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ZNIEFF 210002012
ENSEMBLE DES PELOUSES CALCAIRES ET MILIEUX ASSOCIES DE LA POINTE DE GIVET

(n° régional : 01960000)

Commentaires généraux

La ZNIEFF de type II, d'une superficie de 1943 hectares et appelée "ensemble des pelouses calcaires et des milieux associés de la pointe de Givet" est située à l'extrémité septentrionale du département des Ardennes, dans la région naturelle de la Calestienne. Il n'a été repris ici que les espèces déterminantes (espèces rares, protégées, inscrites sur les listes rouges) ; pour les autres espèces, se reporter aux dix ZNIEFF de type I correspondantes.

Elle apparaît dans le paysage comme un vaste plateau calcaire, associé à des roches de nature variée (calcaires et grès calcareux, plus rarement schisteux) surplombant des couches schisto-calcaires plus déprimées. Fortement plissée, elle présente un relief vigoureux avec des falaises et des escarpements spectaculaires. L'intérêt écologique de cette région est surtout lié à l'importance des pelouses calcaires et des milieux associés, dont les intérêts floristiques et faunistiques sont remarquables : pour la plupart des espèces d'origine méridionales, la pointe de Givet constitue une voie de pénétration vers le nord et leurs populations représentent souvent des réservoirs génétiques importants. On y trouve aussi des champs cultivés, des prés de la vallée de la Meuse et quelques agglomérations. Les groupements végétaux thermoxérophiles sont particulièrement variés et étendus, ils comptent parmi les plus vastes et les mieux conservés de la région (la plupart d'entre eux ont fait l'objet d'un recensement en ZNIEFF de type I). On y rencontre :

- quelques pelouses calcicoles xériques, liées aux sols les plus superficiels et aux escarpements rocheux (Seslerio-Xerobromion) et des pelouses des fissures calcaires thermophiles (Festucuion pallentis)

- des pelouses calcicoles mésoxérophiles à mésophiles, sur des sols plus ou moins profonds, avec un tapis végétal plus denses que précédemment (Seslerio-Mesobromion avec des variantes plus ou moins mésotrophes et acidophiles)

- des pelouses ouvertes à annuelles et orpins sur dalles rocheuses et sols squelettique (Thero-Airion et Alysso-Sedion)

- une pelouse sur éboulis fins à potentille des rochers, groupement très rare, inconnu ailleurs dans les Ardennes

- des groupements de lisières en bordure des chênaies thermophiles (Geranion sanguinei)

- des broussailles thermoxérophiles à buis ou plus mésophiles à prunellier

- des chênaies xérophiles à chêne pubescent.

La grande richesse de ces milieux est liée à la variété très élevée du nombre d'espèces végétales rares, protégées et /ou en limite d'aire que l'on peut observer ici : ainsi, 11 sont protégées et 27 font partie de la liste rouge des végétaux de Champagne-Ardenne. De nombreuses espèces méridionales (ou continentales dans une moindre proportion) trouvent là leur limite septentrionale et sont très éloignées de leur aire de distribution, comme par exemple l'armoise blanche dont les plus proches stations sont en Alsace et dans l'Yonne, la potentille des rochers et le cotonéaster totalement inconnus ailleurs en Champagne-Ardenne, l'huntchinsie des pierres, très éloignée de ses stations bourguignonnes ou sud haut-marnaises, l'hélianthème des Apennins, bien à l'écart de ses localités de Haute-Marne, etc. Mis à part le dernier, ils sont tous protégés en Champagne-Ardenne, avec l'aster linosyris, d'origine continentale avec une aire très discontinue en France, la phalangère à fleurs de lis, d'origine médioeuropéenne et dont les stations de Givet sont les plus au nord pour la France, l'orobanche de la germandrée, le lin français, la lunetière variable, sous-espèce très rare, endémique de l'ouest de l'Allemagne, de la Belgique et du nord-est de la France et qui possède ici sa seule localité de Champagne-Ardenne ( à Roche à Wagne), l'orchis singe et le géranium sanguin. Ils font tous partie de la liste rouge régionale des végétaux, de même que la fétuque des rochers (espèce d'origine centreuropéenne en limite d'aire de répartition), la laîche humble, la luzerne naine, l'antennaire pied-de-chat, la cuscute du thym, l'orchis grenouille, le catapode rigide, la canche printanière et la canche caryophyllée, la joubarbe des toits, la gesse de Nissol et le fumana vulgaire également présents sur le site.

