotrophes, modérément acides (acidiclines), à réserve en eau faible à moyenne.
Systèmes pastoraux extensifs hérités de traditions de parcours ou de pâturage maigre ; également pelouses des clairières et lisières forestières (naturelles ou anthropiques : laies, lignes électriques) ou milieux de substitution (talus, remblais…).
Action complémentaire des lapins importante, déterminante dans les situations forestières, mais en déclin depuis l’arrivée de la myxomatose.

Variabilité

Ensemble de pelouses acidiclines du Violion caninae, faisant la transition avec les pelouses calcicoles des Festuco valesiacae-Brometea erecti et très ponctuelles dans les régions nord-atlantiques et subatlantiques du nord de la France. Ces pelouses sont encore fort méconnues, d’autant que leur distinction des pelouses acidiphiles planitiaires et collinéennes n’est que récente ; de ce fait, il est impossible de présenter ici une typologie claire, d’autant que la plupart des observations ont été rapportées soit directement à l’alliance, soit à une unique association de vaste répartition et d’écologie variée, le Galio saxatilis-Festucetum rubrae, décrit originairement d’Allemagne.

On se limitera aux types les plus évidents :
En climat plus atlantique ou à affinités submontagnardes : pelouse à Gaillet des rochers et Fétuque rouge [Galio saxatilis-Festucetum rubrae], type auquel on a longtemps rattaché les pelouses acidiphiles du nord-ouest de la France, aujourd’hui intégrées dans le Galio saxatilis-Festucion filiformis. Outre la présence commune de la Fétuque rouge (Festuca rubra) et du Gaillet des rochers (Galium saxatile), la pelouse acidicline est différenciée par des espèces à caractère mésotrophique et basiphile : Gaillet jaune (Galium verum), Centaurée des bois (Centaurea nemoralis), Boucage saxifrage (Pimpinella saxifraga)… ; on distinguera provisoirement :
- une forme type à caractère submontagnard à Gaillet des rochers ;
- une forme liée à des ambiances atmosphériques plus sèches à Potentille argentée (Potentilla argentea), Genêt des teinturiers (Genista tinctoria), Orpin de Forster (Sedum forsterianum)… ;

En climat subatlantique à affinités continentales : pelouse à Œillet à delta (Dianthus deltoides) et Thym faux pouliot (Thymus pulegioides) sur sables silico-calcaires secs mésotrophes du Tertiaire parisien ;

D’autres pelouses acidiclines du Violion caninae existent ponctuellement sur alluvions fluviatiles (vallées de la Seine, de la Loire…), sur schistes des terrils houillers (bassin minier du Nord/Pas-de-Calais), et très localement ailleurs lorsque des situations écologiques intermédiaires entre pelouses calcicoles et pelouses acidiphiles sont réalisées.

Physionomie, structure

Pelouses rases à mi-hautes (5-40 cm), plus ou moins entr’ouvertes, dominées dans ces aspects typiques par des graminoïdes [Agrostide capillaire (Agrostis capillaris), Flouve odorante (Anthoxanthum odoratum), Fétuque rouge, Luzule des champs (Luzula campestris)…] ; diverses dicotylédones peuvent cependant former faciès : Patience petite oseille (Rumex acetosella agg.) et, plus localement, Lotier corniculé (Lotus corniculatus), Gaillet des rochers, Gaillet jaune…
Tapis herbacé à structure biologique essentiellement hémicryptophytique, associé au niveau des ouvertures laissant apparaître le sol à des communautés pionnières de cryptogames.
Sur sables, mosaïques possibles avec des communautés (souvent fragmentaires) de thérophytes acidiclines.
Les pratiques agricoles (pâturage, fauche) ou l’exploitation plus ou moins intensive par les lapins modifient considérablement la physionomie générale des pelouses.
Aspect plutôt terne de pelouse d’un vert jaunâtre, souvent émaillée par les larges plaques rougeâtres des feuilles, fleurs et fruits de la Patience petite oseille durant une grand partie de l’année ; quelques floraisons spectaculaires et éphémères, comme celle de l’Œillet à delta en été.

Confusions possibles

Avec des pelouses acidiphiles nord-atlantiques en contact topographique [Galio saxatilis-Festucion filiformis, Code UE : 6230*].
Avec des prés mésotrophes acidiclines nord-atlantiques en contact topographique ou en liaison dynamique [Achilleo millefolii-Cynosurenion cristati, Code Corine : 38.112].
Avec des végétations de dalles calcaires [Alysso alyssoidis-Sedion albi, Code UE : 6110*].
Avec des pelouses pionnières sur sables calcaires à silico-calcaires [Sileno conicae-Cerastion semidecandri, Code UE : 6120*].
Avec des pelouses sablo-calcaires du Koelerio macranthae-Phleion phleoidis souvent développées en contact sur substrats plus riches en calcaires [Code UE : 6210*].

