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ZNIEFF 310007262
Bois de Haut, Bois de l'Enclos et coteaux adjacents

(n° régional : 00330001)

Commentaires généraux

Les Bois de Haut, Bois de l’Enclos et coteaux adjacents sont situés sur l’escarpement crayeux du Haut-Boulonnais. Ils constituent un écosystème forestier de faible superficie mais sont associés à des pelouses crayeuses. Cet ensemble de grand intérêt s’intègre dans un vaste réseau de bois et bosquets formant la couronne boisée du pays de Licques.

Cette ZNIEFF marquant la transition géographique entre le Boulonnais et le pays de Licques représente un double corridor biologique. Le premier, d’axe global Nord-Sud est matérialisé par la cuesta du Boulonnais et permet la circulation des espèces calcicoles ; le second, d’axe global Sud-Ouest - Nord-Est est constitué par des boisements et permet la pénétration de diverses espèces depuis la côte vers le pays de Licques.

Les pelouses en lisière des Bois de Haut et de l’Enclos représentent un des éléments du complexe des coteaux crayeux de Colembert-Nabringhen-Longueville, un des sites de pelouses les plus importants de la région Nord-Pas de Calais. Cette végétation particulière s’est différenciée sur l’escarpement bordant le Boulonnais et formant un versant de type cuesta dont le front raide et festonné, taillé dans les craies turoniennes, tombe sur un replat en glacis, développé dans la craie cénomanienne et l’argile albienne.

Les paysages végétaux particuliers engendrés par ces complexes pelousaires résultent principalement d’anciennes pratiques agro-pastorales (défrichement, brûlis puis pâturage extensif) ayant favorisé le développement d’un tapis herbacé très diversifié et d’une grande originalité. Il recèle en effet une flore riche et variée représentée par de nombreuses familles de plantes (Astéracées, Fabacées, Poacées...) parmi lesquelles les Orchidées occupent souvent une place à part. Les pelouses calcicoles semblent être en effet leur milieu d’élection et il n’est pas rare d’en observer de nombreuses espèces sur un même site.

Malheureusement, cette ZNIEFF est aujourd’hui menacée par la déprise agricole très nette sur ces coteaux crayeux, celle-ci menant à l’abandon des parcelles les plus escarpées et à la concentration de l’activité sur les parcelles les plus accessibles. Ainsi, le coteau de la Warenne a subi un embroussaillement très actif ces dernières décennies et les pelouses y sont désormais très réduites ; il est urgent d’y restaurer un pastoralisme de type traditionnel. Sur le plateau, les lisières des boisements sont grignotées par l’extension de l’habitat dispersé et linéaire (voir en particulier le lieu-dit « le village » à Alembon). Les cultures s’y développent également et menacent à la fois les derniers pâturages mésoeutrophiles (Sanguisorbo minoris - Cynosurenion cristati) et les lisières forestières.

L’essentiel de l’intérêt du site (plus de 30 taxons déterminants dont 15 protégés) se concentre sur les coteaux crayeux, en particulier au lieu-dit « la Warenne ». On y note une végétation pelousaire marnicole du plus haut intérêt (Succiso pratensis - Brachypodietum pinnati), typique du secteur nord-ouest atlantique avec Euphrasia officinalis, Euphrasia tetraquetra, Festuca ovina subsp. hirtula, Ophrys sphegodes. Orchis simia, présent sous la forme d’un pied unique en 2001, n’a pas été revu depuis malgré des recherches ciblées. Les ourlets y sont également dignes d’intérêt et diversifiés : le Bunio bulbocastani - Brachypodietum pinnati voisine avec le Lathyro sylvestris - Astragaletum glycyphylli et le Groupement à Campanula trachelium et Brachypodium sylvaticum. On peut notamment observer le rarissime Tephroseris helenitis dans certains de ces ourlets.

Le patrimoine floristique des forêts de versants et de plateau est d’une valeur plus limitée mais il est néanmoins totalement caractéristique du pays de Licques. On y relève notamment Conopodium majus et Ornithogalum pyrenaicum dont l’essentiel des stations sont localisées dans le pays de Licques, et la combinaison phytocénotique très typique des collines crayeuses du nord-ouest de la France avec l’Endymio non-scriptae - Fagetum sylvaticae, le Mercuriali perennis - Aceretum campestris et l’Adoxo moschatellinae - Fraxinetum excelsioris.

Cette ZNIEFF, intégrée dans le réseau de bois formant le Couronne de Licques (ZNIEFF 033-02) est composée de milieux forestiers de petites superficies associés à des pelouses crayeuses issues principalement d’anciennes pratiques agraires et pastorales. L’extension ajoutée au nord de la ZNIEFF de première génération présente un rhopalocère déterminant : le Demi-deuil (Melanargia galathea).

Six espèces déterminantes de Rhopalocères sont présentes sur l’ensemble de la ZNIEFF, dont le Bel-Argus (Polyommatus bellargus) et l’Hespérie des sanguisorbes (Spialia sertorius), tous deux rares dans la région (HAUBREUX [coord.], 2005) et inféodés aux pelouses et prairies maigres, avec une préférence pour les milieux calcaires pour le Bel-Argus (LAFRANCHIS, 2000). L’Hespérie du chiendent (Thymelicus acteon), également présente sur le site, a un statut défavorable au niveau européen (VAN SWAAY & WARREN, 2000), elle est peu commune en région (HAUBREUX [coord.], 2005). Elle occupe également les prairies maigres et les pelouses sèches (LAFRANCHIS, 2000).

Concernant les Mammifères, les deux espèces d’oreillards sont également présentes sur le site. Ces deux espèces anthropophiles (FOURNIER [coord.], 2000 ; ARTHUR & LEMAIRE, 2009) sont inscrites à l’Annexe IV de la Directive Habitats et sont peu communes au niveau régional (FOURNIER [coord.], 2000). L’Oreillard roux est surtout observé dans les milieux forestiers et les vallées alluviales ; l’Oreillard gris prospecte plus en milieux ouverts (ARTHUR & LEMAIRE, 2009).

Commentaires sur la délimitation

Une extension a déjà été validée au nord pour intégrer les bois d’Hermelinghen et des Acquettes, situés au nord de ce site. Ces bois possèdent une flore tout à fait typique et représentative de ce site et des systèmes forestiers de la cuesta du Haut-Boulonnais et de celle du pays de Licques en général : Orchis mascula, Orchis purpurea, Ornithogalum pyrenaicum, Alchemilla xanthochlora. Dans cette même logique, il est proposé d’intégrer en 2014 le bois de la Garenne qui se trouve au Sud et le reste du coteau de la vallée Madame située juste au sud du bois d’Hermelinghen. Ce coteau pâturé par des bovins est certes dominé par une prairie eutrophisée du Cynosurion cristati, mais abrite certaines zones escarpées où affleure le substrat crayeux permettant l’expression de pelouses calcicoles typiques du secteur et s’intégrant parfaitement dans le contexte écologique de cette ZNIEFF.