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ZNIEFF 030120049
Monts Atachi-Bakka

(n° régional : 00370000)

Commentaires généraux

La ZNIEFF des Monts Atachi-Bakka (type II) se situe à 20 kilomètres au sud-est de Maripasoula. Elle s'étend sur les bassins du fleuve Litani à l'ouest, de la rivière Tampok au sud et de la rivière Grand Inini au nord et à l'est.

Elle inclut la ZNIEFF de type I « montagne Machoulou ».

Les monts Atachi-Bakka forment un large plateau (jusqu'à 2 kilomètres) orienté approximativement nord-ouest / sud-est sur près de 6 kilomètres de long.

Ces reliefs tabulaires culminent avec la montagne Machoulou à plus de 780 mètres, représentant ainsi un des plus hauts sommets de Guyane. Cet ensemble de montagnes dominent de manière spectaculaire les vallées alluvionnaires environnantes qui s'étendent en contre-bas (altitude 100 mètres).

Les monts Atachi-Bakka appartiennent à la chaîne Inini-Camopi, massif formant une des grandes régions géomorphologiques des terres hautes de la Guyane, et constitué des plus hauts sommets du département. Géologiquement, elle correspond à un synclinorium de terrains métamorphiques antécambriens, et s'intègre ainsi dans un vaste ensemble de roches volcano-sédimentaires désignées sous le terme de formation Paramaca.

La Montagne Machoulou se rattache donc à la catégorie des reliefs tabulaires sur un socle de roches basiques surmontées par une cuirasse latéritique les protégeant de l'érosion.

À l'image de la majeure partie des grands sommets tabulaires de Guyane, les reliefs de la ZNIEFF, protégés par de telles carapaces, ont résisté à l'usure du temps et demeurent présents aujourd'hui sous la forme de buttes témoins, vestiges de reliefs beaucoup plus étendus et de plateaux peu à peu démantelés (la montagne Bellevue de l'Inini, située un peu plus à l'est dans la région, pourrait ainsi avoir fait partie du même plateau).

Aujourd'hui donc morcelée, toujours en cours de démantèlement par l'érosion, la cuirasse des monts Atachi-Bakka, notamment la montagne Machoulou, présente localement de nombreux affleurements rocheux et abris sous-roches. Le plateau supérieur et certains replats faisant terrasses sur les pentes sont recouverts d'une carapace latéritique dure et quasi continue. Les versants sont recouverts d'argiles noyant les blocs de cuirasses (éluvions latéritiques). Des éboulis s'observent ainsi un peu partout sur les flancs des montagnes.

Les roches anciennes du socle y sont profondément altérées et les produits de décomposition restent en place, protégés de l'érosion par la voûte forestière. L'altération de ces roches-mères, sous l'influence de la pédogénèse, donne un matériau ou les éléments sont à prédominance argileuse ou limoneuse (saprolite). La majeure partie des sols rencontrés, riches, profonds et bien drainés sur les pentes, sont également ferrallitiques.

De tous les sommets de ce type, c'est ici le plus large en Guyane, ce qui permet en saison des pluies une stagnation de l'eau avec la formation de mares et lacs temporaires.

Depuis la table sommitale jusqu'aux vallées alluviales, on découvre ainsi : les forêts basses submontagnardes sur les plateaux cuirassés sommitaux ; puis de grandes sylves sur les pentes plus abruptes et les formations des cascades et des thalwegs étroits qui entaillent le massif ; les criques en sous-bois rejoignent dans le bas des pentes ; de larges bas-fonds s'étendent alors sur des plaines marécageuses bordant les rivières majeures de la zone. Elles sont couvertes de forêts inondables et ripicoles sur flats et terrasses alluvionnaires.

Une forêt haute sempervirente de terre ferme recouvrant les pentes et les crêtes de basse et moyenne altitudes, se distingue elle par une composition floristique nettement plus riche et diversifiée, et une physionomie majestueuse avec des fûts élevés et un sous-bois bien structuré. Elle est ainsi typique des forêts sur sols argileux, riches et profonds sur roches basiques, comparable aux forêts de la région de Saül. Le sous bois est ici dominé par des Poaceae, Flacourtiaceae Rubiaceae et des Arecaceae.

