8110-7 - Éboulis siliceux montagnards à alpins secs des Pyrénées

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Habitat se rencontrant de l’étage montagnard supérieur à l’étage alpin, colonisant les pierriers siliceux (granitiques, schisteux, volcaniques) composés d’éléments fins à moyens, et bien exposés. Ces pierriers peuvent correspondre à des éboulis fixés ou peu mobiles, à des alluvions torrentielles, de pente faible à forte.
Les fractions terreuses fines (pH acide) accumulées sous la couche de pierraille, et conservant ainsi une certaine humidité même en période estivale chaude, permettent aux végétaux d’y développer leurs réseaux de racines.

Variabilité

Cet habitat montre une variation en fonction de l’altitude et de sa localisation le long de la chaîne pyrénéenne :
- l’association à Galéopsis des Pyrénées (Galeopsis pyrenaica) et Pâturin du Mont Cenis (Poa cenisia) [Galeopsio pyrenaicae-Poetum fontquerii], avec : Chardon fausse-carline (Carduus carlinoides), Paronychia à feuilles de renouée (Paronychia polygonifolia), Épilobe des coteaux (Epilobium collinum), dont les stations restent longtemps enneigées au printemps, se rencontre de l’étage subalpin à l’étage alpin des Pyrénées-Orientales ;
- l’association à Linaire rampante (Linaria repens) et Galéopsis ladanum (Galeopsis ladanum) [Linario repentis-Galeopsietum ladani], avec : Galéopsis des Pyrénées, Biscutelle flexueuse (Biscutella flexuosa), dont les stations sont précocement déneigées au printemps, se rencontre de l’étage montagnard à la base de l’étage subalpin des Pyrénées orientales ;
- l’association à Rumex à écussons (Rumex scutatus) et Galéopsis à feuilles étroites (Galeopsis angustifolia) [Rumiceto scutati-Galeopsietum angustifoliae], avec : Épilobe des coteaux, Dompte-venin officinal (Vincetoxicum hirundinaria), Digitale jaune (Digitalis lutea), Digitale pourpre (Digitalis purpurea), se rencontre à l’étage montagnard essentiellement des Pyrénées centrales et occidentales. Un net appauvrissement floristique de l’habitat est observé selon le gradient est-ouest de la chaîne.

Physionomie, structure

Végétation ouverte, dont le recouvrement faible en général peut atteindre jusqu’à 60 % (en fonction du degré de mobilité des pierriers).
La flore phanérogamique assez diversifiée est dominée par les hémicryptophytes (le Chardon fausse-carline peut être très dominant dans les associations des Pyrénées-Orientales) et se caractérise par la présence de Galéopsis annuels : Galéopsis des Pyrénées, Galéopsis à feuilles étroites, Galéopsis ladanum, pouvant différencier des microtaxons endémiques.
Étant donné l’écologie particulière de l’habitat, les espèces se montrent très nettement spécialisées face aux contraintes du milieu (nature, granulométrie, mobilité, microclimat…). Ces espèces lithophytes présentent diverses stratégies leur permettant de résister aux contraintes imposées par les mouvements éventuels se produisant au sein des pierriers et entraînant des traumatismes. L’organisation morphologique et anatomique de leur système végétatif (notamment souterrain) permet à ces espèces lithophytes de suivre et de subir, ou non, le mouvement des pierriers, d’où les diverses stratégies distinguées :
- stratégie migratrice : lithophytes migrateurs par allongement : Rumex à écussons, Pâturin du Mont Cenis ; lithophytes indépendants : les Galéopsis annuels ;
- stratégie sédentaire : lithophytes stabilisateurs : Pâturin du Mont Cenis, Silène prostrée (Silene uniflora subsp. prostrata), Paronychia à feuilles de renouée.

Confusions possibles

Avec les éboulis siliceux subalpins des stations fraîches, à éléments gros [Allosuro crispi-Athyrion alpestris ; Code UE : 8110].
Avec les éboulis siliceux subalpins et alpins thermophiles à Oxyria à deux styles (Oxyria digyna) et Doronic à grandes fleurs (Doronicum grandiflorum) [Oxyrio digynae-Doronicetum viscosae ; Code UE : 8130].

Dynamique

Cet habitat semble présenter en général un caractère permanent tant que la mobilité entretient un équilibre avec la colonisation végétale ; des stades bien fixés peuvent évoluer vers divers stades de pelouses ou de bosquets selon les altitudes.

Habitats associés ou en contact

Végétation chasmophytique des pentes rocheuses sous-type sili- ceuses [Code UE : 8220].
Pelouses pyrénéennes siliceuses à Gispet (Festuca eskia) [Code UE : 6140].
Pelouses à Fétuque paniculée (Festuca paniculata) [Code Corine : 36.331].
Formations herbeuses à Nard raide (Nardus stricta) [Code UE : 6230*].
Landes subalpines à Genévrier nain (Juniperus sibirica) [Juniperion nanae ; Code UE : 4060].
Pinèdes à Pin sylvestre (Pinus sylvestris) [Code Corine : 42.56].
Hêtraies et hêtraies-sapinières [Code Corine : 41.12 et 43.12].
Pinèdes à Pin à crochet (Pinus uncinata) [Code UE : 9430].

Répartition géographique

Association à Galéopsis des Pyrénées et Pâturin du Mont Cenis : endémique des terrains siliceux des Pyrénées orientales.
Association à Linaire rampante et Galéopsis ladanum : endémique de la moitié orientale des Pyrénées.
Association à Rumex à écussons et Galéopsis à feuilles étroites : endémique des Pyrénées centrales et occidentales.

Valeur écologique et biologique

Habitat endémique des Pyrénées dont la valeur écologique et biologique est due aux conditions très particulières du milieu, aux espèces spécialisées qu’il renferme et à la présence d’espèces endémiques : Chardon fausse carline (ce dernier devenant indifférent à la nature du substrat dans les Pyrénées orientales), Galéopsis des Pyrénées, microtaxons de Galéopsis annuels se différenciant dans les stations de cet habitat (exemple de vicariance), Biscutelle flexueuse.
Une lacune persiste dans la connaissance de la faune associée à ce type d’habitat (faune cavernicole et du milieu souterrain superficiel notamment).

États de conservation

États à privilégier :
Stade optimal de l’habitat.

Autres états observables :
Phases initiales et stades évoluant vers des pelouses ou des bosquets.

Tendances et menaces

L’habitat, assez fréquent, n’apparaît pas globalement menacé dans les Pyrénées. Toutefois des menaces de destruction directe (créations de pistes et routes, aménagement et extension de domaines skiables, piétinement et pâturage intensifs par les troupeaux, écobuage, érosion…) et indirecte (pollution par des détritus jetés dans les pierriers…) existent.

Axes de recherche

Affiner la typologie syntaxonomique des habitats et en préciser la répartition géographique. Étudier les processus de spéciation se manifestant dans les groupes de Galéopsis annuels. Étudier la faune associée.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Herard-Logereau K., Van Es J. & Balmain C. (coord.), 2004. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 5 - Habitats rocheux. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 381 p. + cédérom. (Source)