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IV.3.1. - Biocénose coralligène

Typologie des biocénoses benthiques méditerranéennes de la Convention de Barcelone

Description

La distribution du peuplement coralligène est soumise à une combinaison de facteurs biotiques et abiotiques déterminants. Les principaux facteurs sont la lumière, la circulation hydrologique, la température, le dépôt de sédiments et les interactions biologiques.
Le Coralligène se rencontre sur les parois rocheuses ou sur les roches où les algues calcaires peuvent constituer des constructions biogènes. Du fait de leur sensibilité à la lumière, ces algues calcaires sont limitées vers le haut par les forts éclairements et ont une extension vers le bas, limitée par la quantité d’énergie lumineuse nécessaire à leur photosynthèse. Les profondeurs moyennes de cet habitat se situent entre 30 et 90 mètres. Lorsque les eaux sont très claires, le Coralligène débute et s’arrête très profondément (60-130m), par contre lorsque les eaux sont turbides, on assiste à une remontée vers des profondeurs plus faibles (10/15-40m). Une telle remontée peut aussi être observée le long des parois rocheuses faiblement éclairées (exposition au nord, par exemple). L’ampleur thermique des variations saisonnières au niveau de cet habitat est variable, une certaine tolérance aux fluctuations de salinité a été observée ; par contre la sédimentation de particules fines est particulièrement néfaste.
Le Coralligène peut présenter divers types physionomiques entre les deux formes les plus typiques sur nos côtes, qui sont :
- le Coralligène de paroi qui recouvre les substrats rocheux au delà des Algues photophiles (III.6.1.) avec un concrétionnement plus ou moins épais et une abondance de grands invertébrés dressés,tels que les gorgones Paramuricea clavata, Eunicella spp., Lophogorgia sarmentosa et l’éponge Axinella polypoides.
- le concrétionnement coralligène formant des massifs biogènes pouvant atteindre plusieurs mètres d’épaisseur et couvrir de grandes surfaces horizontales ou non. Les espèces essentielles sont des algues constructrices Corallinacées et Peyssonneliacées, la structure de ces massifs est très anfractueuse avec de nombreuses cavités d’une grande richesse (parcelles de la Biocénose des Grottes semi-obscures, IV.3.2.).

Etage

Circalittoral

Substrat

rocheux, organogène

Répartition bathymétrique

10-90m

Situation

Mer ouverte

Hydrodynamisme

Moyen

Salinité

Normale

Température

Normale

Principaux critères de reconnaissance

Constructions biogènes plus ou moins importantes située sur les parois rocheuses où sous forme de massifs sur le fond. Abondance de grands invertébrés dressés. Cet habitat se situe principalement entre 30 et 90 mètres et constitue des paysages d'une grande valeur esthétique.
Nomenclature phytosociologique : Alliances : Lithophyllion grandiusculi Giaccone 1965, associations : Lithophyllo-Halimedetum tunae Giaccone 1965, Rodriguezelletum staff orettii Augier et Boudouresque 1975, Phymatholitho-Lithothamnietum coralloides Giaccone 1965.

Espèces caractéristiques/indicatrices

La biodiversité dans cet habitat est très élevée, les espèces les plus typiques sont :
Les algues Corallinacées : Mesophyllum alternans, Lithophyllum cabiochae, L. frondosum, Pseudolithophyllum expansum,
Les algues Peyssonneliacées : Peyssonnelia rosa-marina, Peyssonnelia rubra ;
Les algues molles : Cystoseira usneoides, C. opuncioides, C. zosteroides, C. funkii, Halimeda tuna, Flabellia petiolata,
Les éponges : Axinella polypoides, Spongia agaricina ;
Les cnidaires : Paramuricea clavata, Eunicella cavolinii, E. singularis, E. verrucosa, Lophogorgia sarmentosa, Alcyonium acaule, Gerardia savaglia, Parerythropodium coralloides ;
Les bryozoaires : Adeonella calveti, Hornera lichenoides, H. frondiculata, Myriapora truncata, Pentopora fascialis, Smittina cervicornis, Schizomavella mamillata ;
Les polychètes : Amphitrite rubra, Bispira volutacornis, Eunice aphroditois, E. oerstedii, E. torquata, Haplosyllis spongicola, Glycera tesselata, Trypanosyllis zebra, Palola siciliensis ;
Les mollusques : Lithophaga lithophaga, Luria lurida, Triphora perversa, Muricopsis cristatus, Chlamys multistriatus, Pteria hirundo ;
Les sipunculides : Phascolosoma granulatum, Aspidosiphon sp. ;
Les échinodermes : Astrospartus mediterraneus, Antedon mediterraneus, Centrostephanus longispinus, Echinus melo ;
Les Crustacés : Palinurus elephas, Homarus gammarus, Lissa chiragra, Periclimenes scriptus, Scyllarides latus ;
L'ascidie : Microcosmus sabatieri ;
Les poissons : Anthias anthias, Labrus bimaculatus, Scorpaena scrofa, Acantholabrus palloni, Lappanella fasciata.

