8330-3 - Biocénose des grottes semi-obscures (Méditerranée)

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Cet habitat correspond à des tombants verticaux, des surplombs, des entrées de grottes et de tunnels. Il fait la transition entre les fonds de substrats durs fortement concrétionnés où les algues calcaires jouent un rôle fondamental et les grottes obscures où l'environnement physique est très sélectif. Dans cet habitat, les facteurs tels que la lumière et l'hydrodynamique sont réduits, ou linéaires, car canalisés pour les courants, ce qui entraîne une forte stabilité du milieu et une moindre représentation de certains groupes d'organismes.

Variabilité

La variabilité de l'habitat est surtout d'ordre stationnelle. Suivant la topographie du milieu et la modification des facteurs qui s'ensuit, on distingue un certain nombre d'aspects ou faciès ;
- faciès à Parazoanthus axinellae, lorsque l'agitation des eaux est élevée et l'éclairement moins réduit ;
- faciès à Corallium rubrum, typique et fréquent, recouvrant les parois des grottes et les surplombs semi-obscurs ;
- faciès à Leptosammia pruvoti et Agelas oroides, sous les surplombs et à l'entrée des grottes ;
- faciès à scléractiniaires Polycyathus muellerae, Caryophyllia inornata et Hoplangia durothrix, localisé dans les fissures ou les cavités des parois de grottes où l'obscurité est plus forte ;
- faciès à grands bryozoaires tels que Sertella septentrionalis au niveau des entrées de grottes ;
- faciès d'appauvrissement liés à un hydrodynamisme plus intense avec abondance d'hydraires ; Sertularella, Eudendrium.

Espèces "indicatrices"

Cette biocénose purement animale est dominée par des espèces sessiles telles que les éponges et les madréporaires.
Éponges : Petrosia ficiformis, Aplysina cavernicola, Oscarella lobularis, Agelas oroides.
Zoanthaires : Parazoanthus axinellae.
Cnidaires : Caryophyllia inornata, Corallium rubrum, Leptosammia pruvoti, Hoplangia durothrix, Eudendrium racemosum, Campanularia biscupidata, Halecium beani.
Bryozoaires : Celeporina caminata, Adeonella calveti, Turbicellepora avicularis.
Crustacés : Lysmata seticaudata, Scyllarides latus, Scyllarus arctus.
Ascidies : Pyura vittata.
Poissons : la Moustelle de roche (Phycis phycis), la Castagnole rouge (Apogon imberbis).

Confusions possibles

Lorsque cette biocénose occupe des cavités dans le concrétionnement coralligène (fiche : 1170-14), elle peut être confondue avec celui-ci.

Correspondances

Typologie ZNIEFF-Mer (1994) : IV.6.7

Dynamique

La biocénose des grottes semi-obscures, dépourvue d'algues, ne possède pas d'herbivores ; le réseau trophique est constitué uniquement de filtreurs, de détritivores et de carnivores.
Un confinement se manifeste suivant un gradient qui va de l'extérieur vers l'intérieur de la grotte, avec une diminution des apports extérieurs et un développement du peuplement davantage lié à ceux-ci qu'à un cycle biologique normal.

Habitats associés ou en contact

Suivant le gradient lumière qui s'exprime souvent en profondeur ou suivant l'éloignement de l'entrée, on trouve successivement le Coralligène (fiche : 1170-14), les grottes semi-obscures (fiche : 8330-3) et les grottes obscures (fiche : 8330-4).

Répartition géographique

Toutes les côtes rocheuses karstiques ou fracturées : côtes des Albères et de Provence-Alpes-Côtes d'Azur, côtes ouest de la Corse, sont susceptibles de présenter des éléments plus ou moins complets des grottes semi-obscures, avec une prédominance dans les zones karstiques (Bouches-du-Rhône).

Valeur écologique et biologique

Cet habitat est écologiquement extrêmement intéressant car il renferme des espèces à haute valeur patrimoniale. Celles-ci permettent d'ailleurs d'observer in situ l'action de certains facteurs dominants sur les organismes et leur rythme de vie.

Tendances et menaces

Les grottes constituent des paysages de haute valeur esthétique : elles sont donc fréquemment visitées par les plongeurs. Les grottes semi-obscures sont particulièrement fréquentées car elles sont riches en couleur et constituent généralement des plongées faciles. Leur hyperfréquentation, en modifiant la circulation de l'eau, l'accumulation de bulles et la multiplication des contacts avec les organismes peuvent mettre en péril l'équilibre du peuplement.
L'exploitation du corail rouge de haute valeur marchande pour la bijouterie est réglementée au niveau national et international. Les mesures de gestion afférentes doivent être strictement appliquées sous peine de graves destructions, les taux de croissance et de renouvellement sont en effet variables et mal connus.
Les faciès à corail ont subi récemment des mortalités massives sans que l'on ait pu en déterminer exactement la raison ; qualité des eaux ou réchauffement sont les causes le plus souvent évoquées.

Potentialités intrinsèques de production

Deux types d'exploitation de haute valeur se développent sur cet habitat ; plongée sous-marine et exploitation du corail rouge.

Modes de gestion recommandés

La bonne gestion de cet habitat passe par trois séries de mesures :
- surveillance de la qualité des eaux et de la pollution, en particulier de la charge en matières organiques ;
- gestion de la fréquentation et éducation des personnes pratiquant les activités sous-marines ;
- respect strict de la réglementation de la pêche du corail.

Axes de recherche

L'étude des caractéristiques topographiques des différentes grottes, des conditions écologiques qui y règnent et des organismes qui y vivent doit être activement poursuivie.
La recherche sur la croissance et la régénération du corail en regard de son exploitation et des récentes mortalités massives doit être développée.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

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