Cette forêt primaire est particulièrement remarquable en moyenne altitude (au delà de 500 mètres) et notamment en dessous du bord de la cuirasse, le réseau hydrographique formant rapidement une série de thalwegs profonds, de vallées encaissées, rayonnant autour du plateau sommital. Ces vallées sont généralement bien abritées du vent et les microclimats y sont très humides. En dehors des pentes les plus fortes, la forêt est haute et bien structurée avec un sous-bois relativement riche. Dans les fonds de vallée, il faut noter la prolifération des Ptéridophytes avec une grande richesse spécifique, en particulier des fougères arborescentes du genre Cyathea qui marquent la physionomie du paysage. Les épiphytes sont également très abondantes. Le sous-bois abrite encore des Melastomataceae et Piperaceae qui abondent notamment au bord des cours d'eau, et de belles populations du palmier Geonoma triglochin inféodé aux forêts d'altitude. On y recense de nombreuses espèces végétales déterminantes comme Clidemia granvillei. Puis dans leurs cours supérieurs toujours, les rivières descendent en cascade sur les rochers qui portent une florule particulière (Araceae comme Anthurium rubrinervum), parfois inféodées à ce type de milieux d'altitude (Dicranopygium pygmaeum, Cyclanthaceae), tout comme les rebords du plateau caractérisés par de petites falaises et de gros blocs de démantélement de la cuirasse de quelques mètres de haut, et colonisés par une florule spécifique (Gesneriaceae, Ptéridophytes).

À partir de 500 mètres, la forêt submontagnarde est localisée sur les plateaux élevés peu ventés dont elle occupe la majeure partie, ainsi que sur le haut des pentes les plus fortes et les vallons des versants sous le vent cette fois-ci. Elle est bien individualisée du reste du massif forestier recouvrant les versants. L'exposition, la largeur et l'orientation des crêtes, la pente, jouent ainsi un rôle tout autant important, ici, que l'altitude dans la diversification des biotopes.

Elle est principalement représentée par une forêt basse typique sur cuirasse, correspondant à la "forêt à nuages", noyée dans le brouillard une grande partie de la journée (notamment en saison des pluies).

Si les forêts des hautes vallées encaissées du cours supérieur des rivières possèdent, chacune, leur originalité floristique, la formation basse submontagnarde sur cuirasse se compose d'une flore relativement uniforme d'un site à l'autre.

Sur les pentes les plus abruptes et les versants exposés aux vents, la voûte est généralement disjointe. La cuirasse latéritique qui affleure un peu partout limite l'enracinement des arbres. Leur stabilité est également compromise par l'instabilité des sols minces détrempés en permanence sur des fortes pentes et par les vents assez violents localement à cette altitude, qui soufflent tout particulièrement en saison des pluies. Les rares arbres émergeant isolément y sont donc particulièrement vulnérables et la forêt est ainsi perturbée par de nombreux chablis. De ce fait, la lumière pénètre souvent aisément jusqu'au sol et les arbrisseaux, lianes et tapis herbacés y abondent.

Sur le plateau sommital, toujours en raison des affleurements de cuirasse latéritique, le sol y est mince, voire inexistant, et l'enracinement des arbres est là encore, de ce fait, limité et très superficiel. Un réseau racinaire très développé court au sol. La forêt y est peu élevée et de structure très irrégulière, au sous-bois dense et broussailleux, riche en lianes. Des espèces caractéristiques dominent cette formation, les Myrtaceae, Melastomataceae, Annonaceae, Rubiaceae et Arecaceae (Geonoma euspatha, palmier inféodé aux forêts d'altitude). Localement cette forêt laisse place à des formations arbustives broussailleuses encore plus basses, avec une voûte dense et jointive de 2 à 10 mètres de hauteur, d'où émergent seulement quelques grands arbres isolés, au port tortueux. Ces arbustes sont pour l'essentiel des Myrtaceae, Solanaceae et Melastomataceae. La nébulosité importante sur le plateau sommital élevé, avec la persistance des brouillards, les rosées nocturnes et les précipitations abondantes, favorise la prolifération des épiphytes (Araceae, Gesneriaceae, Bromeliaceae, Orchidaceae...), des lichens et des mousses. Ces dernières forment d'épais manchons sur les lianes et les troncs et de longues draperies qui pendent des branches, donnant à cette forêt son aspect si caractéristique.

Cette forêt basse submontagnarde possède un certain nombre d'espèces endémiques ou à répartition restreinte qui lui sont caractéristiques. Certaines, par leur présence, différencient même la zone d'autres sommets tabulaires de Guyane.

On y trouve ainsi, parfois en abondance, plusieurs espèces déterminantes inféodées à cet habitat, comme Clidemia saulensis (Melastomataceae).

Enfin, sur le plateau on observe également de grandes clairières, ponctuellement sur quelques centaines de mètres carrés, où le sous-bois est très clairsemé. Souvent au centre de ces clairières qui marquent curieusement le paysage, on rencontre un grand arbre de 30 à 40 mètres de haut, de la famille des Humiriacées, Vantanea ovicarpa, connue que d'une seule autre localité (Pic Matécho dans la région de Saül) et représentant une nouvelle espèce pour la Guyane.

Les inventaires faunistiques restent rares sur cette zone.

Une herpétofaune singulière est à rechercher sur les plateaux, notamment en raison de l'existence de mares et lacs temporaires aux cours de la saison des pluies. Dendrobates tinctorius et Anomaloglossus degranvillei sont connus du site.