L'ensemble des sites de la pointe de Givet est extrêmement riche en nombre d'espèces de papillons diurnes, avec des espèces souvent d'origine méridionale ou continentale et en limite d'aire. Par ailleurs une vingtaine d'espèces est particulièrement rare ou présente un intérêt biogéographique particulier. Neuf d'entre elles présentent un intérêt majeur : le damier de la succise (protégé au niveau national, inscrit à l'annexe II de la convention de Berne, à l'annexe II de la directive Habitats, dans le livre rouge de la faune menacée en France, catégorie "en danger de disparition") le flambé, en limite d'aire, l'azuré de la croisette présentant ici une station exceptionnelle, l'azuré de l'esparcette, l'hespérie de l'alchemille, le petit collier argenté, l'agreste, le fadet de la mélique, le thécla du prunellier (en limite d'aire) et le thécla du coudrier. La ZNIEFF renferme les populations d'Orthoptères les plus importantes du secteur. Huit criquets et sauterelles sont inscrits sur la liste rouge régionale (platycléis à taches blanches, decticelle, criquet marginé, criquet verte-échine, etc.). La petite cigale des montagnes et la mante religieuse (qui est ici à sa limite de répartition vers le nord) s'y rencontrent également.

Ce secteur est favorable à certains reptiles, avec notamment le lézard des murailles, en population abondante ici, la vipère péliade (dans les Terres d'Haurs), partiellement protégée en France depuis 1993, inscrite à l'annexe III de la convention de Berne, figurant dans le livre rouge de la faune menacée en France et inscrite, avec la coronelle lisse, sur la liste rouge des reptiles de Champagne-Ardenne.

Du point de vue ornithologique, il faut noter une bonne représentation générale avec un nombre élevé d'espèces par rapport aux possibilités d'accueil des milieux écologiques et la présence de certaines espèces inscrites sur la liste rouge des oiseaux de Champagne-Ardenne : l'alouette lulu, l'engoulevent d'Europe (nicheur rare et en régression sensible), l'hirondelle rustique et l'hirondelle de fenêtre (en déclin), etc.

La grotte de Bois le Duc, d'un développement de 100 mètres et profonde de 26 mètres possède une faune cavernicole typée (Niphargus, Scoliopteryx libatrix). C'est un bon site d'hivernage certaines chauves-souris dont le grand rhinolophe dont il représente l'un des derniers sites d'hivernage pour cette espèce, sinon le dernier (il a certainement disparu des autres sites suite à la surfréquentation des autres milieux souterrains par les spéléologues). Les chauves-souris sont également bien représentées au niveau des grottes et forts militaires de la pointe, une quinzaine y a été recensée, certaines figurent dans le livre rouge de la faune menacée en France, aux annexes II et IV de la directive Habitats et à l'annexe II de la convention de Berne (grand rhinolophe et petit rhinolophe, vespertilion à oreilles échancrées, vespertilion de Brandt (en limite occidentale de répartition), vespertilion de Bechstein, barbastelle), dans la liste rouge des mammifères de Champagne-Ardenne (murin de Daubenton, vespertilion de Natterer, sérotine, oreillard gris et oreillard commun).

Une autre originalité, d'origine géologique, concerne la présence du stratotype du Givétien ou "calcaire de Givet" (visible au niveau de la carrière de Foisches, la coupe la plus pédagogique du Givétien inférieur et au niveau de l'ancien fort du Mont d'Haurs) ; l'étage y est complet (assise de Trois Fontaines, assise du Mont d'Haurs, assise de Fromelennes) et présente de nombreux faciès à polypiers, stromatopores, algues... Le Mont de Fromelennes présente un intérêt géologique complémentaire de celui du Mont d'Haurs.

Le site est également très intéressant du point de vue paléontologique (affleurement fossilifère du Frasnien). Le Bois le Duc renferme une carrière de fluorine présentant un intérêt géologique non négligeable.

L'extrémité est de la ZNIEFF fait partie de la ZICO CA 01 du plateau ardennais ; la plupart des ZNIEFF I qui la constituent ont été proposées dans le cadre de la directive Habitats (Pelouses, rochers et buxaie de la pointe de Givet). L'ensemble des écosystèmes les plus précieux de la ZNIEFF a été regroupé et a fait l'objet d'une mise en réserve naturelle (en 1999). Quelques-uns uns sont déjà protégés par un A. P. B. (rochers du Petit Chooz, Roche à Wagne, rochers et falaises de Charlemont). Le camp retranché du Mont d'Haurs est un site inscrit et classé. Les gestionnaires de la réserve naturelle sont l'O.N.F. et le Conservatoire du Patrimoine Naturel de Champagne-Ardenne.

La zone est dans un bon état général, mais elle est menacée par l'embroussaillement (très rapide dans certains secteurs), la trop grande fréquentation touristique et spéléologique et les dérangements ainsi causés aux chauves-souris, en régression constante et menacées de disparition à court terme, l'ouverture ou l'extension des carrières, etc. Un chantier de jeunes (mis en place par le Conservatoire du Patrimoine Naturel de Champagne-Ardenne) s'est déroulé en juillet 2000 pour débroussailler un secteur de pelouses à la "Ronde Montagne", sur le Mont d'Haurs. Le plan de gestion global de la Réserve doit être achevé courant 2002.

Commentaires sur la délimitation

Les contours de la ZNIEFF englobent les milieux naturels les plus riches de la Pointe de Givet. Une partie est limitée à la frontière franco-belge (à l'extrémité est et ouest).