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IV.3.2. - Grottes semi-obscures (également en enclave dans les étages supérieurs)

Typologie des biocénoses benthiques méditerranéennes de la Convention de Barcelone

Description

Parties antérieures de grottes et de tunnels, surplombs et parois verticales. Cet habitat constitue la transition entre les fonds de substrats durs concrétionnés où les algues calcaires et d’autres algues sciaphiles jouent un rôle fondamental et les grottes obscures où l’environnement physique est très sélectif et le peuplement exclusivement animal. Dans cet habitat, la lumière et la circulation hydrologique diminuent rapidement en fonction de l’éloignement de l’entrée de la grotte (i.e. mer ouverte) et de facteurs topographiques. En conséquence, on note une tendance à une stabilité du milieu, qui s’accentue avec l’éloignement de l’entrée, et une réduction de la présence et de l’abondance de certains groupes d’organismes (comme les filtreurs passifs). Cette biocénose se caractérise par une juxtaposition fréquente de faciès, en partie liés à la variabilité de l’habitat induite par la topographie du milieu, mais aussi sans doute résultant d’événements historiques de recrutement. La biocénose des Grottes Semi-Obscures ne comprend que quelques rares algues sciaphiles, limitées à la zone la plus proche du milieu extérieur, et ne comprend pas d’herbivores. Le réseau trophique est donc constitué uniquement de filtreurs, de détritivores et de carnivores. Un confinement se manifeste suivant un gradient qui va de l’extérieur vers l’intérieur de la grotte, avec une diminution des apports extérieurs, et un développement d’organismes peu exigeants ou bien adaptés à l’exploitation d’une ressource trophique faible et aléatoire.

Etage

Circalittoral mais remontée possible en infralittoral

Substrat

Rocheux, bioconstruction

Répartition bathymétrique

3 à 60m, au moins

Situation

Mer ouverte

Hydrodynamisme

Réduit

Salinité

Normale

Température

Normale

Principaux critères de reconnaissance

Parties antérieures de grottes, surplombs et parois rocheuses abruptes au niveau desquels la lumière est fortement atténuée, peuplés par de nombreuses espèces d'invertébrés sessiles et constituant des paysages de grande valeur esthétique.

Espèces caractéristiques/indicatrices

Cette biocénose est essentiellement animale, avec une dominance marquée d'invertébrés sessiles tels que éponges, madréporaires et bryozoaires.
Les éponges : Petrosia ficiformis, Aplysina cavernicola, Oscarella lobularis, Agelas oroides, Reniera fulva, R. viscosa ;
Les cnidaires : Parazoanthus axinellae, Caryophyllia inornata, Corallium rubrum, Leptosammia pruvoti, Hoplangia durothrix, Phyllangia mouchezi, Eudendrium racemosum, Campanularia biscupidata, Halecium beani ;
Les bryozoaires : Celleporina caminata, Adeonella calveti, Escharoides coccinea, Reteporella mediterranea, Smittoidea reticulata ;
Les crustacés : Lysmata seticaudata, Scyllarides latus, Scyllarus arctus ;
L'ascidie : Pyura vittata ;
Les poissons : Phycis phycis, Apogon imberbis, Thorogobius ephippiatus ;
Végétaux : Peyssonnelia sp., Palmophyllum crassum.

Habitats associés ou en contact

Suivant le gradient lumière qui s'exprime souvent en profondeur ou suivant l'éloignement de l'entrée des cavités, on trouve successivement la biocénose du Coralligène (IV.3.1), les Grottes Semi-Obscures (IV.3.2) et les Grottes Obscures (V.3.2).

Confusions possibles

Lorsque cette biocénose occupe des cavités dans le concrétionnement coralligène (IV.3.1) ou la sous-strate des grands invertébrés arborescents (principalement, gorgones) du coralligène, elle peut ne pas être reconnue et être confondue avec celui-ci.

Intérêt pour la conservation

Cet habitat est extrêmement intéressant car il renferme des espèces à haute valeur patrimoniale. Ces espèces permettent d'autre part d'observer in situ l'action de certains facteurs dominants sur les organismes et leur rythme de vie.

Tendances et menaces

Les grottes constituent des paysages de haute valeur esthétique. Elles sont donc fréquemment visitées par les plongeurs, particulièrement quand elles sont riches en couleurs et faciles d'accès, comme les grottes semi-obscures. Leur fréquentation exagérée peut en provoquant une remise en suspension de la vase du plancher, une accumulation de bulles au plafond et une multiplication des contacts avec les organismes, peuvent mettre en péril l'équilibre du peuplement.

L'exploitation du corail rouge, de haute valeur marchande pour la bijouterie, est réglementée au niveau national et international ,mais ces mesures de gestion doivent être strictement appliquées car les données actuelles indiquent des taux de croissance variables mais généralement très faibles. Les faciès à corail ont subi récemment des mortalités massives dont les causes le plus souvent évoquées sont la qualité des eaux ou des anomalies thermiques (réchauff ement exagéré).

Gestion et statut de conservation

La bonne gestion de cet habitat passe par trois séries de mesures :
- surveillance de la qualité des eaux et de la pollution, en particulier de la charge en matières organiques ;
- gestion de la fréquentation et éducation des personnes pratiquant les activités sous-marines ;
- respect strict de la réglementation de la pêche du corail.

Faciès et associations

- Faciès à Parazoanthus axinellae (IV.3.2.1.) lorsque l'agitation des eaux est élevée et l'éclairement moins diminué ;
- Faciès à Corallium rubrum (IV.3.2.2.), recouvre les parois des grottes, les cavités du concrétionnement coralligène et les surplombs semi-obscurs ;
- Faciès à Leptosammia pruvoti et Agelas oroides (IV.3.2.3.) sous les surplombs et à l'entrée des grottes,
- Faciès à scléractiniaires Polycyathus muellerae, Caryophyllia inornata et Hoplangia durothrix, localisé dans les fissures ou les cavités des parois de grottes où l'obscurité est plus forte,
- Faciès à grands bryozoaires tels que Adeonella calveti près des entrées de grottes,
- Faciès d'appauvrissement liés à un hydrodynamisme plus intense avec abondance d'hydraires : Sertularella, Eudendrium.

Auteurs de la fiche

D. BELLAN-SANTINI, G. BELLAN, J. G. HARMELIN

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