Une nouvelle espèce de lézard pour la science (Mabuya sp.) fut découverte sur ce sommet. Retrouvé depuis sur d'autres sites forestiers, cette espèce demeure pour le moment non décrite.

Notons que les caractéristiques du site permettent d'accueillir des espèces d'oiseaux rares et déterminantes. Ainsi les nombreux abris sous roche liés à la cuirasse latéritique offrent des sites de nidification pour le Coq-de-roche orange (Rupicola rupicola) et la forêt d'altitude abrite une population d'Araponga blanc (Procnias alba). Le cortège des espèces liées à l'altitude est présent, avec le Tangara orangé (Piranga flava haemalea), le Pic or-olive (Piculus rubiginosus) et le Moucherolle à bavette blanche (Contopus albogularis). Les reliefs de la région sont également bien connus des chasseurs locaux pour accueillir des rassemblements saisonniers de Hoccos (Crax alector).

Les données mammalogiques concernent la partie basse de cette ZNIEFF au bord de la crique Inini. Le cortège des primates est quasiment au complet avec notamment plusieurs groupes d'Atèles noirs (Ateles paniscus) et d'Hurleur roux (Alouatta macconnelli), un groupe d'une quinzaine de Capucins blancs (Cebus olivaceus) ainsi que la présente du saki à face pâle (Pithecia pithecia), tous les quatre espèces déterminantes. Le tapir (Tapirus terrestris) est la cinquième espèce déterminante de la zone. Le cortège de la faune commune est assez bien représenté avec les deux biches (Mazama nemorivaga et Mazama americana), le pac (Agouti paca), le cabiai (Hydrochoerus hydrochaeris) et les pécaris à collier (Tayassu pecari). Avec un total de 25 espèces dont 5 déterminantes, la zone parait propice pour les mammifères non-volants.

Au-delà de l'intérêt majeur que représente l'ensemble de ces biotopes d'altitude, les forêts de bas-fonds ainsi que les habitats ripicoles sont tout à fait remarquables. La mission pluridisciplinaire menée en 2011 sur ces biotopes alluviaux a mis en évidence un nombre considérable d'espèces déterminantes dans tous les taxons étudiés. La richesse ichthyologique du bassin Inini est particulièrement forte avec plus de trente espèces déterminantes. La diversité ornithologique présente dans ces forêts de basse altitude est également impressionnante avec un vaste cortège d'espèces rares et typiques des forêts de l'intérieur : Anabate à couronne rousse, Anabate rubigineux, Anabate rougequeue, Bécarde du Surinam, Batara de Cayenne, Sclérure à gorge rousse, Sittine des rameaux, Grimpar strié, Platyrhynque à cimier blanc, Jacamar brun, Moucherolle d'Euler.

La région des monts Atachi-Bakka représente une des zones refuges de flore et de faune forestières durant les périodes plus sèches qui ont affectées la Guyane au Pléistocène. Ces sites sont ainsi actuellement reconnus en Guyane comme d'anciens centres de spéciation, fruits d'une longue évolution qui a permis le développement d'un taux d'endémisme et d'une biodiversité remarquables. Ce facteur prépondérant de la richesse floristique et faunistique du site (avec de nombreuses espèces végétales et animales originales, rares ou endémiques, lui conférant un intérêt biologique tout à fait remarquable), doit être associé ici à la grande variété de microclimats et de biotopes (parfois rares comme les abris sous roches) qui peut y être rencontrée.

Cet espace naturel remarquable fait désormais partie du Parc Amazonien de Guyane.

Commentaires sur la délimitation

La ZNIEFF des Monts Atachi-Bakka est délimitée de la manière suivante :

N : Au Nord, la limite longe la rive gauche de la Rivière Grand Inini, depuis sa confluence avec le Fleuve L’Alawa (point A), jusqu'au point de confluence avec la Rivière Petit Inini (point B).

E : A l’Est, la ZNIEFF est délimitée par la Rivière Grand Inini, depuis le point B jusqu’à son point de confluence avec un affluent au niveau du lieu-dit Dégrad Francis (point C). La limite de la ZNIEFF suit ensuite cet affluent du point C jusqu'à sa source (point D), puis se poursuit par une ligne droite entre le point D et le point E. La limite est se termine sur un affluent de la rivière Tampok, du point E jusqu'au point de confluence avec cette rivière (point F).

S : La limite sud longe la rive droite de la Rivière Tampok, du point F au point de confluence avec le Fleuve L’Alawa (point G)

W : A l'Ouest, la limite suit le cours du Fleuve L’Alawa, du point G au point A.

Coordonnées des points mentionnés (WGS84, UTM 22 nord):

A (166332m; 403769m) - B (184333m; 404542m) - C (193452m; 387658m) - D (188101m; 386808m) - E (187352m; 386129m) - F (182542m; 377057m) - G (166704m; 382085m)