Habitats associés ou en contact

Contact possible avec les Biocénoses suivantes : Algues photophiles (III.6.1), Herbiers à Posidonies (III.5.1.), Grottes Semi-Obscures (IV.3.2.), détritique côtier (IV.2.2.).

Confusions possibles

La frontière avec l'horizon inférieur des Algues photophiles (III.6.1) est parfois difficile à situer, de nombreuses espèces coralligènes remontent dans cet horizon et peuvent constituer un faciès en enclave (III.6.1.35.).
De même, le passage aux Grottes Semi-Obscures (V.3.2) est aussi difficile à déterminer, celle-ci pouvant former une mosaïque en sous-strate des grands invertébrés dressés et dans les anfractuosités.

Intérêt pour la conservation

Le Coralligène est considéré comme un carrefour écologique réunissant grâce à l'extrême hétérogénéité structurale de l'habitat, un nombre important de compartiments cénotiques allant de la Biocénose des Algues Infralittorales aux vases bathyales. La croissance des algues calcaires consolidées et compactées par des invertébrés constructeurs façonne des anfractuosités qui remodelées par les foreurs vont constituer des réseaux cavitaires qui abritent une faune variée et riche ayant souvent des besoins et des relations très diverses.
En raison de cette richesse et de cette grande diversité, on considère que le Coralligène est un des habitats ayant la plus haute valeur écologique de Méditerranée.

Tendances et menaces

L'existence du Coralligène est dominée par la dynamique bioconstruction / biodestruction. En effet, les algues Corallinacées et Peyssonneliacées ainsi que certains invertébrés constructeurs ou à test calcaire participent à la construction biogène de la formation alors qu'un cortège d'espèces (éponges Cliona spp., sipunculides, mollusques foreurs, plus rarement polychètes) corrodent et détruisent les constructions calcaires. Certains déséquilibres du milieu tels que la pollution des eaux peuvent diminuer onsidérablement l'activité constructrice de certains groupes et favoriser le développement des foreurs.
Comme tous les habitats littoraux, le Coralligène subit les effets de la pollution, de la pêche et du tourisme sous-marin.
La pollution des eaux agit sur le Coralligène essentiellement de deux manières : par la qualité chimique de l'eau et sa teneur en matière en suspension.
L'action de la pollution se manifeste par une diminution de la richesse spécifique globale (45%), par la réduction de la densité des individus (baisse de 75%); l'activité constructrice est ralentie alors que celle des foreurs est activée. Les cavités sont colmatées par les sédiments.
La pêche non contrôlée a modifié la structure des peuplements avec raréfaction de certaines espèces de crustacés (langoustes, homards, cigales) et de poissons (mérous, corbs).
La multiplication des mouillages dans certaines zones peut entraîner des dommages de l'épibiose des roches. L'hyperfréquentation peut avoir un effet négatif : arrachage volontaire ou non, prélèvement d'espèces, déplacement de rochers, dérangement vis-à-vis de certaines grandes espèces.
L'envahissement par la Caulerpa taxifolia peut être considérée comme un danger potentiel grave.

Gestion et statut de conservation

Surveillance de la qualité des eaux littorales. Gestion très stricte de la pêche et en particulier des moratoires de certaines espèces comme le mérou veillant à la reconstitution des populations quasiment détruites. Gestion et éducation du tourisme sous-marin, en particulier de la plongée sous-marine.
Certaines zones possédant des concrétionnements coralligènes de haute valeur esthétique doivent faire l'objet de protection par le classement en site protégé ou en réserve.
Surveillance de l'extension de Caulerpa taxifolia.

Faciès et associations

Association à Cystoseira zosteroides - IV.3.1.1.
Association à Cystoseira usneoides - IV.3.1.2.
Association à Cystoseira dubia - IV.3.1.3
Association à Cystoseira corniculata - IV.3.1.4.
Association à Sargassum spp (indigènes) - IV.3.1.5.
Association à Laminaria ochroleuca - IV.3.1.8.
Association à Rodriguezella strafforelli - IV.3.1.9.
Faciès à Eunicella cavolinii - IV.3.1.10.
Faciès à Eunicella singularis - IV.3.1.11.
Faciès à Lophogorgia sarmentosa - IV.3.1.12.
Faciès à Paramuricea clavata - IV.3.1.13.
Coralligène en plateau (Plateforme Coralligène) - IV.3.1.15.

Auteurs de la fiche

D. BELLAN-SANTINI, G. BELLAN, J. G. HARMELIN

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