ZNIEFF 220013902
BOIS DE LONGUEVILLETTE ET LARRIS DE LA VALLÉE COSETTE À GÉZAINCOURT

(n° régional : 80PON115)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Le site correspond à une vallée à écoulement occasionnel affluente de la Gézaincourtoise, dans le Ponthieu oriental.

La morphologie de cette vallée, globalement orientée ouest-est, montre une physionomie typique des entailles du plateau picard soumises, dans ce secteur proche de l'Artois, à une pluviosité particulièrement élevée pour la région. En amont, le profil transversal de la vallée est presque symétrique avec un talweg étroit et profondément raviné. Cette partie du site comprend les « Bois de Longuevillette », « Bois de Calloé » et « Bois de Robert ». Les végétations forestières se succèdent de la manière suivante :

- Sur les rebords du plateau, où affleurent les formations résiduelles à silex, se maintient une hêtraie-chênaie acidocline (Lonicero-Carpinion) avec des massifs de Pteridium aquilinum dans les espaces clairiérés. Des prairies intraforestières acidoclines à Anthoxanthum odoratum et des ornières hygrophiles à Hypericum humifusum et à Gnaphalium uliginosum (Scirpetalia setacei) se maintiennent localement. Des formes de dégradation sylvicole avec eutrophisation remplacent parfois (partie sud) ce système : il s'agit alors de frênaies-acéraies nitrophiles riches en Sambucus nigra, en Urtica dioica, en Glechoma hederacea ...

- Sur les pentes crayeuses du Coniacien-Santonien en exposition chaude se développe une hêtraie-charmaie-chênaie calcicole (Mercurialo-Carpinion thermophile). Par contre, en exposition froide et humide, une frênaie-charmaie mésophile fraîche (Fraxino-Carpinion) riche en fougères s'installe.

- Les colluvions du fond de vallon sont profondément ravinées. Cependant, la large concavité du talweg ne permet pas le développement de véritables forêts de ravin à caractère submontagnard, mais plutôt de frênaies-acéraies mésophiles (Fraxino-Carpinion), côté sud, ou mésoxérophiles (Mercurialo-Carpinion), côté nord, sous des facies traduisant une hygrométrie permanente élevée (présence de Blechnum spicant, Polypodium vulgare ...).

Dans la partie aval du site, la vallée s'élargit et montre un profil dissymétrique, caractéristique des vallées du plateau picard, avec un flanc abrupt (versant sud-est) et un flanc à relief adouci (versant nord-ouest essentiellement cultivé et, donc, exclu de la zone). Le versant abrupt est occupé par une pelouse calcicole (Mesobromion) en voie d'ourléification avancée (brachypodiaies denses) et d'embroussaillement. Cette évolution naturelle des larris, liée à l'abandon des pratiques pastorales, qui permettaient d'entretenir ces milieux herbacés, a été très largement accélérée ici par des plantations de Pins noirs. L'exploitation d'une carrière a également entraîné une réduction de l'espace occupé originellement par des pelouses.

Quelques prairies mésophiles, pâturées par des bovins et amendées (Cynosurion cristati), sont également comprises dans la zone.

INTERET DES MILIEUX

Le « Bois de Longuevillette » englobe un ensemble d'habitats forestiers d'intérêt régional représentant un bon échantillonnage, à la fois sur les plans qualitatifs et structuraux, du Ponthieu oriental. Ce bois accueille plusieurs espèces animales et végétales remarquables.

Les habitats pelousaires correspondaient, avant leur dégradation, à une pelouse marnicole subatlantique à Parnassia palustris et à Thymus praecox (Parnassio palustris-Thymetum praecocis), association endémique picardo-normande, très rare et en voie de disparition.

INTERET DES ESPECES

Flore :

- Les bois abritent le Blechne en épi (Blechnum spicant), espèce assez rare en Picardie, des bois frais et acidoclines ainsi que la Doradille scolopendre (Asplenium scolopendrium) ; le Millepertuis couché (Hypericum humifusum) et la Véronique des montagnes (Veronica montana), espèces peu communes en Picardie.

- Les pelouses marnicoles hébergeaient (au moins jusqu'en 1988) la Parnassie des marais (Parnassia palustris*), espèce rare et vulnérable en Picardie. On y observe également l'Euphraise de Rostkovius (Euphrasia officinalis subsp. rostkoviana), sous-espèce rare en Picardie.

Faune :

Citons la nidification de la Bondrée apivore (Pernis apivorus), espèce inscrite à la directive "Oiseaux" de l'Union Européenne et du Faucon hobereau (Falco subbuteo), assez rare en Picardie.

FACTEURS INFLUENCANT L'EVOLUTION DE LA ZONE

Le site a fait l'objet de dégradations qui ont détruit une part importante des milieux pelousaires :

- Les plantations de Pins noirs ont modifié les caractéristiques initiales des pelouses (ombrage, litière d'aiguilles acidifiant le sol, ...). De plus, les produits de coupe de ces pins, laissés sur place, sont néfastes à la flore oligotrophe des pelouses. Une gestion plus adaptée permettrait peut-être de révéler les fortes potentialités du larris.

- L'exploitation de la carrière a "grignoté" les espaces pelousaires. Des dépôts divers y sont accumulés, réduisant ainsi la qualité paysagère et l'intérêt de la végétation des éboulis.

- L'utilisation d'intrants sur le plateau cultivé détériore la végétation du haut des versants à la suite du ruissellement des produits.

- Les versants au relief adouci ont été mis en culture.

N.B. : les espèces végétales dont le nom est suivi d'un astérisque sont légalement protégées.

Commentaires sur la délimitation

Le site englobe le Bois de Longuevillette, d'intérêt écologique élevé ainsi que le versant pentu de la vallée Cosette qui porte une ancienne pelouse calcicole. Les prairies mésophiles pâturées et les friches attenantes ont également été prises en Compte. Les cultures ont été évitées.