Dynamique

Spontanée :
Végétations secondaires issues généralement de déforestations historiques anciennes, inscrites dans des potentialités de forêts mésoacidiclines à mésophiles planitiaires à collinéennes du Carpinion betuli.
Phases dynamiques internes au niveau des pelouses elles-mêmes : phase pionnière souvent riches en plantes annuelles ou à vie courte, phase optimale à structure pelousaire horizontale ouverte et présentant donc une niche de régénération fonctionnelle des espèces à vie courte, phase de fermeture de la pelouse avec perte de la niche de régénération, phase de vieillissement avec élévation du tapis végétal et extension d’espèces sociales (en particulier l’Agrostide capillaire, la Stellaire graminée…).
Après abandon pastoral, processus dynamiques de reconstitution forestière de vitesse variable ; principales étapes dynamiques : densification par colonisation et extension des graminoïdes, piquetage arbustif et/ou arboré progressif [Genêt à balais (Cytisus scoparius), Aubépine à un style (Crataegus monogyna), Prunellier (Prunus spinosa)…] aboutissant à la formation de fourrés coalescents et à la constitution de jeunes forêts aux essences diversifiées.
Action souvent intense des lapins, jadis déterminante avant l’arrivée de la myxomatose.

Liée à la gestion :
L’intensification du pâturage et l’engraissement font évoluer les pelouses vers des prés mésotrophiques acidiclines [Achilleo millefolii-Cynosurenion cristati, Code Corine : 38.112].
En régime de fauche, l’amélioration trophique des pelouses conduit à des prés de fauche mésotrophiques acidiclines [Centaureo jaceae-Arrhenatherenion elatioris, Code UE : 6510].

Habitats associés ou en contact

Communautés bryo-lichéniques pelousaires associées (notamment sur sables silico-calcaires).
Pelouses acidiclines pionnières atlantiques à thérophytes [Thero-Airion, Code Corine : 35.21].
Végétations de dalles calcaires [Alysso alyssoidis-Sedion albi, Code UE : 6110].
Pelouses sablo-calcaires du Koelerio macranthae-Phleion phleoidis [Code UE : 6210].
Pelouses acidiphiles nord-atlantiques à subatlantiques [Galio saxatilis-Festucion filiformis, Code UE : 6230*].
Prés mésotrophes acidiclines nord-atlantiques à subatlantiques en contact topographique ou en liaison dynamique [Achilleo millefolii-Cynosurenion cristati, Code Corine : 38.112].
Ourlets acidiclines, intermédiaires entre les ourlets basophiles [Trifolion medii, Code Corine : 34.42] et les ourlets acidiphiles des Melampyro pratensis-Holcetea mollis, avec : Genêt des teinturiers, Épervière en ombelle (Hieracium umbellatum).
Manteaux arbustifs préforestiers acidiclines (plusieurs types) [Prunetalia spinosae, Code Corine : 31.81], dont l’installation est précédée par des communautés pionnières à Genêt à balais [Cytisetalia scopario-striati].
Forêts acidiclines nord-atlantiques à subatlantiques à essences variées [Carpinion betuli].

Répartition géographique

Pelouse à Gaillet des rochers et Fétuque rouge : connu des Ardennes, du Nord (Audomarois, Avesnois) ; aire à préciser en France.
Pelouse à Œillet à delta et Thym faux pouliot : très localisée dans le Tertiaire parisien, principalement dans le Laonnois.
Autres pelouses du Violion caninae : présence et répartition à étudiée.

Valeur écologique et biologique

Biotopes originaux et marginaux par leurs caractères mixtes acidiphiles et basiphiles, relictuels au sein de régions d’agriculture intensive ou fortement boisées, où ils n’occupent que des surfaces très restreintes.
Diversité floristique assez réduite mais comportant quelques espèces spécialisées, très rares dans le nord de la France, comme l’Œillet à delta.
Plusieurs espèces protégées régionalement.

États de conservation

États à privilégier :
Pelouse rase à mi-rase ouverte, c’est-à-dire présentant un tapis végétal avec de micro-ouvertures constituant la niche de régénération ; cette structure est obtenue par un pâturage extensif sans amendement, préférentiellement par des ovins ou des lapins.
Autres états observables :
Pelouse fermée à graminoïdes dominants (Agrostide capillaire, Fétuque rouge…).

Tendances et menaces

Disparition spatiale continue depuis le début du XXe siècle avec accélération très forte depuis 1960 ayant pour causes principales l’abandon pastoral et la reconstitution de boisements, la transformation agricole en prairie intensive (plus rarement en culture), l’ouverture et l’extension de carrières... ; reconstitution de communautés fragmentaires et généralement éphémères sur substrats mis à nus (sablières, talus…).
Menaces fortes d’extinction totale pour tous les types de pelouses acidiclines.

Potentialités intrinsèques de production

Ces pelouses sont utilisées traditionnellement en parcours extensif pour ovins, mais elles n’ont qu’une valeur fourragère médiocre.

Axes de recherche

Absence de données.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 2. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 487 p. + cédérom. (Source)