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ZNIEFF 220220018
ANCIENNES CARRIERES DE PHOSPHATES D'HARDIVILLERS

(n° régional : 60PPI112)

Commentaires généraux

DESCRIPTION

Les exploitations de phosphates ont été effectuées à ciel ouvert et dans de profondes galeries de mines, dans les craies campanienne et santonienne. Cette extraction a débuté vers 1887 et a perduré jusqu'en 1972.

L'abandon du site, depuis un quart de siècle, a permis le développement d'une végétation pionnière, laquelle recolonise les fronts de taille et les déblais.

D'après Decocq (1994), qui a effectué une thèse sur la végétation des anciennes carrières de phosphates du nord de la France, un pâturage par les ovins ainsi que des mises en culture ont ponctuellement tenté de valoriser ces espaces.

Aujourd'hui, ces anciennes exploitations présentent un relief perturbé, alternant buttes, dépressions, fronts de taille raides et entrées de mines.

Les éboulis et les affleurements de craie sont colonisés, après une phase pionnière à Picride fausse-épervière et Carline vulgaire (Picrido hieracioidis-Carlinetum vulgaris), par une végétation pelousaire semblable à celle des larris (Avenulo pratensis-Festucetum lemanii brometosum erecti) thermophiles. De nombreux groupements végétaux intermédiaires, ou liés aux conditions particulières (remblais, friches culturales...), sont également présents, notamment les banquettes à Hélianthèmes nummulaires qui résultent de l'action cuniculine.

Les pelouses évoluent, en l'absence de pâturage et d'action des Lapins de garenne, vers un ourlet à Brachypode penné (Centaureo nemoralis-Origanetum vulgaris). Les milieux plus anciennement revégétalisés sont occupés par des manteaux à Prunier de Sainte-Lucie (Prunus mahaleb), à Cytise (Laburnum anagyroides)-(groupement du Laburno-Prunetum) ou à Viorne lantane (Viburnum lantana)-(groupement du Tamo-Viburnetum lantanae), qui préfigurent un retour possible de la hêtraie calcicole.

INTERET DES MILIEUX

Ces successions complètes de groupements d'éboulis, de pelouses, d'ourlets, de manteaux et de boisements calcicoles sont tout à fait remarquables et constituent d'excellents exemples de recolonisation végétale d'anciennes carrières sur des surfaces importantes.

Les groupements en présence sont souvent rares et menacés dans le nord de la France, du fait de la disparition progressive des milieux pelousaires et d'éboulis (les surfaces de larris ont en effet été divisées par vingt en Picardie depuis environ un siècle). Le contexte de proximité de l'îlot sud-amiénois, aux affinités climatologiques thermomontagnardes, renforce l'originalité et la richesse du cortège floristique.

Les galeries de mines sont également très intéressantes pour l'hibernation de nombreuses chauves-souris, d'autant que les cavités souterraines sont très rares sur le plateau picard.

INTERET DES ESPECES

Plusieurs espèces végétales, liées aux pelouses rases et aux lisières ensoleillées, sont assez rares à très rares en Picardie. Certaines, proches de leur limite d'aire septentrionale, sont liées aux caractéristiques mésoclimatiques thermophiles de l'îlot sud-amiénois.

Citons entre autres :

- la Mélitte à feuilles de Mélisse (Melittis melissophyllum),

- la Germandrée botryde (Teucrium botrys),

- la Noix de terre (Bunium bulbocastanum),

- la Cotonnière pyramidale (Filago pyramidata),

- le Lin à feuilles ténues (Linum tenuifolium),

- l'Epipactis brun rouge (Epipactis atrorubens),

- l'Ophrys mouche (Ophrys insectifera),

- la Platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia)...

Les pelouses rases et les lisières ensoleillées sont favorables aux espèces de lépidoptères suivantes :

- le Fluoré (Colias australis),

- l'Azuré bleu-céleste (Polyommatus bellargus),

- l'Argus bleu-nacré (Polyommatus coridon).

Par ailleurs, les mines, peu accessibles, abritent des chiroptères menacés en France et en Europe, tels le Vespertilion à oreilles échancrées (Myotis emarginatus) et le Grand Murin (Myotis myotis).

FACTEURS INFLUENCANT L'EVOLUTION DE LA ZONE

Les difficultés d'entretien régulier des milieux pelousaires génèrent une dynamique de recolonisation forestière qui conduit, à terme, à la fermeture du milieu par boisement progressif. Il s'ensuit une perte de diversité végétale, consécutive à la disparition progressive des espèces héliophiles, des pelouses et des lisières. Heureusement, les actions des lapins limitent quelque peu l'extension des fourrés.

Les entrées de mine pourraient être durablement fermées par de solides grilles qui interdiraient l'accès des galeries aux intrus et permettraient (avec des entrées étroites adaptées) aux chauves-souris d’aller et venir, et d'hiberner en toute quiétude.

Commentaires sur la délimitation

Les contours du site intègrent les anciennes carrières proprement dites, et les bois périphériques. Les cultures ne sont pas incluses.